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"Mon fils, ma bataille", une chanson qui annonce le phénomène des papas poules

"Mon fils, ma bataille" est l’une des chansons les plus connues de Daniel Balavoine.

Il y a 2 choses intrigantes dans cette chanson: la dimension autobiographique et l’interprétation sociologique. "Mon fils, ma bataille" raconte l’histoire d’un père à qui on veut retirer la garde de son enfant au profit de sa mère, qui a pourtant quitté le domicile conjugal. C’est ça qu’on comprend dès le début du texte: " Ça fait longtemps que t'es partie. Maintenant, je t'écoute démonter ma vie. En pleurant. Si j'avais su qu'un matin, Je serai là, sali, jugé, sur un banc. (on est au tribunal) (...) Pour un enfant. Tu leur dis que mon métier, c'est du vent. Qu'on ne sait pas ce que je serai. Dans un an. S'ils savaient que pour toi. Avant - de tous les chanteurs - j'étais le plus grand. Et que c'est pour ça. Que tu voulais un enfant."

C’est assez triste, et Daniel Balavoine sert le texte avec beaucoup de conviction. Et même beaucoup de véhémence, voire de violence virile - lorsqu’il dit: "Les juges et les lois. Ça m'fait pas peur. C'est mon fils, ma bataille. Fallait pas qu'elle s'en aille. Je vais tout casser. Si vous touchez au fruit de mes entrailles."

Chanson autobiographique ?

Balavoine est un homme engagé, c’est une grande gueule (dans le sens le plus positif du terme), et on se dit que, dans "Mon fils, ma bataille", il parle de lui puisqu’il parle d’un chanteur. Quand il la chante, il est à fond…

On commence à chercher pour faire le point de jonction entre sa chanson et sa vie. On commence à chercher la femme – la méchante de l’histoire – qui lui a fait ce coup bas. Et en fait, on ne trouve rien. Au moment où il écrit le texte - en 1980 - aucune femme ne peut lui réclamer ce qu’il n’a pas puisqu’il n’a pas d’enfant. Son premier enfant naît en 1984. Les dates ne correspondent pas. "Mon fils ma bataille" n’est pas du tout autobiographique. C’est une chanson qui lui a été inspirée par le film "Kramer contre Kramer". En 1979, tout le monde parle de ce film dans lequel Meryl Streep quitte Dustin Hoffman en lui laissant leur petit garçon. Mais il y a quand même intervention du réel dans l’écriture de "Mon fils ma bataille" puisque c’est surtout l’histoire du guitariste de Balavoine – Colin Swinburne – engagé dans un procès contre son ex-femme pour récupérer la garde de leur enfant. Ce n’est pas son histoire, c’est l’histoire d’un autre et il n’adore pas sa chanson.

Écoutez ce que Balavoine disait de "Mon fils ma bataille" en 1980 à la télé française :

Ce n’est donc pas une chanson autobiographique. Mais ça aurait pu puisque Balavoine a chanté des chansons directement inspirées de sa vie:

"L’Aziza", c’est une chanson sur sa femme, juive marocaine. Donc, on est habitué à ce qu’il chante sa vie. La preuve, il a chanté la naissance de son fils en 1984:

Ensuite, on peut se poser la question: la violence contenue dans "Mon fils ma bataille " en fait-elle une chanson masculiniste? Une chanson contre les femmes?

Pas vraiment, et même, au contraire. Quand il parle du "fruit de mes entrailles", un détournement du "Je vous salue Marie" ("Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni"), il s’approprie sa part de féminité. Aucun homme en 1980 ne parle du ". fruit de mes entrailles et, ce qui est assez incroyable parce que ça n’existe pas en 1980, en chantant "le fruit de mes entrailles", Balavoine annonce un phénomène sociologique connu sous le nom de "papas poules", ces hommes qui vont faire avancer la notion de paternité et dont parle "Mon fils ma bataille".

 

Écoutez "Mon fils, ma bataille" de Daniel Balavoine:

Retrouvez "Paroles, paroles" de Sebastien Ministru

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