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Les 70 ans de la mort de George Orwell, l'auteur de '1984' et de 'La Ferme des animaux'

Eric Arthur Blair, qui deviendra George Orwell
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Eric Arthur Blair, qui deviendra George Orwell - © Wikipedia

George Orwell est mort le 21 janvier 1950 à Londres. Il est considéré comme un auteur d’anticipation, qui a vu venir l’avenir. Mais il était surtout un auteur de l’expérience vécue, qui a raconté sa vie plus qu’il n’a écrit de romans d’anticipation. Les deux livres que l’on retient de lui ont été publiés à la fin de sa vie, après la Seconde Guerre Mondiale.
 

La Ferme des Animaux

Paru en 1945, La Ferme des Animaux est un court roman, une fable animalière en dix chapitres. C’est une satire de la religion, de la révolution russe, du régime soviétique et du totalitarisme au sens large. L’écrire en 1945 était assez osé, vu que les alliés de l’Angleterre pendant la guerre étaient les Communistes.

L’histoire se passe à la ferme du Manoir, qui appartient à Monsieur Jones, quelque part en Angleterre. Sage l’Ancien, le vieux cochon voit en rêve une société où tous les animaux seraient égaux ; il définit 7 commandements pour y parvenir. Les animaux vont finir par chasser les hommes de la ferme et les cochons vont prendre le pouvoir.
 

Orwell crée un néologisme, 'l’animalisme', pour désigner cette société où les animaux sont égaux… mais où certains sont plus égaux que d’autres ! Il va y avoir une lutte pour le pouvoir, un bouc émissaire, des procès… tout ce qui a fait les mauvais côtés du régime communiste.

Ce premier grand succès de George Orwell, après 7 autres livres, a encore une importance certaine aujourd’hui : il est toujours interdit de lecture en Iran et dans les Emirats Arabes Unis.

 

1984

George Orwell publie, quatre ans plus tard, en 1949, ce qui sera son dernier roman puisqu’il mourra un an plus tard. C’est 1984, qui remporte immédiatement un immense succès : 400 000 exemplaires sont vendus dès la première année.

En 1984, 30 ans après une guerre nucléaire, un régime totalitaire s’est installé partout dans le monde. L’Oceania, l’Eurasia et l’Estasia ont chacune un gouvernement totalitaire et se livrent une guerre perpétuelle.

En Oceania, Winston Smith est un employé du Parti extérieur du Ministère de la Vérité. Son travail consiste à remanier les archives pour les faire correspondre à l’histoire que le parti veut mettre en avant, et cela ne lui plaît pas du tout. Il vit dans une société surveillée en permanence par des télécrans, avec Big Brother qui surveille et incarne le pouvoir. Il va tomber amoureux de Julia, ce qu’il n’a pas le droit de faire. Il va essayer de renverser le régime.

1984 est l’histoire de ce régime totalitaire et une critique du communisme exacerbé. Le livre va être considéré comme absolument visionnaire. George Orwell avait prévu beaucoup de choses : les évolutions technologiques et sociétales, la société des écrans, les réseaux sociaux, les fake news, le Ministère de la Vérité…

Pourtant, il n’était peut-être pas tant un auteur d’anticipation qu’un auteur d’extrapolation, parce qu’il n’a fait qu’extrapoler ce qu’il avait vécu, toute sa pensée politique est née de sa propre expérience.


Quand Eric Arthur Blair devient George Orwell

Eric Arthur Blair naît en 1903 en Birmanie. Son père est un fonctionnaire subalterne au sein de la section Opium du gouvernement impérial. A l’époque, le gouvernement anglais vendait officiellement de la drogue cultivée par les Anglais en Inde et vendue à la Chine. Sa mère est d’origine française.

Il rejoint l’Angleterre en 1904, avec sa mère et sa soeur, et entre comme pensionnaire dans une Prep School d’Eastbourne. Il y vivra jusqu’à ses 14 ans une vie épouvantable, où il sera battu. Il découvrira déjà là une certaine forme de totalitarisme. Il décrira cet enseignement dans un essai posthume intitulé Such were the joys.

À 14 ans, Eric Blair entre au Collège prestigieux d’Eton. C’est l’école des aristocrates, des élites britanniques. Il fait partie des boursiers et il y passe de bien meilleures années. Il ne parvient pourtant pas à intégrer une université et devient par conséquent policier en Birmanie, où il suit en parallèle diverses formations. 

Il y découvre les défauts de l’impérialisme à l’anglaise, avec en particulier l’exploitation des indigènes. Cet esprit critique anti-impérialiste va le suivre toute sa vie. Il écrit Une Histoire birmane en 1934, un roman presque autobiographique et très critique envers le monde colonial. Il démissionne de la police en 1927 et regagne l’Angleterre.

Fin des années 20, il part vivre à Paris : il donne des cours d’anglais, il est plongeur, il mendie, il découvre ce monde miteux des gens qui n’ont pas de qualifications, pas de travail, pas d’argent. De retour en Angleterre, il vit là aussi une vie de clochard. Cela lui inspirera le livre Dans la dèche à Paris et à Londres, publié par un éditeur de gauche. C’est à cette occasion qu’il s’invente le pseudonyme de George Orwell, le livre lui paraissant un peu trop engagé pour être publié sous son vrai nom.

Il fera ensuite des reportages dans les quartiers ouvriers de Manchester, et publiera l’essai Le Quai de Wigan, où il décrit les conditions de travail épouvantables des mineurs, mais où il livre aussi une critique des intellectuels de gauche qui ont commandité le livre, mais qui, selon lui, ne font rien de concret pour aider les pauvres. Orwell est un auteur socialiste, avec la vision politique d’une société juste et décente, mais sans révolution et sans lecture du marxisme.


La lutte contre le fascisme et le totalitarisme

Au milieu des années 30, George Orwell entre en lutte contre le fascisme et part se battre en Espagne en pleine guerre civile. Il y sera gravement blessé. Il se rendra compte que le communisme peut être aussi critiquable que le nazisme, que le totalitarisme et la propagande peuvent se trouver aussi bien à gauche qu’à droite. Il s’intéressera à ce sujet et le dénoncera toute la fin de sa vie.

Il meurt le 21 janvier 1950 à Londres mais il reste universel et très actuel. Comme Kafka, Orwell est devenu un adjectif : orwellien, qui évoque les systèmes de surveillance, la transformation de la vérité, les fake news… Orwellien désigne aussi une certaine forme de journalisme : les gens qui vont sur le terrain, les philosophes qui s’inspirent de la réalité pour développer un mode de pensée.

Sa critique des défauts de la société est toujours valable aujourd’hui. C’est bien pour cela qu’il est resté très moderne.

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