Et dieu dans tout ça ?

Michel Onfray : "Nous ne savons plus regarder, ni sentir, goûter, toucher, écouter... il faut s'ensauvager"

Michel Onfray, le philosophe star qui regarde les étoiles
Michel Onfray, le philosophe star qui regarde les étoiles - © RTBF

La nature a des leçons de sagesse à nous transmettre. Et nous ferions bien de les écouter attentivement. Le philosophe français Michel Onfray nous explique pourquoi il en est persuadé. Son dernier livre a pour titre 'Le temps de l’étoile Polaire. Journal hédoniste' (Robert Laffont).

Pour Michel Onfray, l’énergie commune qui traverse les corps des hommes et des animaux, c’est l’élan vital dont parle Bergson. Depuis le Big Bang et même avant, il y a une énergie qui s’est constituée, qui se déplie, qui se déploie, et qui produit ce qui est et ce que nous sommes.

"Je suis assez vitaliste sur le terrain philosophique. Je ne suis pas gêné quand on appelle cet élan vital 'Dieu', je n’ai aucun problème avec ça. Mais on n’a pas besoin de l’appeler 'Dieu'. Tous les vitalistes ont appelé cela de différentes manières : vouloir, la volonté,…. C’est la vie, c’est le vivant dans la vie."

Et la géologie, c’est l’art du temps dans sa lenteur. C’est une conscience de la durée qui nous vient quand on sait regarder la pierre dans son élément. La pierre nous raconte autant le temps que la plante, la fleur, l’arbre et la vie d’un homme.


"L’animal est notre prochain"

Il n’y aurait qu’une différence de degrés, et non de nature, entre l’animal et nous. Pour Michel Onfray, la métaphysique n’est plus possible après les sciences naturelles.

"A chaque fois que je vois les humains agir, je vois des animaux. Je pense en termes d’éthologie : je vois les phéromones, le mâle dominant, sa femelle, les glandes pour marquer le territoire, le mâle dominé,… L’éthologie devrait avoir pris la place de la philosophie et surtout de la métaphysique."

Faut-il pour autant s’ensauvager ? Il n’est pas nécessaire d’être si radical, mais il s’agit de retrouver ce qu’il reste en nous de l’animal que nous fûmes : en reniflant le vin, en écoutant un opéra de Mozart, en n’utilisant ainsi que l’organe de la crainte : si l’animal n’écoutait pas le danger, ne sentait pas le danger, il était mort.

"Nous ne savons plus regarder, ni sentir, goûter, toucher, écouter.
S’ensauvager, c’est faire en sorte que nous soyons vraiment dans la jouissance de nos cinq sens."

Michel Onfray n’est toutefois pas un antispéciste. Il ne met pas un signe d’égalité entre l’animal et nous. Pour lui, on les mange. Le problème c’est la cruauté, l’élevage, les souffrances infligées aux animaux.

"On ne peut pas faire l’économie de la nourriture carnée, c’est un truc d’intellectuels des villes. Faites une sociologie des vegan, vous n’en trouverez pas beaucoup dans les campagnes."

Ce qu’ignorent les vegan, c’est qu’une vache, un cheval, un cochon, ce sont des produits culturels, pas naturels, ça n’existe pas dans la nature, dit-il. Ce sont les produits de milliers d’années de domestication. L’idée de dire 'rendons-leur la liberté', c’est comme si, pour lui éviter la domination parentale, on laissait un nouveau-né se débrouiller parce que la nature est bonne.

Toutefois, il estime que, dans leur radicalité, les antispécistes posent les bonnes questions.
 

"On a cessé de lire la vérité du monde dans les étoiles"

Michel Onfray oppose la tête levée vers le ciel et la voie lactée, et la tête baissée vers le livre, qui fait que l’on demande aux Livres - le Nouveau Testament, l’Ancien Testament, le Coran,… - la vérité du monde. Il dit : "Continuez à lire les livres, et vous ne verrez pas le monde".

C’est paradoxal de la part d’un philosophe qui a écrit plus de 100 livres et qui a beaucoup lu ! Il a besoin d’avoir beaucoup lu pour savoir que lire n’est pas forcément le chemin le plus court pour parvenir au monde. Le chemin le plus court, c’est de 'réensauvager' ses sens et de sentir le monde, de le goûter, de le toucher….

Face à la nature, Michel Onfray réapprend sans cesse sa petitesse dans l’univers, le sentiment du sublime, l’infinité du monde et la petitesse de notre vie. On est égocentré, on se regarde le nombril au lieu de regarder le cosmos. Nous sommes de passage dans un univers où tout vit, croît, décroît, meurt. Si on pense comme cela, on devient plus modeste, on accepte l’évidence de notre disparition.

"Si on sort la tête du livre, on ne peut pas ne pas être panthéiste. Les monothéistes sont des gens du Livre. Mais aucun livre ne dit la vérité du monde, au contraire beaucoup de livres nous éloignent du monde."

"Le grand péché du monothéisme est d’avoir mis un livre entre le monde et nous".

 

"L’écologie est récupérée par les bobos urbains libéraux en mal de religion civique"

Michel Onfray a beaucoup de mal avec les catastrophistes du climat, dont Greta Thunberg qu’il considère comme une marionnette entre les mains des adultes. "On ne fait pas de climatologie, on fait de l’idéologie. Mais Emmanuel Le Roy Ladurie, dans 'Les fluctuations du climat de l'an mil à aujourd'hui', nous montre que pendant mille ans, il y a eu des périodes de glaciations et de refroidissements alors que les hommes n’étaient pas là". La géologie et l’astrophysique nous l’enseignent également.

La disparition d’espèces animales causée par la pollution n’a pour lui rien à voir avec le réchauffement climatique. La rentabilité demandée par le libéralisme a signifié l’industrialisation de l’agriculture et le recours aux produits chimiques. Pour Michel Onfray, il faudrait un véritable programme de décroissance anti-libéral.

L’écosophie, c’est-à-dire l’écologie en dehors de l’idéologie, rend possible aujourd’hui la science au service de la nature.

Michel Onfray nous explique aussi pourquoi il est un philosophe hédoniste et pourquoi il prône la philosophie pour tous. Écoutez-le ici.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK