Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui

Fictions d’hier, Sciences d’Aujourd’hui : "Alien" et la Terraformation

À travers la série Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui, Véronique Thyberghien nous replonge dans des classiques de science-fiction en les confrontant aux dernières avancées scientifiques et technologiques. Comment le cinéma s’est-il nourri de la science ? Et la réalité pourrait-elle un jour (bientôt ?) rattraper la fiction ?

À l’instar du premier film sorti en 1979, les deux derniers opus de la série Alien (Prometheus et Alien : Covenant) ont été réalisés par le cinéaste à succès Ridley Scott. En filigranes de presque tous les films plane l’ombre omniprésente de Weyland-Yutani, une compagnie spécialisée dans la " terraformation ".

La terraformation est la mise en œuvre de techniques et de technologie pour transformer les conditions qui prévalent à la surface d’une planète et la rendre habitable par les humains dans le but de la coloniser. Et fait extrêmement rare, cette fois c’est la science qui s’est inspirée de la fiction !

"La terraformation est une idée qui a été mise en scène dans des romans de science-fiction dans les années 40. Puis le mot a été utilisé par des scientifiques qui se sont demandé si, après tout, c’était effectivement possible, sourit Roland Lehoucq, astrophysicien, enseignant, auteur et vulgarisateur. L’astrophysicien Carl Sagan a d’abord réfléchi dans les années 60 à la terraformation de Vénus. Ensuite, c’est Mars qui a pris le devant parce que les conditions atmosphériques sont moins éloignées de celles de la Terre, mais surtout parce qu’on s’est rendu compte qu’il y a eu de l’eau liquide qui a prévalu à la surface de Mars pendant des centaines de millions d’années. "Là on s’est dit qu’il pouvait y avoir des choses intéressantes à regarder du point de vue de la vie passée sur Mars et des moyens nécessaires pour reconstituer l’atmosphère qui prévalait à l’origine sur la planète."

Terraformer Mars, un rêve à portée de fusée ?

Quand la vie est apparue sur Terre il y a environ 4 milliards d’années, Mars possédait une atmosphère dense qui lui permettait de conserver chaleur et humidité, de façon à rendre la planète habitable. Il y avait de l’eau, des lacs, et peut-être un peu de vie microbienne. Alors pourquoi ne pas imaginer recréer cela ?

Depuis des années, la NASA finance des recherches de faisabilité sans beaucoup de succès jusqu’à présent… La terraformation de Mars paraît en réalité bien compliquée au vu des efforts technologiques qu’il faudrait déployer et du temps que cela mettrait. Car la planète rouge présente un défaut majeur, voire insurmontable : l’absence de champ magnétique qui pourrait aider à la rétention de l’atmosphère. En revanche, créer de l’oxygène sur place, ne serait plus du tout impossible !

"La petite sonde Perseverance qui roule en ce moment sur Mars a déjà fait une démonstration de fabrication d’oxygène à partir du dioxyde de carbone martien qui compose 95% de l’atmosphère de la planète, explique Charles Frankel, planétologue et auteur scientifique. Il faudrait amener une usine du même type qui pèserait 4 tonnes, ce qui ne poserait aucun problème à transporter pour les fusées actuelles, et vous pourriez fabriquer de l’oxygène pour 50 astronautes !"

Défis techniques et questions éthiques

Une autre solution pour fabriquer de l’oxygène pour les futurs explorateurs martiens consisterait à cultiver des cyanobactéries aux propriétés très surprenantes comme l’explique Emmanuelle Javaux, astrobiologiste à l’ULiège, qui fait des recherches sur l’origine de la vie : "Ce sont des bactéries qui font de la photosynthèse oxygénique. Elles utilisent la lumière du soleil comme source d’énergie, et comme déchet de leur métabolisme, elles vont rejeter de l’oxygène. Ce sont elles qui ont inventé ce métabolisme, et on en voit des preuves à l’échelle planétaire ! Elles ont modifié la chimie de l’océan et de l’atmosphère de la Terre, ce qui a permis à la vie complexe de se développer !Voilà donc la solution miracle pour pouvoir produire de l’oxygène et de la nourriture lors de mission habitée sur Mars ? Pas si vite ! "C’est très difficile à évaluer parce qu’elles peuvent muter ou développer des maladies, et il faudrait aller puiser de l’eau liquide dans la glace ou les calottes de Mars."

Coloniser Mars présente donc bien des défis techniques. Mais au-delà de savoir comment (et quand) nous pourrons les surmonter, Emmanuelle Javaux s’interroge sur des questions d’ordre plus éthiques : "Est-ce que Mars ne devrait pas rester un espace neutre de recherche scientifique, un peu comme l’est l’Antarctique aujourd’hui ? Ce serait très intéressant de comprendre ce qui est arrivé à cette planète autrefois assez similaire à la Terre." Ne devrions-nous pas déjà essayer de réparer les dégâts que nous avons causés sur Terre avant d’aller coloniser et exploiter d’autres planètes ?

Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui, une série proposée par Véronique Thyberghien et Cédric Vanstraelen. (9 épisodes : le lundi à 10.00, dans Tendances Première, du 28 juin au 23 août). Coproduction de La Première et We tell Stories.

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