Et dieu dans tout ça ?

"Être soi-même, c'est aussi exister dans une forme de justesse aux autres"

'Être soi-même', qu’est-ce que ça veut dire ? Et que faut-il mettre en œuvre pour y parvenir ? Le philosophe Claude Romano nous emmène à la recherche de notre authenticité. Il signe 'Être soi-même. Une autre histoire de la philosophie', chez Folio.


"Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris" (Oscar Wilde)

Oscar Wilde souligne un paradoxe : être soi-même, on l'est déjà. Mais l'être soi-même, ce n'est pas l'identité personnelle, dit Claude Romano. Il s'agit d'exister en conformité à nous-mêmes, en adéquation à nous-mêmes. C'est un idéal difficile à atteindre, mais un but à atteindre pour chacun d'entre nous. Et cela passe par les conduites, les manières d'exister. 

On apprend à être soi-même au fil de la vie, c'est une conquête difficile, car nous sommes tentés de suivre la voie de la facilité, du troupeau, du 'on'. La recherche d'une forme d'authenticité suppose d'aller à rebours de cette tendance naturelle au conformisme.

Cette injonction a être soi a tendance se renforcer ces dernières années. L'authenticité comme idéal s'est imposée dans nos sociétés à partir des années 60, et en particulier depuis mai 68, qui a révélé cette aspiration à pouvoir se réaliser dans son existence, s'épanouir, découvrir et réaliser ses désirs les plus profonds.

Cet impératif sécrète beaucoup d'anxiété, parce qu'il peut donner à penser qu'on n'est pas à la hauteur de cet idéal. Il peut aussi donner lieu à des manipulations, à des instrumentalisations, par exemple dans le management d'entreprise.


"Il y a toujours un autre face à un moi" (Paul Ricoeur)

Claude Romano tente d'aller vers la notion d'ipséité que défend Paul Ricoeur. Elle renvoie à une forme de fiabilité, à savoir exister de manière fiable pour les autres et devant les autres. 

Cet idéal d'authenticité est à la source de la philosophie elle-même et est donc très ancienne. Sa forme moderne est individualiste. On considère aujourd'hui qu'accomplir une forme de vérité dans sa propre vie consiste d'abord à réaliser ses potentialités individuelles, alors qu'auparavant la perspective était beaucoup plus sociale.

Pour la tradition des pensées du naturel, qui vont de Montaigne aux moralistes classiques, l'idée était que l'on ne peut exister en accord avec soi-même que si l'on est parfaitement intégré à la société, en adéquation aux autres. Ou comment exister dans une forme de justesse aux autres. 


Comment être soi-même quand on est croyant ?

Dieu est-il un frein à la possibilité d'être soi-même ?  Saint Augustin, dans 'Les Confessions', est l'un de ceux qui a essayé de donner une forme philosophique précise à cette idée de faire la vérité.

Tout le travail de conversion vers Dieu est une oeuvre de vérité. Il s'agit de devenir soi-même devant Dieu. C'est Dieu qui est la vérité et la vie.


Quand sommes-nous véritablement nous-mêmes ?

Pour Claude Romano, il y a deux écoles :

Les Stoïciens ont avancé l'idée que le sage était comme un artisan dont la matière même était sa vie et qui travaillait sur cette matière comme un potier travaille sur l'argile. C'est une idée défendue par Michel Foucault par exemple.

Une autre tradition, dont les sources sont aristotéliciennes et dans la rhétorique antique, défend l'idée qu'on a le plus de chances d'être soi-même quand on ne se soucie pas tellement de l'être. Elle met donc en avant comme quelque chose de positif une forme de négligence, de nonchalance, qui est source de naturel. Ces pensées ont la préférence de Montaigne, entre autres, et de Claude Romano.


Claude Romano signe aussi 'Les repères éblouissants. Renouveler la phénoménologie' (PUF). Il nous apprend que certaines de nos habitudes peuvent être sources de liberté.

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