Et dieu dans tout ça ?

[SERIE Le grand dictionnaire des philosophies et religions] – Le voile islamique

Le voile islamique est expliqué par l’islamologue Guillaume Dye, professeur à l'ULB.

Que dit le Coran à propos du voile ?

Il faut déjà noter que le terme hijab apparaît dans le Coran, non pas dans le sens du voile, mais dans le sens d'un rideau, d'une séparation.

Le Coran parle assez peu du voile en tant que tel. Il y a simplement un verset, où il emploie un autre mot, qui n'est plus beaucoup utilisé de nos jours. Quand on parle du voile aujourd'hui, on parle du hijab, qui désigne un voile particulier, qui recouvre les cheveux. Mais d'autres voiles existent dans le monde musulman, avec d'autres noms, comme le niqab, qui cache l'ensemble du visage sauf les yeux, ou encore la burqa.

Le Coran, dans ce verset, recommande aux croyantes de rabattre leur voile sur leur poitrine. Il ne parle pas de la chevelure. Mais du point de vue de l'historien, il est évident qu'il y avait depuis longtemps, dans les traditions du Proche-Orient ancien, la pratique pour certaines femmes, en particulier des couches sociales supérieures, de se voiler, de se couvrir les cheveux.

On retrouve ces commandements aussi bien dans le judaïsme que dans le christianisme. Le texte coranique va reprendre cette idée du voile comme d'un vêtement qui doit couvrir la chevelure et certaines parties du corps de la femme.


Le voile est-il une prescription religieuse ?

Pour ceux qui comprennent le texte coranique et les traditions prophétiques, pour les personnes qui le portent, cela peut souvent être vu comme une obligation religieuse. Mais beaucoup de musulmanes ne le portent pas et ne le voient pas comme une prescription religieuse. 

Cela dépend de la manière dont chaque fidèle est amené à comprendre sa tradition religieuse et à négocier sa manière d'en suivre les prescriptions ou recommandations.


Est-ce un instrument politique ?

Pour Guillaume Dye, le voile peut être, d'une certaine manière, un instrument politique au service de l'islamisme. C'est une question compliquée. Il y a des manières très différentes de porter le voile et les positions religieuses, spirituelles ou philosophiques d'une personne ne se réduisent pas au fait qu'elle porte ou non le voile.

"Mais il est évident que du point de vue des entrepreneurs religieux musulmans, le voile est un instrument à la fois de contrôle et d'une manifestation d'une forme particulière de piété, qui permet de montrer qu'on est une bonne musulmane. 

Le voile n'est donc pas un choix ou un vêtement anodin. C'est un vêtement qui peut être porteur d'un message ou qui, même s'il n'est pas forcément porté dans l'intention de faire du prosélytisme, se révèle pouvoir être un instrument de prosélytisme, en mettant un peu sur la sellette les femmes musulmanes qui ne le porteraient pas et qui apparaîtraient comme moins pieuses."

On a là un usage ambigu mais possible de contrôle social envers la partie féminine de la population musulmane, de la même manière que le développement de produits halal révèle si on est un pieux musulman dans toutes les situations de la vie.


Un choix, un droit ?

Certaines prétendent que le port du voile est purement un choix voire un droit des femmes. "La justification qu'elles en donnent se fait dans le langage de la philosophie de l'autonomie, et donc dans un langage des droits qui n'est pas du tout le langage de la tradition théologique islamique, puisque cela apparaît au contraire comme un devoir, et donc comme une prescription venue de Dieu, et donc de l'hétéronomie." 

On a donc ici un discours qui, à certains égards, peut être recevable, ajoute Guillaume Dye. Il est préférable de ne pas intervenir de façon trop intrusive dans les choix vestimentaires, philosophiques ou religieux des gens.

Néanmoins, il faut noter que ce discours de légitimation en termes de droits est assez hétérogène au discours religieux lui-même. Par ailleurs, le choix du port d'un vêtement n'est pas une liberté absolue. Par exemple, si quelqu'un prétend vouloir pratiquer le naturisme, on ne lui en donnera pas la possibilité, parce que le vêtement a une signification sociale qui va bien au-delà du choix personnel.

Sur ces questions, Guillaume Dye recommande de peut-être garder une position nuancée et modérée, de ne pas juger une personne uniquement sur ses choix vestimentaires, d'autoriser le voile dans la plupart des circonstances.

"Par contre, il me paraît tout à fait légitime d'interdire le port du voile dans certaines professions, ou dans le cas de l'école secondaire, pour tout un tas de raisons, sachant que le port du voile peut être utilisé comme un médium de prosélytisme ou de contrôle social."

 

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