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[MUSEES] Pierre Paquet et Virginie Cordier : "Il faudra être solidaire pour s'en sortir"

Face au Coronavirus, tous les musées et toutes les institutions culturelles ne sont pas logés à la même enseigne. Leur réouverture s’organise progressivement selon les spécificités propres à chaque lieu et sous certaines conditions drastiques. Virginie Cordier et Pierre Paquet évoquent cette problématique complexe avec Éric Russon.

 

Les musées qui redoutaient d’être assimilés au secteur de la culture en général, encore et toujours confiné, sont à présent soulagés. Depuis le 19 mai, la reprise de leur activité est enfin autorisée non sans de rigoureuses dispositions garantissant la sécurité publique. Billetterie en ligne ou réservation par téléphone obligatoires, gels et masques devenus coutumiers. Mais aussi limitation du nombre de visiteurs à l’heure régulés en fonction de l’espace muséal requis, marquages au sol et parcours déambulatoire à sens unique, histoire de respecter les règles de distanciation sociale en vigueur.  

 

Le retour aux cimaises

 

Les amateurs d’art qui devaient se contenter durant la crise sanitaire de visites virtuelles accessibles sur le net ont répondu présent dès la réouverture officielle des musées. Dans la Citée Ardente, à La Boverie qui met à l’honneur jusqu’au 2 août, les grands noms de l’hyperréalisme à travers sa remarquable et troublante exposition " Ceci n’est pas un corps ", la surprise de fréquentation était au rendez-vous dès le premier jour de reprise. Son commissaire et administrateur, Pierre Paquet, par ailleurs directeur des musées de la ville de Liège confirme: " Le fait de rouvrir cette exposition et de la prolonger a semble-t-il rencontré l’intérêt d’un public très large ". 

 

Un pour tous, tous pour un. Une fragile solidarité indéfectible

 

Il n’empêche que pour Pierre Paquet, ce spécialiste de la conservation et de la restauration du patrimoine, ex-professeur émérite en architecture, géologie et environnement à l’ULG promu en octobre dernier à la tête de huit établissements culturels liégeois de la Fédération Wallonie-Bruxelles : " On doit être solidaire avec toutes les petites infrastructures qui elles ont vraiment souffert ".  Un avis fédérateur qui entérine verbalement les rapports de concurrence entre les gros et les petits pourvoyeurs de l’art.

 

Même discours solidaire émis par Virginie Cordier, la patronne de La Vènerie intronisée en mars 2017 à la tête du plus ancien centre culturel bruxellois. Cette dernière, tout comme son homologue liégeois, souligne le gouffre financier latent relatif au Covid-19 et pointe le sort alarmant des artistes et intermittents du spectacle qui eux, privés d’emplois et donc de revenus, peinent à nouer les deux bouts au quotidien.

 

La proximité du public, une vocation qui se réinvente

 

Le centre culturel La Vènerie à Watermael-Boistfort regroupant Les Écuries de la Maison Haute et L’Espace Delvaux sur un même territoire communal reste quant à lui fermé. Promiscuité oblige. Sa programmation diversifiée entre représentations théâtrales, ciné club, rencontres et débats publics, expositions ou encore ateliers créatifs pour adultes et enfants ne rencontre pas les exigences sanitaires actuelles.

 

Outre la diffusion d’œuvres artistiques, les missions d’un centre culturel consistent à tisser un lien de proximité avec sa population locale comme nous le rappelle judicieusement Virginie Cordier : "  les centres culturels font le lien au niveau local, les citoyens et la culture ".  Et de fait, la population boistfortoise en manque de culture et de cohésion sociale réclame son dû. L’équipe de cette pétillante appassionata travaille sur le futur encore flou sans protocole d’avenir précis. Le sésame libératoire tombera peut-être le 8 juin à l’’issue d’un conseil des ministres ou pas. Qui vivra verra.