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Joëlle Scoriels - Confinement, Carême et Finistère : des points communs ?

Joëlle Scoriels - Confinement, Carême et Finistère : des points communs?
Joëlle Scoriels - Confinement, Carême et Finistère : des points communs? - © Tous droits réservés

Joëlle Scoriels décrypte la langue française. Quel est le rapport entre le confinement, le Finistère et le Carême ? Un essai de réponse avec "La La Langue".

Jérôme, mon royaume ! mon royaume pour un grain de sable entre mes orteils. Un seul grain, même grossier, même difforme, même roux !

Je n’ai pas de jardin. Je confine dans un appartement bruxellois, et je suis en train de concevoir un plan diabolique pour réussir mon premier " garden-jacking ".

Après les car-jacking et les home-jacking, les gens comme moi, qui doivent s’acheter des pots de basilic pour avoir l’impression de jardiner, je vous jure qu’ils vont salement s’adonner au garden-jacking dans les jours à venir.

Je n’ai pas le moindre jardin ; je jouis néanmoins d’un balcon, qui m’offre deux mètres carrés orientés full nord, et sur lequel je récolte à l’aube une promesse de rayon de soleil, en mangeant mon avoine bouillie.

L’après-midi, je voyage un peu, j’enfile un bikini de couleur exotique, j’ouvre une fenêtre de ma salle à manger, et après avoir disposé une petite chaise dure face au soleil, je lis quelques pages de nécrologie. Voilà mes vacances de Pâques, les plus tristes depuis que ma mère m’a dépotée (en 1998).

Cependant, je voudrais vous rappeler qu’on n’est pas seulement plongés dans le confinement, nous sommes aussi en plein Carême chrétien.

Alors qu’est-ce qui est pire, le confinement ou le Carême : cette éminente chronique fait le point.

Confiner, ça veut dire ‘forcer quelqu’un à rester dans un espace limité’. Conferatur mon balcon d’un mètre carré.

Dans confiner on entend les mots latins " cum " et " finis ", où " finis " désigne les limites, la fin d’un territoire.

Comme dans " Finistère ", cette saillie de granite et de grès qui forme l’appendice le plus occidental de la Bretagne : " finistère ", c’est ‘la fin de la terre’ ;

alors que " fistinière "… non.

À propos de Bretagne : saviez-vous que, tous les ans, la France compte ses suicidés, et que, depuis l’après-guerre, chaque année c’est la Bretagne qui gagne.

Et comme je suis une fille linguistique, je vous dévoile que, ce qui contribue au taux de suicide des Bretons, c’est notamment le fait que, pendant des décennies, des gouvernements ont voulu leur interdire de parler leur langue. Il fallait que les Bretons abandonnent leur idiome rocheux, au profit du seul français.

Or, notre langue et notre culture contribuent à équilibrer notre identité profonde.

Ça ne vaut pas pour ceux qui parlent flamand, bien sûr.

Mais si on nous empêche de faire un usage libre de notre langue et de notre culture, il est tout à fait naturel qu’on parte en lambeaux et que tous se suicident.

Bon, pour les suicides bretons, il y a la langue, ET le chouchen – une solution alcoolisée locale.

C’est un peuple qui m’inspire beaucoup, par ces temps de confinement.

Le problème de notre grand atelier confinement, c’est qu’on ne connaît pas la date de fin de l’activité. Or il est très difficile de contracter son périnée quand on ignore combien de temps va durer l’effort.

 

Et c’est là que le carême présente des avantages.

Parce que le mot " carême " est la déformation d’un mot latin, " quadragesima ", qui voulait dire ‘quarantième’, et on parlait du " quarantième jour ".

Le carême, c’est en effet la période de 40 jours qui sépare le mardi gras du dimanche pascal, ce fameux dimanche de Pâques, où Jésus initie la grande tradition littéraire des morts-vivants.

Jésus, c’est un peu l’ancêtre du zombie – déjà que, avant son décès, il avait envie qu’on lui mange son corps et qu’on lui suce le sang.

40 jours de carême donc, mais si vous comptez bien, entre le mardi gras et le jour de Pâques, ça fait 46 ; car il y a une astuce : on ne tient pas compte des dimanches.

Les dimanches, on a le droit de faire un peu moins le carême.

 

Le carême consiste en quoi : à se priver, et à regretter ; pile comme pendant un confinement classique ; en revanche : pendant le carême on peut se coucher sur des plages et des pelouses publiques ; le dimanche c’est relâche ; et surtout, surtout, on sait quand s’arrête cette cochonnerie.

 

Bon, je vous ai parlé de mes petits projets de jardins partagés par le truchement de la violence, je vais aller faire un tour en Brabant, là-bas on compte en moyenne UN enfant blond au kilomètre carré de jardin, et moi je viens de remettre la main sur mon nunchaku.