Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui

Fictions d’hier, science d’aujourd’hui : "Inception" et les rêveurs lucides

À travers la série Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui, Véronique Thyberghien nous replonge dans des classiques de science-fiction en les confrontant aux dernières avancées scientifiques et technologiques. Comment le cinéma s’est-il nourri de la science ? Et la réalité pourrait-elle un jour (bientôt ?) rattraper la fiction ?

"Les rêves nous semblent réels tant qu’on est dedans, ce n’est qu’au réveil qu’on remarque qu’ils avaient quelque chose d’étrange."

Inception est un film écrit, réalisé et produit par Christopher Nolan en 2010, et qui a remporté 4 Oscars. Dans un futur proche s’est développé "le rêve partagé", une méthode d’espionnage permettant d’influencer l’inconscient d’une victime pendant qu’elle rêve. Des extracteurs s’immiscent dans ce rêve qu’ils ont modelé et qu’ils peuvent contrôler, afin d’y voler des informations sensibles. Un industriel propose à Dom Cobb, incarné par Leonardo DiCaprio, et son équipe d’effectuer non pas une extraction mais une insertion : "inception".

Le film explore différents thèmes, mais avant tout ceux du rêve et de la réalité, et surtout de la confusion qui règne entre les deux. "Inception nous parle d’une part des moyens pour contrôler ce qui se passe pendant le rêve, d’intervenir et de ce que le rêve fait à la réalité, résume Laurent Vercueil est neurologue hospitalier au CHU Grenoble Alpes, et chercheur à l’institut des Neurosciences (Inserm). Cobb va insérer une idée et modifier le comportement du rêveur par cette inception."

Pour réaliser le film, Nolan dit s’être inspiré des expériences de rêves lucides qu’il a vécu pendant son adolescence : il était conscient qu’il rêvait. Depuis l’Antiquité grecque, le rêve lucide apparaît dans plusieurs traditions lyriques. Mais ce concept n’est pas complètement admis par la communauté scientifique.

"Quand on rêve, on a le sentiment d’être agent, de pouvoir agir sur son rêve, d’intervenir, répondre ou pas, fuir, etc. On exprime une certaine volonté. Néanmoins, on n’a pas la conscience de la conscience. On n’a pas ce deuxième niveau de conscience où on se dit que ce qui nous arrive est étrange et que ça pourrait relever d’autre chose que la réalité, explique le neurologue. Pendant le sommeil, il y a des régions du cerveau qui sont plus ou moins en train de dormir, dont le cortex préfrontal médian qui est responsable de notre esprit critique, de nos doutes. C’est une espèce de filtre de la réalité, qui détecte ce qui est normal ou pas. On peut avoir des idées bizarres pendant la journée, mais on sait qu’on se fait des films. Ce réseau étant endormi pendant le rêve, on abandonne nos doutes et on croit à ce qu’on voit. Mais s’il se réveille un petit peu, on peut réaliser à ce moment que tout ce qui nous arrive est trop étrange pour être réel, et prendre conscience qu’on est en train de rêver. On devient un rêveur lucide, un rêveur qui sait qu’il est en train de rêver."

Peut-on influencer les rêves des autres ?

Depuis une vingtaine d’années, de nombreux neurologues se sont intéressés à la question des rêves lucides, mettant au point des protocoles expérimentaux permettant de vérifier qu’une personne est bien consciente qu’elle rêve. Il a été suggéré que l’étude des rêves lucides pourrait conduire à de nouvelles découvertes dans le domaine de la conscience. Car la question de savoir comment la conscience émerge dans le cerveau est l’un des plus grands mystères des neurosciences…

Mais pourrait-on imaginer, comme c’est le cas dans le film, de pouvoir un jour interagir sur les rêves des autres, voire être capable de les manipuler ? En 2020, des scientifiques du MIT ont présenté un protocole permettant de guider les rêves grâce à une application couplée à un capteur de suivi du sommeil. Mais nous sommes encore loin de la manipulation du sujet, et du rêve dans le rêve, comme l’explique Laurent Vercueil : "Très tôt dans les neurosciences, des scientifiques ont essayé de faire des insertions. Soit en mont du sommeil, en exposant le sujet à des images et ensuite en lui demandant s’il en avait rêvé d’une certaine manière. Soit pendant le sommeil, en soumettant le rêveur à des stimuli comme des jets d’eau pour provoquer une réaction dans le rêve. Le sujet est endormi, mais est donc influencé par son environnement, et en l’occurrence par autrui."

On peut donc avoir une influence sur les rêves de quelqu’un d’autre, mais de manière très limitée.

Fictions d’hier, Sciences d’aujourd’hui, une série proposée par Véronique Thyberghien et Cédric Vanstraelen. (9 épisodes : le lundi à 10.00, dans Tendances Première, du 28 juin au 23 août). Coproduction de La Première et We tell Stories.

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