Et dieu dans tout ça ?

Jean-Paul II, un des responsables de la crise de l'Eglise ?

Quinze ans après la disparition de Jean-Paul II, l’Eglise traverse une crise importante, l’une des plus graves de son histoire. Pour Christine Pedotti, le pape polonais fait clairement partie des responsables. L’écrivaine et féministe catholique a analysé les grands axes du long pontificat de Jean-Paul II. Elle était l'invitée de "Et Dieu dans tout çà"

L'engagement

L’engagement féministe de Christine Pedotti, mais surtout sa colère viennent d’une déclaration d’un archevêque de Paris. Il y a douze ans, il déclarait :

Il ne suffit pas d’avoir une jupe, il faut aussi avoir quelque chose dans la tête.

"Le monde catholique est patriarcal de manière aveugle. Il ne se rend même pas compte que les femmes existent et qu’elles demandent à exister. Ce monde catholique semblerait même oublier que les femmes sont entrées dans le monde "ordinaire". Aujourd’hui, elles sont présidente de la Comission Européeene ou de la BCE, chef d’orchestre… ou conductrice de bus."

 

Jean Paul 2 et les femmes

Quand il s’exprime, Jean Paul 2i ne parle pas des femmes mais de la femme. Chez lui, la femme est un concept, une sorte d’idéal.

" Autant le dire, c’est un concept qui ne ressemble pas aux vraies femmes. La femme doit ressembler à la Vierge Marie et s’accomplir dans la maternité "

C’est très réducteur. Parce que la maternité, dans la vie d’une femme, c’est un petit moment. Nous avons surtout vocation à être humain.

 

Christine Pedotti cite le cas d’Anne Soupa. Cette femme a " postulé " au poste d’archevêque de Lyon. Il est clair qu’elle ne sera pas désignée

Christine Pedotti : " En fait, il n’y a pas de raison. L’Eglise utilise un argument d’autorité. Ça sera comme cela parce que ça a toujours été comme ça "

 

Jean-Paul II et les abus : une des raisons des crises du christianisme ?

 

Quand Jean-Paul 2 est décédé, l’émoi a été grand. On avait l’impression que c’était un géant. Il donnait l’impression d’être un grand homme. C’était un homme qui avait un charisme hors du commun. Et très vite, de nombreux groupes vont réclamer sa canonisation et on verra fleurir des banderoles.

On sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un mouvement " téléguidé ". Essentiellement par des communautés nouvelles que Jean-Paul 2 a favorisées.

Parmi ces groupes, il y avait, entre autres, LES LEGIONNAIRES DU CHRIST. On va découvrir quelque temps après la mort de Jean-Paul 2que son fondateur est un pédo criminel et un pervers.

" Il avait 3 femmes, Il a abusé de ses propres enfants. Il était intéressé par l’argent. Il était menteur et tricheur"

On sait aujourd’hui que JP 2 avait eu connaissance des témoignages des victimes. On estime aujourd’hui que les abus étaient le lot commun de toutes ces nouvelles communautés. Mais Jean Paul 2 semble ne pas avoir voulu voir et dénoncer les abus et les dérives.

 

Jean-Paul 2, un leader et une vision quasi surnaturelle

Pourtant, on l’oublie mais Jean-Paul 2 a entamé une refonte profonde et musclée de l’Eglise catholique.

  • Il recentralise la décision autour de lui et écrase les corps intermédiaires
  • Il va faire une unité de la doctrine et instaurer une sorte de pensée unique. C’est Joseph Ratzinger qui va être son bras armé. Celui-ci écartera tous les théologiens qui ne rentrent pas dans cette doctrine
  • Il va privilégier la figure des prêtres dont il a une vie quasi surnaturelle.
  • Il a souvent une vision " surnaturelle " d’événements. Après l’attentat dont il a été victime, il affirmera que c’est la sainte Vierge qui a dévié la balle.

 

Il a fait des centaines de voyages mais ce n’était pas une véritable ouverture.

 

Lui et Joseph Ratzinger affirmaient que les autres religions non chrétiennes n’étaient que des sagesses – certes respectables mais toujours entachées d’erreurs. Le catholicisme est le seul à détenir ce qui est vrai.

"Si on ne regarde que les images, on croit que c’est le pape de l’ouverture et du dialogue. Mais y regarder de plus près, sa parole est toujours descendante. C’est toujours lui qui a quelque chose à dire."

 

Un pontificat comme une bataille ?

Il voyait son pontificat comme une bataille. Il voulait des gens qui puissent sacrifier pour la cause.

Moi, je crois qu’il doit y avoir une bienveillance pour la faiblesse. Le dieu que j’aime aime la fragilité dans la spiritualité. Il ne nous veut pas comme des héros.

A lire

Christine Pedotti

" Jean-Paul II, l’ombre du saint "

(Albin Michel).
 

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