Et dieu dans tout ça ?

Claire Marin : « Le soin, c’est d’abord un souci, une attention à l'autre »

Qu’est-ce donc que le soin ? Et qu’est-ce que la philosophie a à nous enseigner à ce sujet ? Pendant tout le mois de septembre, dans son Grand Dictionnaire des Philosophies et Religions, Pascal Claude ouvre une mini-série intitulée Prendre soin…, imaginée et réalisée avec la philosophe Claire Marin. 

Claire Marin est professeur de philosophie et directrice du Séminaire international d'Etude sur le Soin (SIES), à l'Ecole normale supérieure de la Rue d'Ulm à Paris.


Quelle définition la philosophie donne-t-elle du soin ?

On peut dire du soin qu'il est un souci, une attention à l'autre, qui est dans une situation de faiblesse ou d'impuissance, et puis les actions qu'on va mettre en oeuvre pour le soulager, pour l'aider ou l'accompagner dans un processus qui peut être celui d'une autonomisation. Soigner ses enfants, c'est les aider à grandir.

La philosophie du soin émerge dans les années 2000, à un moment où, sans doute, on est plus sensible à un ensemble de fragilités, économiques, environnementales, politiques, et où se pose la question de savoir comment réparer le monde dans lequel nous vivons.


Soin ou Care ?

Le soin et le 'care' en anglais, c'est la même affaire dans le sens où il y a la même racine. Le terme latin cura a donné le terme anglais cure. C'est soigner, prendre soin de l'autre.

Les deux courants, la philosophie du soin et la philosophie du care, ont des points communs. On peut dire que la philosophie du soin s'intéresse plus spécifiquement au soin médical, qui est son point de départ.
Là où la philosophie du care est dans une approche plus politique. Au départ, elle est portée par des philosophes féministes. Elle s'intéresse à un soin plus global, c'est-à-dire à tout ceux qui participent à un certain confort de notre existence, tout ceux grâce à qui nous tenons dans notre quotidien, qui le facilitent sans vraiment qu'on s'en rende compte.

Par exemple, tous ces hommes et ces femmes qui prennent soin de nos rues en les nettoyant, qui livrent nos produits à domicile, les soignants, tous ceux qui travaillent autour de la sphère hospitalière, tous ceux que parfois on appelle 'les invisibles', parce qu'ils ne reçoivent pas vraiment beaucoup de considération dans la société. Tous ceux-là participent à un care généralisé, un soin de la société dont il faut reconnaître l'utilité et la nécessité.


Philosophie du soin et médecine

La philosophie du soin se pose en dialogue avec le monde médical. Il ne s'agit pas de dire au soignant comment il devrait faire, mais de se poser la question de la relation soignante et des raisons pour lesquelles elle échoue parfois. Et de penser la question du soin dans sa globalité, à la fois dans ses dimensions techniques - ce qu'il peut y avoir de violence dans l'objectivation que la médecine fait subir au patient -, mais aussi dans ses dimensions relationnelles, humaines, intersubjectives, qui peuvent parfois ralentir une thérapie ou conduire à son abandon.

L'ambition de ceux qui travaillent en philosophie du soin est d'être toujours dans une interaction, dans un dialogue avec des philosophes qui peuvent travailler au sein des équipes médicales. Il est toutefois toujours très délicat d'identifier les points de rupture ou de dysfonctionnement et de trouver les réponses adéquates. Par ailleurs les conditions matérielles dans lesquelles exercent les médecins et les soignants à l'hôpital public sont souvent la source première des difficultés.

Et là-dessus, le philosophe, malheureusement, n'a pas la main...

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