Foule continentale

Filmer ses grands-parents pour réinventer les maisons de retraite

Filmer ses grands parents pour réinventer les maisons de retraite
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Filmer ses grands parents pour réinventer les maisons de retraite - © Radio France / Claire Braud

Lou Colpé avait 14 ans quand elle a commencé à filmer ses grands-parents. Pendant 8 ans, elle a filmé la vie à la maison, les sorties en voiture, les goûters après l’école, et la maladie d’Alzheimer qui s’est invitée dans le quotidien. Simon Erkens, lui, réfléchit à la façon de rendre la maison de retraite plus humaine.

C’était en 2007 : Lou filme son arrivée, avec des fleurs, chez sa grand-mère, le jour où elle fêtait ses 73 ans. S’ensuit une balade en voiture dans le village. La qualité de l’image est vraiment mauvaise, mais on devine une dame sur le trottoir. La grand-mère dit "Qui est cette personne-là ? Elle habite le village, mais je ne sais pas qui c’est… " Le grand-père, sur le ton de l’humour, répond : "Je ne sais pas, attends, je vais lui demander !" 
Un peu plus loin, la grand-mère demande "Tu sais qui est cette femme-là ? Elle se teint les cheveux, c’est affreux".

Dans la salle de cinéma, tout le monde rigole. Parce qu’on en connaît tous, une grand-mère un peu commère comme la grand-mère de Lou, un grand-père un peu blagueur comme son grand-père. Et puis aussi parce que les soucis de mémoire, d’inattention, ils ne sautent pas encore aux yeux.

Lou Colpé a continué à filmer alors qu’elle grandissait, que les caméscopes se perfectionnaient, et que la maladie d’Alzheimer qui touchait sa grand-mère est devenue plus grave.

Après l’accident cardiovasculaire de son grand-père, Lou et sa famille ont réalisé que le quotidien à la maison avec sa grand-mère malade était devenu ingérable :

Les femmes de ménage qu’on employait alertaient sur l’état de ma grand-mère via des carnets de liaison à notre attention, mais mon grand-père les cachait. On ne se rendait pas compte que ça déconnait. Ma grand-mère se levait toutes les nuits, elle voulait aller à l’école…

Lou Colpé a filmé quand ses grands-parents ont finalement été envoyés en maison de repos, où ils sont décédés. Ses petits bouts de films sont devenus un premier documentaire intitulé Le temps long.

Réinventer les maisons de retraite


En parallèle, Lou Colpé a décidé de s’impliquer dans les milieux hospitaliers :

Par les portes ou par les fenêtres, j’avais envie de me retrouver dans ces milieux-là. Je n’avais pas envie d’être là seulement en tant que réalisatrice de documentaires. Et puis je me sens bien dans ces endroits, avec les personnes âgées ou en hôpital psychiatrique. Donc j’ai fait une spécialisation en art-thérapie. Moi ce que j’essaie de faire, c’est des ateliers individuels pour former des communautés de personnes, qui aient du sens. Je ne veux pas faire un best of de Luis Mariano, ou un "pays-ville". Moi je n’anime pas, je propose des activités à qui veut participer.

Simon Erkes est Bruxellois, il se demande comment prendre en charge les personnes âgées pour qu’il reste du respect, de la curiosité, du dialogue et des échanges. Il imagine des maisons de retraite où l’on appliquerait la méthode Montessori, méthode qu’il connaît bien car il a lui même été éduqué selon ces principes.

On vit dans une société agiste et on associe trop souvent la vieillesse à la maladie. Quand on diagnostique une maladie d’Alzheimer, on se dit souvent qu’il n’y a plus rien à faire et qu’il ne reste plus qu’à offrir des soins de confort. Mais non, nous, on pense que l’on peut encore proposer des perspectives de vie. Mais ça passe par une remise en question : il faut interroger le rôle d’une maison de repos. Qu’est-ce que c’est ? Un lieu de vie ? Un mouroir ?

La maison Vésale en est un exemple. Elle a été mise en place il y a cinq ans par la ville de Bruxelles. Cette institution a pour vocation d’accueillir des personnes qui présentent une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée, en les considérant comme "des citoyens dont l’avis compte”. Simon Erkes a remporté l’appel à projet et s’occupe depuis deux ans de former les équipes pour mettre en place cette vision.

Ecoutez Foule continentale ici, à partir de 15'15''

Pour aller + loin :

Découvrez ici la bande-annonce du film de Lou Colpé

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