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[EXPOSITION] Jean Dubuffet, le preneur d’empreintes au Centre de la gravure et de l’image imprimée à La Louvière

L’inclassable Jean Dubuffet s’expose au Centre de la gravure et de l’image imprimée à La Louvière jusqu’au 26 janvier 2021. L’occasion d’y découvrir une facette peu connue de son œuvre lithographique à travers cette exposition inédite présentée par Catherine De Braekeleer, la directrice des lieux et Sophie Webel, la responsable de la Fondation Dubuffet à Paris.

On connaissait Jean Dubuffet, le peintre, le sculpteur, l’écrivain, l’architecte à qui l’on doit des édifices spectaculaires comme " La villa Falbala " et sa closerie dont la superficie atteint quelques 1600 m2 ou encore " La Tour aux figues ". Dans l’œuvre immense de ce touche-à-tout de génie, son travail lithographique intitulé "  Les Phénomènes ", lui, reste encore assez confidentiel auprès du grand public. Cette série de 324 lithographies et 22 albums, tantôt en couleurs tantôt en noir et blanc célèbre la nature et ses éléments dans une approche totalement novatrice pour son époque. Une partie de cette collection, 130 planches et leurs albums respectifs sont aujourd’hui présentés aux cimaises de l’institution louviéroise avec le concours de la Fondation Dubuffet.

L’Art doit surprendre là où ne l’attend pas, par surprise (Jean Dubuffet).

A l’âge de 56 ans, Dubuffet se lance dans cette aventure d’envergure qui va l’occuper sans relâche entre 1958 et 1962. " Il se consacre à ce projet colossal comme peu d’autre l’ont fait. Une espèce d’œuvre totale. Pendant quatre ans, il ne fait que ça avec deux ateliers. Il va de Paris à Vence avec ses imprimeurs derrière " nous apprend la directrice de sa fondation, Sophie Weber. Lui qui avait pratiqué tous les supports créatifs, de préférence non conventionnels, entreprend de réaliser des empreintes. Sols, murs, minéraux, végétaux ou animaux, tout y passe.

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© ADAGP-ParisSABAM
© ADAGP-ParisSABAM
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Ces petits riens du quotidien, grande source d’inspiration

 

Déjà passionné par les objets décriés ou les choses du quotidien devenues invisibles à nos yeux à force de les côtoyer, l’artiste amorce ici un travail sur les matières et les textures. Son but initial : récolter la matière première qui doit servir à alimenter une série de lithographies représentant des personnages aux traits graphiques enfantins également visibles dans une section de l’exposition. Mais l’intérêt de ses recherches formelles est tel que ses " Phénomènes " deviendront très vite des œuvres à part entière.

 " Ce regardeur, ce capteur d’image " selon l’expression de Catherine De Braekeleer, la commissaire de l’exposition et directrice du Centre de la gravure, parvient à exprimer en un simple fragment, l’essence même des choses peuplant notre univers. Et Sophie Weber d’ajouter : " Il nous apprend à regarder différemment les éléments ". Et de fait, Jean Dubuffet donne à voir une myriade de paysages d’une indéniable poésie abstraite.

 

Un curieux, un expérimentateur né

 

Dubuffet, c’est avant tout un curieux, un expérimentateur ". Ce n’est absolument pas un puriste de la gravure. A travers ses " Phénomènes ", mais déjà bien avant, il repousse les frontières habituelles de l’estampe classique " souligne Catherine De Braekeleer.

Pour Sophie Webel, la directrice de la Fondation Dubuffet, ce travail, " c’est quasiment l’aboutissement des recherches qu’il avait commencé dans les années 40 (…) C’est assez intéressant parce que son œuvre graphique et picturale ne sont pas complètement séparées ".  Lors de sa première exposition en 1944, cet insaisissable autodidacte exposait déjà des lithographies. Non sans faire scandale.

Ce théoricien de l’Art brut et grand collectionneur de cet art prodigué par les marginaux prisonniers et malades mentaux qui l’ont fortement influencé s’est heurté à la culture dominante réfractaire à son avant-gardisme. Considéré comme l’artiste français le plus contesté de l’après-guerre, Jean Dubuffet a non seulement inspiré d’autres créateurs parmi lesquels Tapiès. Mais il a aussi et surtout engagé l’art sur la voie de la modernité. Et ça, ce n’est pas rien !

Quelques liens pour aller plus loin

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