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Thomas Porcher : "Les politiques libérales ont accéléré notre incapacité à réagir face à la crise du coronavirus"

Thomas Porcher : "Les politiques libérales ont accéléré notre incapacité à réagir face à la crise du coronavirus"
Thomas Porcher : "Les politiques libérales ont accéléré notre incapacité à réagir face à la crise du coronavirus" - © Tous droits réservés

L’Economiste et essayiste français Thomas Porcher s’est forgé une solide réputation au sein des esprits les plus critiques à l’encontre du discours libéral dominant. Deux ans après avoir publié son " Traité d’économie hérétique ", il revient avec " Les délaissés " chez Fayard, un programme politique et économique pour unir les perdants de la mondialisation : les gilets jaunes, les agriculteurs, les banlieusards et les cadres moyens. Loin de se laisser gagner par la défaite, il est convaincu que la crise sanitaire que nous traversons aujourd’hui est aussi l’opportunité pour changer le système qui paupérise près de 80% de la population.

Comment le Covid-19 a mis au grand jour les faiblesses de notre modèle économique

Pour Thomas Porché, les politiques qui ont été menées dans les pays riches ont favorisé l’impréparation face aux crises qu’elles soient sanitaires comme aujourd’hui, financières ou écologiques. Il suffit de prendre l’exemple de la France : suppression de centaines de milliers de lits dans les hôpitaux, plus d’un milliard d’économies dans les services de santé, manque de moyens et de personnel. Le coronavirus qui paralyse l’ensemble du globe a révélé dans les consciences que les personnes en première ligne, celles qui sont sur le front comme les aides-soignants et les infirmiers sont paradoxalement celles aux faibles revenus. Elles ont vécu de plein fouet l’austérité budgétaire de ces dernières années. Un constat sans pitié qui cache selon notre invité une cruelle réalité : " La manière dont nous avons mené notre économie ces dernières années a surtout permis de bien rémunérer et de donner des dotations, des privilèges à ceux qui n’avaient pas la plus grande utilité sociale. "

De la nécessité de s’interroger sur notre société et sur la robustesse du modèle

La fameuse saga des masques, au-delà de leur utilité qui a longtemps été sujette à débat au sein de la classe politique, a indirectement révélé un facteur prépondérant à prendre en compte. " On se rend compte que même en Europe, ça devient compliquer de fabriquer des biens comme des masques et du gel ".

La mondialisation nous a dépecé d’une grosse partie de notre industrie ".  

Les Etats sont devenus incapables de reprendre la production afin d’assurer la distribution de biens vitaux pour l’ensemble de la population.

L’Etat va devoir relancer l’économie, éviter les erreurs du passé et surtout se poser les bonnes questions : dans quelle société allons-nous vivre ?

La plupart des décisions prises en catastrophe par les pouvoirs politiques masquent mal le manque d’anticipation et les effets pervers qu’entraînent toutes ces coupes budgétaires dans le secteur public. Thomas Porcher revient sur la récente déclaration du Président français Emmanuel Macron qui annonçait vouloir entreprendre un plan massif pour le secteur hospitalier. " Je ne peux m’empêcher de demander quel aurait été l’impact et quel nombre de morts nous aurions évité si cet investissement massif avait été fait avant. "

L’économiste craint également un scénario comme celui qui a suivi la crise de 2008. Après celle de 1929 et les chocs pétroliers des années 1970, il y a eu des changements dans le fonctionnement de l’économie. Ces trente dernières années, c’est un tournant de type libéral qui a mené la voie, notamment dans la construction de l’Europe qui est bâtie autour du marché unique. " La crise de 2008 n’a provoqué aucun changement, pire elle a conforté cette approche. Cette logique oblige l’Etat à relancer l’activité en renflouant les entreprises. Cela l’oblige donc à faire des prêts ce qui provoque une augmentation de la dette. Conséquence ? On tombe dans le cercle vicieux qui mène à l’austérité. Ce serait la pire des configurations après la pandémie. Cela produirait une explosion des inégalités. Une grosse partie de la population deviendrait précaire et une minorité profiterait du système tel qu’il est ".

" Il faut absolument que cette crise sanitaire entraîne un changement du mode de régulation de l’économie ".

Nous devons exiger un changement dans les pratiques des entreprises en échange du renflouement

C’est aux populations à mettre la pression sur les gouvernants. L'État doit prendre des participations au sein des grandes entreprises et il doit imposer des garanties en ce qui concerne les stratégies sociales et environnementales. L’ensemble des dysfonctionnements provoqués par le triptyque "mondialisation-finance-austérité" ne peut continuer à malmener notre mode de vie de la sorte. L'État doit se saisir de la crise du coronavirus pour changer radicalement l’économie et pour réhabiliter les services publics. Il est primordial de définir une vraie politique de la santé qui a été mise à mal par des années d'austérité.

 

Retrouvez Thomas Porcher en entretien avec Jérôme Colin dans Entrez Sans Frapper :

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