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Jacques Attali : "Les réseaux sociaux et les GAFA ont droit de vie ou de mort sur la presse"

Les médias sont remis en cause de toutes parts. Certains leur attribuent tous les maux. Jacques Attali s’est attaché à retracer leur histoire. Dans son dernier livre "Histoire des médias, des signaux de fumée aux réseaux sociaux" (Fayard), il s’interroge sur leur devenir. Extraits choisis.

Presse écrite, radio et télévision forment une sorte de cercle vertueux. Ils ne se veulent pas trop de mal et se répartissent la manne publicitaire. Au milieu des années 90, internet arrive chez nous. La donne va changer. Les Gafam et les réseaux sociaux s’installent et ne sont pas prêts à partager le gâteau publicitaire.

 

Quand la radio va apparaître, la presse écrite est morte de trouille. La presse écrite va obtenir que la radio ne donne pas d’informations.

Milieu des années 90, tout bascule sans que l’on s’en rende vraiment compte

En effet, c’est à cette époque que la presse écrite va créer ses sites internet et donner ses contenus gratuitement à tous. Ils basent alors leurs revenus sur la publicité.

Pour Jacques Attali, c’est la faute qu’il ne fallait pas commettre.

En agissant de la sorte, ils espéraient une vitrine supplémentaire. Quelques années plus tard, ils vont se rendre compte de leur erreur. Si tout le monde peut les lire sur son écran, pourquoi acheter la version papier ?

L’arrivée du 21e siècle ne va rien arranger. A ce moment, les médias sont détenus par un très petit nombre de personnes uniquement soucieuses de la rentabilité.

Ces médias ne mettent trop souvent en avant que ceux qui font passer le spectacle avant l’information et l’indignation avant l’argumentation.

Mais ces médias ne voient pas qu’ils sont en passe d’être balayé par les réseaux sociaux et les plateformes numériques. La force des réseaux et des GAFAM, c’est de pouvoir aspirer la publicité et d’accaparer les revenus. Leur fonctionnement, sur base d’algorithmes, leur permet de connaître le lecteur comme jamais auparavant et de cibler la publicité de manière précise.

Les chiffres sont édifiants : la presse s’écroule

Si en 2000, on vendait 100, aujourd’hui, on vend 25. Pour l’auteur, la presse papier a oublié de se réinventer.

Un quotidien donne les nouvelles du jour. Mais aujourd’hui, pour ce genre de nouvelles, on n’a plus besoin d’un journal papier. Ce sont des infos vues sur les réseaux ou entendues à la radio.

Jacques Attali : "Aujourd’hui, quand on achète un journal papier, on veut réfléchir. Très peu de journaux ont creusé cette démarche"

 

 

Les journaux continuent de croire qu’ils doivent garder la publicité alors que c’est perdu. Ils doivent s’attacher à leurs abonnés et leur fournir une info de qualité

Il faut sans cesse relancer l’attention

Un autre problème auquel sont confrontés les médias actuels, c’est la durée d’attention moyenne du spectateur. En moyenne, elle est de 8 secondes. Il faut sans cesse garder et relancer l’attention du lecteur et du spectateur.

Essayer de garder l’attention est fondamental. C’est ce à quoi s’attaquent les algorithmes.

Vous en arrivez à montrer les choses les plus attirantes, les plus horribles. Vous essayez de créer un débat même s’il est stérile.


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Aujourd’hui, le constat est glaçant. 57% des milléniaux s’informent, d’abord, sur les réseaux sociaux. En télévision, les principaux programmes qui fonctionnent. C’est le sport et le voyeurisme.

Nous ne sommes pas éduqués à interroger les médias

Hologrammes, intelligence artificielle, fake news, élections manipulées… autant de nouvelles qui nous arrivent régulièrement. Le problème, c’est que nous ne sommes plus habitués à démêler le vrai du faux.

Jacques Attali s’interroge : "Même si certaines écoles apprennent à nos jeunes à lire les nouvelles et à les interpréter, il n’y a pas assez d’éducation aux médias.

Voyez l’exemple de Samuel Patty, cet enseignant assassiné pour avoir essayé de décrypter des caricatures du prophète. Nous sommes dans une société où on fait de moins en moins la différence entre les faits et les croyances.

Cela dit, les fausses nouvelles ne sont pas l’apanage de notre société connectée. Déjà, en 1914, les journaux mentaient aux lecteurs en disant que les armes des Allemands étaient inoffensives et que les soldats riaient quand ils étaient touchés.


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Que faire ?

Pour l’auteur, l’éducation n’est qu’un des moyens. Il faudra aussi s’intéresser aux algorithmes des GAFA.

Dans l’absolu, les réseaux sociaux ne sont pas le diable. C’est un service au public. Ils sont précieux et utiles. Ce qui les rend dangereux c’est d’être détenus par des sociétés commerciales dont le seul but est le profit.

Les algorithmes peuvent être très utiles s’ils sont prescripteurs, s’ils nous conseillent des choses à découvrir, à voir, à lire.

Par contre, s’ils sont orientés pour nous faire consommer, ils sont dangereux et déforment notre vision du monde.

Ce qui dangereux c’est l’intention pas la matérialité

 

On doit aussi s’atteler au démantèlement de ces grands groupes afin de minimiser leur toute-puissance. Les USA remettent leur modèle en cause. A suivre.

 

La conclusion de Jacques Attali : Il faut de temps en temps couper des médias, lire, méditer.

A lire

Histoire des médias, des signaux de fumée aux réseaux sociaux

Jacques Attali

Editions Fayard

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