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Josef Schovanec : un mode de vie rigoureux pour survivre aux épidémies

Josef Schovanec : Un mode de vie rigoureux pour survivre aux épidémies
Josef Schovanec : Un mode de vie rigoureux pour survivre aux épidémies - © Tous droits réservés

Ὄμνυμι Ἀπόλλωνα ἰητρὸν καὶ Ἀσκληπιὸν καὶ Ὑγείαν, je jure par Apollon, le médecin, par Asclépios, par Hygeia : ce sont les premiers mots de l’un des plus illustres textes de l’histoire, à savoir le serment d’Hippocrate, et qui d’une certaine manière est au centre de nos réflexions aujourd’hui. Scolairement parlant, on dira qu’Asclépios est le dieu de la médecine et que Hygieia ou Hygeia la figure tutélaire de l’hygiène, à qui elle a donné son nom.

Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel, à savoir l’étrangeté fondamentale de cette famille de divinités. Certes, il est en apparence plus que flatteur d’appartenir à la famille d’Apollon, ce dieu qui incarne en quelque sorte la lumière, la rationalité voire la science, par opposition par exemple à l’ivrogne et fêtard Dionysos. C’est dans le reste de la famille que tout se gâte, si j’ose dire, ou plutôt devient intéressant. Car oui, dans les temps anciens les divinités n’étaient pas toutes parfaites, loin de là.

Asclépios, fils d’Apollon, n’était pas vraiment le dieu de la médecine

Asclépios, fils d’Apollon, n’était pas vraiment le dieu de la médecine : c’était un individu assez bizarre, éduqué non pas par son père le dieu lumineux, mais par un monstre, à savoir un centaure, Chiron, qui lui-même avait été abandonné à sa naissance par sa propre mère, horrifiée par la créature à laquelle elle avait donné vie. Plutôt que de la médecine au sens occidental moderne, Asclépios semble passionné de bricolages et d’expérimentations diverses, étudiant par exemple l’effet thérapeutique de tel ou tel type de sang de la Gorgone.

Sans surprise, il meurt foudroyé par Zeus en fureur qui ne voulait pas qu’un petit bricoleur se mêle des grandes questions de la vie. Il s’entend bien avec les animaux, en particulier les serpents – il y a un côté Harry Potter, si j’ose l’anachronisme.

Par contre, avec les humains, sur le plan politique, il n’était pas doué. Les parents ayant un enfant autiste reconnaîtront bien des choses. Toutefois, et ce dès la plus haute antiquité, à savoir l’époque homérique, la rigueur de son implication médicale est reconnue. Là encore, sans surprise.

 

La mythologie étant souvent très embrouillée

Hygieia, quant à elle, est soit la fille, soit l’épouse d’Asclépios, la mythologie étant souvent très embrouillée. A vrai dire, assez vite elle émerge comme ni la fille, ni l’épouse, mais comme l’équivalent féminin d’Asclépios. Il faut dire qu’elle est très différente de ses sœurs : autant Panacée, Télesphore, etc, qui incarnent la guérison magique ou d’autres belles choses encore, sont bien gentilles mais assez ternes (d’ailleurs tout le monde les a oubliées), autant Hygieia est la digne héritière d’Apollon : rigoureuse, érudite, elle connaît les secrets des remèdes et des aliments.

Point que le lecteur contemporain ne remarquera sans doute pas mais qui à l’époque devait choquer, elle ne semble pas avoir elle-même de famille ni d’enfants.

En vérité, il se pourrait que ces étranges divinités, comme souvent d’ailleurs dans l’ancien monde, ne soient autres que des transpositions de profils humains. Hippocrate, le père de la médecine, bien humain quant à lui, est d’ailleurs entré dans l’histoire du fait de son caractère pédant et, si l’on permet le blasphème, psycho-rigide. Tous les gestes de sa vie étaient régis par d’innombrables préceptes, y compris la longueur de ses ongles.

On objectera que tout cela est bel et bon, mais que dans l’ancien temps Hippocrate ne devait pas être bien efficace en tant que médecin, vu qu’il ignorait tout des médicaments modernes. En quoi pouvait-il réellement aider ? Aujourd’hui, en temps d’épidémie, nous avons la réponse : le mode de vie rigoureux de Hygieia ou Hippocrate leur permettait de survivre durant les grandes vagues de peste.

C’est comme cela qu’il faut comprendre le premier des aphorismes compilé dans les œuvres attribuées à Hippocrate : le bon médecin ne fait pas uniquement ce qui est bon pour lui-même, mais il fait que les autres le suivent.

 

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