Et dieu dans tout ça ?

[Le Grand Dictionnaire des Philosophies et des Religions] – Le désenchantement du monde

Dans le Grand Dictionnaire, c’est la notion de désenchantement du monde, pensée par Max Weber, qui est décodée par le rédacteur en chef du Philosophie Magazine, Martin Legros.

Au début du 20e siècle, le sociologue allemand Max Weber définit l’expression désenchantement du monde.

Cette expression est aujourd’hui entrée dans le langage courant pour déplorer, de manière un peu désabusée, le fait que nous vivons dans un monde des intérêts, un monde instrumental, où l’économie domine et où les valeurs ne sont pas actives.


Le désenchantement du monde selon Max Weber

Chez le fondateur de la sociologie allemande, Max Weber, elle avait une signification très précise. Dans l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, il définit le désenchantement du monde comme la fin de la magie comme technique de salut.

Il veut dire par là que nous vivons dans un monde où nous n’avons plus recours aux prières, aux rituels, pour obtenir la grâce de Dieu. Dieu s’est éclipsé de notre monde, de sorte qu’il n’est plus là comme un interlocuteur que nous sollicitons à travers certaines techniques, pour obtenir le salut.

 

Max Weber donne ensuite à l’expression désenchantement du monde une signification plus générale, qui touche à notre entente commune de la formule : c’est la rationalisation du monde.

Il ne veut pas dire par là que nous sommes plus informés, plus scientifiques que nos prédécesseurs, mais plutôt que nous présupposons que pour toute expérience à chaque instant, si nous voulions savoir l’explication des événements, nous pourrions recourir à cette signification, nous pourrions savoir et nous découvririons qu’il n’y a aucune puissance mystérieuse et imprévisible qui interfère dans le cours de notre vie.


Réenchanter le monde

Face à ce désenchantement, des philosophes vont chercher la voie du réenchantement, comme Wolfram Eilenberger, avec son livre 'Le temps des magiciens' (Albin Michel).

L’auteur soutient une thèse très stimulante, selon laquelle les grandes figures de la philosophie du 20e siècle, en particulier les Allemands Ludwig Wittgenstein, Martin Heidegger, Ernst Cassirer et Walter Benjamin, ont cherché à réenchanter le monde.

Leur pensée est née entre les années 1919 et 1929, au moment de la République de Weimar, au moment où se vivaient une crise de civilisation mais aussi une explosion d’inventivité, en chimie, en physique, en philosophie,… 

Cette crise s’est révélée très féconde et ces quatre philosophes ont essayé de réenchanter le monde par le biais de la philosophie. Ils ne concevaient donc plus la philosophie comme un savoir, comme une théorie avec des concepts, mais comme un mode de vie, qui pourrait peut-être prendre le relais de la religion, pour donner sens à notre existence.

Ils considéraient que la philosophie, au-delà d’être une discipline existentielle, était aussi la discipline qui permettait de réenchanter le monde moderne, qui était sous l’emprise de la technique, du capitalisme.

Heidegger considérait qu’à travers l’exploration de ce qu’il appelait 'l’être là', l’existence, nous pouvions redonner un sens à ce monde.

Cassirer s’intéressait à toutes les cultures, à tous les langages. Il voyait dans ces langages une manière de mettre en scène le monde, avec une pluralité, une effervescence qui permettaient de nouer un nouveau contact avec le monde.

Benjamin, quant à lui, se promenait dans les passages parisiens du début du siècle en essayant de voir dans les objets du quotidien des signes à interpréter.

"Ce livre essaie donc de nous montrer que la philosophie a essayé, à un moment donné, non pas de prendre le relais de la religion mais de renouer un lien enchanté avec le monde", conclut Martin Legros.

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