Entrez sans frapper

Du nickelodeon au juke box, toute une époque !

"Elle était maquillée comme une star de ciné, accoudée au juke-box" (Eddy Mitchell)
2 images
"Elle était maquillée comme une star de ciné, accoudée au juke-box" (Eddy Mitchell) - © Pixabay

Replongeons dans la formidable époque où l’on entrait dans un bar et où, avec une pièce de 5 francs, un morceau d’Elvis Presley s’élevait. A l’origine, on appelait le juke box 'le nickelodeon'.

L’objet est apparu à la fin du 18e siècle. En 1877, Thomas Edison invente le phonographe et douze ans plus tard, en 1889, Louis Glass, président de la Pacific Phonographe Company, imagine un phonographe à pièces dans son bar à San Francisco. C’est le 'nickel-in-the-slot', qui signifie une pièce dans la fente, qui deviendra plus tard le nickelodeon.

A cette époque, le choix de musiques était très restreint, puisqu’il fonctionnait avec un cylindre de cire. Quelques années plus tard, le disque 78 tours permit au juke box de proposer une sélection de plusieurs enregistrements. Mais c’est véritablement l’invention de l’amplificateur qui propulsa l’objet au rang d’icône. Il était enfin possible pour un grand groupe d’auditeurs d’écouter différents morceaux et surtout de swinguer sur la piste.


L’origine du mot juke box

C’est à ce moment que l’on surnomme ce nouvel objet le juke box. Le terme serait issu d’un mot africain.

Début des années 30, les radios passaient principalement de la musique de Blancs, considérée comme plus correcte que la musique des Noirs. Si on voulait écouter le jazz de Louis Armstrong ou King Oliver, il fallait plutôt se déplacer dans les bars. Les gens allaient dans des guinguettes et grâce au juke box, ils pouvaient danser sur une musique que la radio refusait ou n’osait pas diffuser.

Joot signifie en africain danser et jook était utilisé par les descendants des esclaves africains pour désigner une personne espiègle ou turbulente.

Avec le temps, le terme fut utilisé pour parler de maisons de jeux et finalement de l’endroit où l’on pouvait danser, s’amuser et boire en écoutant de la bonne musique. Box signifiant caisse ou boîte, on appela cette boîte à musique payante le juke box.

Ce mot était toutefois réservé à l’argot et c’est seulement 40 ans plus tard, en 1973, que l’on a vu apparaître ce mot sulfureux dans une publicité. On continuait jusque-là à l’appeler le nickelodeon.

J’ai encore pour la machine
D’la mitraille dans mes blue-jeans […]
Faut que j’la claque, claque, claque, claque
Dedans les juke-box 
— (Serge Gainsbourg, Le Claqueur de doigts)

Succès et déclin

Parmi les fabricants de juke box, on distingue 3 grandes marques connues : Seeburg, Rock-Ola, et la plus célèbre, Wurlitzer, avec par exemple le fameux juke box que l’on peut voir dans Pulp Fiction : un objet de design, avec lumières tournantes, tubes à bulles, armoire art déco… Le Wurlitzer 1015, sorti en 1946, est le juke box le plus vendu de l’histoire, qui s’arrache toujours dans les salles de vente. Vendu 75 dollars à l’époque, on peut l’avoir aujourd’hui pour 12 000 dollars.

Dans les années 70, l’invention de la cassette affaiblit l’industrie du juke box et quelques années plus tard, le CD transforme cet objet culte en objet antique. Assez récemment, la marque Wurlitzer a été rachetée par des Allemands qui ont relancé l’objet. Mais il est plus facile et plus économique d’écouter de la musique sur un ordinateur, sur des enceintes Bluetooth.

Le juke box est un incontournable au cinéma, où il fait partie de nombreuses scènes cultes : Top Gun, True Romance, Grease, Trainspotting, Retour vers le Futur…

Le juke box reste une source d’inspiration pour certains. Il est même devenu un objet écolo à Anvers : des poubelles en forme de juke box ont été installées dans la ville et jouent un extrait de chanson quand on y jette un papier…

L’objet Pop de Nicolas Herman, c’est ici

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK