Et dieu dans tout ça ?

Axel Kahn : "Osons le bien !"

Osons le bien ! C’est la formule que lance le médecin et généticien Axel Kahn. A quoi bon être bon ? Pourquoi faire le bien ? Au fil de sa vie, Axel Kahn a été guidé par ces mots de son père : "Sois raisonnable et humain !"Y est-il parvenu ? Comment a-t-il pris ses distances avec le mal ?

Axel Kahn publie Et le Bien dans tout ça ? (Stock).
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Le bien, pour moi, c’est l’ensemble des pensées et des comportements qu’elles suscitent, qui se focalisent sur l’irréductible valeur de l’autre. L’autre a une qualité qui lui est intrinsèque, que je vais appeler la dignité.

Le bien, c’est le souci d’autrui, dans le fond. Et par conséquent, tout ce qui procède du souci d’autrui : le fait d’aider à préserver sa santé, à défendre sa liberté, à créer le meilleur cadre pour qu’il s’épanouisse, l’idée de ne pas entraver ses chemins, explique Axel Kahn. Avec tout cela, on est dans la voie du bien. Et la voie du mal, c’est l’inverse.

La réciprocité est fondamentale parce qu’elle est à l’origine ontologique de la notion de bien. Pour être des humains, il faut d’abord avoir des génomes humains, mais pour s’humaniser, il faut être humanisé par un autre, c’est-à-dire être humanisé dans un milieu humain.

"A partir du moment où l’on dépend totalement de l’autre pour être humain et où on rend la pareille à l’autre en lui permettant d’être humain, il y a entre les deux un lien de réciprocité que l’on est capable de considérer. La base du bien, c’est cela, c’est ce qui manifeste cette conscience que l’on a de la profonde réciprocité entre l’autre et moi."

La question du bien a toujours habité Axel Kahn. Il a essayé de l’appliquer. Il ne croit pas avoir été souvent rattrapé par le mal. "Le bien et le mal sont tous les deux fragiles, puisqu’ils sont la condition de dépendance l’un de l’autre. Chez chaque être, il y a naturellement le bien et le mal, parce qu’on est des êtres libres. Le premier exercice de notre liberté, c’est : est-ce que notre volonté, on va l’utiliser pour faire plutôt le bien ou plutôt le mal ? En effet, l’aptitude à faire le mal existe en moi parfaitement."
 

"Sois raisonnable et humain !"

C’est ce qu’a écrit son père à Axel Kahn avant de se suicider. Cette injonction paternelle était pour lui impérative, "c’est ce qu’on appelle le devoir. Le devoir de faire ce que l’on s’est fixé soi-même comme objectif."

Etre raisonnable : "le sens dans lequel mon père l’a utilisée, c’est : fais usage de ta raison. Tu es un être raisonnable, alors prouve-le. Utilise ta raison en n’oubliant pas que l’humanité est comme elle est, avec ses fulgurances et avec ses médiocrités. En utilisant ta raison et en restant vraiment humain, tu auras déterminé quel est ton devoir. "

 

La vieillesse est fragilité

Axel Kahn a beaucoup travaillé sur les mécanismes du vieillissement, un sujet qui l’a toujours fasciné.

"Soigner jusqu’au bout, c’est soigner jusqu’à ce que cela vaille la peine pour rétablir chez la personne une vie autonome qui lui permette de se réjouir ou si elle est inconsciente, pour calmer ses souffrances. Mais lorsque les soins n’ont plus la capacité de rétablir un état de vie dont la personne puisse se réjouir, alors ils sont sans objet et l’on est dans la situation d’un acharnement déraisonnable. Cela est d’ailleurs considéré comme tel, y compris par les Eglises, par les religions."

A propos de la question de la fin de vie, "on a oublié trop souvent que la liberté, c’est la liberté d’un choix lorsqu’il y en a plusieurs possibles, mais que c’est aussi la liberté de changer d’avis. Les deux éléments sont de manière indissociable des constituants de l’idée de liberté. La plupart des fois, quand une personne veut mourir, c’est que soit la souffrance intellectuelle, soit sa construction intellectuelle, soit la souffrance physique, soit la peur de la déchéance, ne lui montre pas ce qu’elle pourrait désirer vouloir faire d’autre, il n’y a pas d’issue. Choisir le seul choix que l’on a, ce n’est pas un choix, c’est une contrainte en réalité."

Axel Kahn aurait aimé pouvoir proposer d’autres choix à son père qui s’est suicidé, l’aider à reconsidérer tous les éléments de la situation. "J’aurais tenté de lui présenter un autre choix. Il aurait pu alors le considérer ou ne pas le considérer et persister dans son choix premier. Mais en tout cas, on aurait rétabli les conditions d’une liberté."

Il a participé à l’élaboration des textes de loi sur la fin de vie en France. Le débat sur l’euthanasie n’y aboutit pas, parce qu’il persiste des socles d’opposition extrêmement importants. "Mais la question est de savoir si la légitimité de la conception individuelle de cette volonté de maîtriser de sa vie jusqu’à décider du moment de sa mort, imposait à l’Etat l’obligation de mettre en oeuvre des moyens qui permettent à cette personne de parvenir à ses fins."

Pour sa part, il considère que ces lois qui permettent de mettre en anesthésie générale une personne qui en a vraiment assez de lutter sont de bonnes lois et qu’elles sont suffisantes. mais l’évolution de la société fait que la France adoptera, comme la Belgique ou les Pays-Bas ou d’autres pays, une loi sur l’euthanasie, c’est-à-dire l’acceptation de la mise en oeuvre d’une action médicale dont le but est d’arrêter la vie.
 

>> Axel Kahn nous parle encore de la beauté, écoutez-le ici >>

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