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[THEATRE] Valérie Bauchau et Milo Rau : "Si on reste dans cette logique de survie, on revient au monde d’avant"

Le secteur de la culture est l’un des plus directement impacté par la crise du coronavirus. Il a perdu 93% de ses recettes propres en raison des effets de la pandémie. Toute cette semaine, on fait le point avec nos artistes et institutions culturelles. Ce mercredi, focus sur le secteur du théâtre.

Rencontre avec le dramaturge, directeur de théâtre, journaliste et essayiste suisse Milo Rau, qui livrait une carte blanche dans Le Soir le 25 mars dernier. Avant le confinement, il travaillait sur la pièce de théâtre " Antigone en Amazonie " (avec des indigènes et des militant.e.s du mouvement des sans-terre). Depuis le 9 mars, il était en répétition au Brésil. À cause du coronavirus, lui et son équipe ont dû interrompre le projet. L’avis également de la comédienne belge Valérie Bauchau.

Une sidération

Valérie a vécu le lockdown assez brutalement. Pour elle, cela a été une vraie sidération. Juste avant le confinement, la comédienne préparait la pièce "Mais vous troublez mal". Le spectacle a été joué une seule fois avant le lockdown.

C’était d’autant plus violent que notre spectacle parlait d’amour et de la joie d’être ensemble.

Au fur et à mesure du confinement, la sidération n’a fait que grandir :

C’est à ce moment-là que l’on se rend compte que ce métier sans les autres, il ne veut rien dire.

 

Les femmes, oubliées ?

Les deux artistes sont dubitatifs par rapport aux actions prises par nos dirigeants. La chose la plus compliquée, selon eux, va être de faire entendre sa voix.

"En tant que femme, cela va être dur. On demande peu leur avis aux femmes artistes. Par exemple, le 29 mai, la Chambre va auditionner les experts culturels. Parmi eux, une seule femme. On nous dit qu’il faudra penser le monde d’après. Mais ça passe par les actes et par la parole des femmes créatrices. Elles sont extrêmement nombreuses."

 

Un nouveau monde avec des experts du vieux monde ? Impossible…

Milo Rau a publié il y a quelques jours, une carte blanche dans Le Soir. Son constat n’est pas optimiste. Le Monde est dominé par des grands groupes et veut recommencer comme avant.

"Ça ne sert à rien de demander aux experts du vieux monde leur avis pour construire le nouveau monde. Ce qu’il faut, c’est créer un dialogue très diversifié."

Le travail de l’artiste

Milo Rau est catégorique. La manière de voir le travail de l’artiste va devoir changer.

"Il faut dissocier le travail de l’artiste et l’argent. Si on est obligé de travailler tout le temps, de représenter tout le temps, alors, on ne sait rien faire d’autre, on ne sait plus réfléchir. On revient inlassablement dans le schéma néolibéral pour survivre."

Si on continue dans cette logique de survie, de concurrence, on va revenir au monde d’avant.

 

Un futur avec plus de solidarité ?

Pour les deux artistes, ce sera nécessaire. Un des problèmes les plus immédiats, ce sera de trouver des lieux nouveaux et différents pour produire. Avec les règles de distanciation par exemple, on ne pourra plus faire des spectacles comme avant.

Pour Valérie Bauchau, beaucoup de travailleurs du spectacle n’ont pas le statut d’artiste.

Il va falloir tenir le coup et ne pas sombrer. On est dans l’incertitude la plus totale. On va devoir trouver d’autres boulots pour survivre.

Il va falloir faire entendre cette parole. C’est vraiment un enjeu humanitaire. Il ne suffit pas de demander aux artistes de se réinventer pour s’exprimer ;