Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui

Fictions d’hier, sciences d’aujourd’hui : "Gravity" et le syndrome de Kessler

À travers la série Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui, Véronique Thyberghien nous replonge dans des classiques de science-fiction en les confrontant aux dernières avancées scientifiques et technologiques. Comment le cinéma s’est-il nourri de la science ? Et la réalité pourrait-elle un jour (bientôt ?) rattraper la fiction ?

Sorti en 2013, Gravity a permis au cinéaste mexicain Alfonso Cuarón de remporter l’oscar du meilleur réalisateur. Dans son film, deux astronautes - campés par George Clooney et Sandra Bullock - effectuent une mission spatiale de maintenance sur le télescope Hubble. Ils vont devoir faire face à une catastrophe : le syndrome de Kessler. Un satellite russe a été détruit par un missile, et ses débris tournent à présent en orbite autour de la Terre, à 32.000 km/h !

Avalanche de débris spatiaux

Le "syndrome de Kessler" est un scénario envisagé en 1978 par l’astrophysicien de la Nasa Donald J. Kessler. Il s’est intéressé aux météorites, puis aux débris orbitaux et a imaginé une réaction en chaîne. "C’est un effet d’avalanche, explique Yaël Nazé, astrophysicienne FNRS à l’ULg. Au début, vous avez une petite collision, puis les débris vont heurter d’autres objets, créant plus de débris, encore et encore. Cette avalanche-là est prédite depuis longtemps, et c’est un problème puisqu’à partir d’un moment où elle se produit dans des altitudes basses, où il y a peu d’espace, l’orbite devient inutilisable. On ne peut plus rien lancer à ce niveau-là, à cause du risque de collisions."

Un débris de 10 cm peut détruire un satellite et causer des millions de dollars de dégât à l’ISS. L’agence spatiale européenne estime déjà à plus de 34.000 le nombre d’objets de plus de 10 cm. Et à 900.000 (!) les débris en 1 et 10 cm… 128 millions d’objets de moins de 1cm circulent dans l’espace. "Dans les débris, il y a tous les vieux satellites, qui ne fonctionnent plus mais qui sont toujours là entier, il y a des morceaux de fusée, il y a des restes de collision… Bref, un peu de tout, et tout ça forme un nuage dans lequel se situent également des satellites utilisés. Et pour le moment, toute la question est de savoir jusqu’où on va ?, s’interroge Yaël Nazé."

Constellation de satellites et camions poubelles spatiaux

Depuis le lancement de Spoutnik 1 en 1958, des milliers de satellites ont été envoyés dans l’espace, polluant l’orbite située en dessous des 2000 km d’altitude. Et c’est loin d’être terminé : avec son projet de méga constellation de satellites "Starlink", Elon Musk et sa société Space X envisagent d’envoyer 42.000 satellites en orbite (1.600 y sont déjà) pour bénéficier d’une connexion internet depuis l’espace ! Des scientifiques craignent qu’un tel nombre d’objets lumineux en orbite empêchera de pouvoir mener de grandes campagnes d’observation, comme celle qui a parmi récemment de publier la première image d’un trou noir supermassif dans une autre galaxie. Pour d’autres, ce déploiement gigantesque pourrait même limiter l’accès à l’espace. Un comble quand on connaît les ambitions de colonisation martienne chères au patron de Tesla

En attendant, des chercheurs réfléchissent à des idées pour essayer de retirer les débris les plus menaçant en orbite. L’une d’elles consiste à envoyer une sorte de "camion poubelle de l’espace" : un satellite (on n’est plus à ça près) qui irait les récolter pour les envoyer se désintégrer dans l’atmosphère. Si ces projets ne verront pas le jour avant plusieurs années, il semble toutefois illusoire de penser que l’on pourra nettoyer un jour complètement l’espace orbitale. Au mieux pourra-t-on (espérer) éviter une catastrophe.


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Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui, une série proposée par Véronique Thyberghien et Cédric Vanstraelen. (9 épisodes : le lundi à 10.00, dans Tendances Première, du 28 juin au 23 août). Coproduction de La Première et We tell Stories.

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