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Séduisante Barbarella…

Barbarella : une space oddity, un livre de Véronique Bergen
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Barbarella : une space oddity, un livre de Véronique Bergen - © Archive Photos - Getty Images

Dessinée par Jean-Claude Forest dès 1962, à partir de la plastique, elle-même révolutionnaire, de Brigitte Bardot, incarnée au cinéma, de manière immédiatement légendaire, par Jane Fonda pour la caméra de Roger Vadim en 1968, Barbarella brise les tabous comme les images stéréotypées de pin-up de la bande dessinée et du cinéma. Véronique Bergen lui consacre un livre : Barbarella : une space oddity (Les Impressions Nouvelles – La Fabrique des Héros).

Être Barbarella, c’est d’abord et avant tout être une femme. Une femme libre et indépendante, émancipée et aventurière, séduisante et fascinante, pleinement inscrite au cœur des mouvements les plus avant-gardistes de son époque, les sixties.

Fille de l’espace, elle est aussi une fille de son temps, qui traverse à toute vitesse les galaxies et les récits les plus fantasques de la science-fiction comme les problématiques des plus cruciales de la fin du XXe siècle : l’éthique et l’érotique, la liberté des corps et des esprits, l’antispécisme et le transhumanisme, l’urgence écologique et la critique des modes de gouvernance.

Ambassadrice de la paix, Barbarella fait l’amour plutôt que la guerre : sa conquête spatiale est celle du plaisir, son odyssée, sauvage et impromptue, ouvre le champ de tous nos possibles.

Le corps comme arme

Barbarella, suite à un chagrin d’amour, va quitter la terre et errer dans l’espace et dans le temps. Les ennemis qu’elle va croiser, elle ne voudra pas les combattre, mais juste les séduire. Elle est donc vraiment l’incarnation du slogan 'faites l’amour, pas la guerre'. Elle est aussi totalement à l’opposé de la notion de conquête spatiale. Par son érotisme et son art de la paix, elle va, sur chaque planète où elle atterrit, concilier des tribus ennemies, être du côté des opprimés.

Le corps est une arme, mais au sens de la paix. Pour Véronique Bergen, Barbarella est donc l’anti Wonder Woman. Tout les sépare. Sa devise est 'Jouissez sans entraves', c’est l’amour libre. Elle use de son corps pour séduire hommes, femmes, ennemis, robots, anges… Barbarella est du côté de la contre-culture. Tandis que Wonder Woman est du côté de la loi des justicières américaines ; elle ne quitte pas le schéma de la domination, elle en inverse simplement les termes.

Barbarella n’est pas à proprement parler une héroïne féministe, elle n’est ni Balance ton porc, ni Me Too. Il n’y a pas chez elle de misandrie, elle a un rapport à l’autre qui relève de l’hospitalité, de l’amitié, et pas de la domination, de la vengeance, du tribunal. Son féminisme est décalé, rétro-moderne, il est dans l’affirmation et pas dans la condamnation, ni dans le jugement.

Écolo avant l’heure

Les 4 albums de Jean-Claude Forest, et en particulier le 4e, Le Miroir aux Tempêtes, montrent déjà une extraordinaire pré-science écologique. Ils traitent déjà du transhumanisme, des dangers des manipulations génétiques… des thèmes tout à fait actuels. L’écologie en 1962 est un thème qui n’est porté que par la contre-culture et la science-fiction, suivies ensuite par le Flower Power.

Barbarella n’est pas un guide, elle est une lanceuse d’alerte, elle donne l’étincelle pour ramener la liberté aux peuples qui en sont privés.

Le passage de la censure

Véronique Bergen a été particulièrement intéressée par les spéculations métaphysiques que l’on retrouve au travers de la science fiction et par l’érotisme très particulier de Barbarella, avec ses amours interspécistes, en particulier dans les premiers albums, avant la censure qui a frappé durement les albums.

A l’époque, la femme était vue comme une potiche, une femme objet, ou au contraire comme une vamp. Jean-Claude Forest détestait les pin-up et les vamps. Barbarella est une femme complètement libre, qui met son désir avant la loi, curieuse de rencontres et sans tabou.

Les films, beaucoup plus légers que les bandes dessinées de Jean-Claude Forest, ont pour leur part échappé à la censure. Ils sont très éloignés des BD, assez kitsch, moins intéressants. Roger Vadim a choisi Jane Fonda pour interpréter Barbarella, et cette silhouette est entrée dans l’inconscient collectif.

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