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Confinement – Pierre Rabhi : "On ne va pas rétablir ce qui a préexisté"

Pierre Rabhi
Pierre Rabhi - © Mouvement Colibris

Pierre Rabhi est le chantre de 'la sobriété heureuse'. Il est aussi essayiste, romancier, agriculteur, conférencier et écologiste, fondateur du mouvement Colibris et figure représentative du mouvement politique et scientifique de l’agroécologie en France. Il nous parle de cette crise sanitaire, qui est aussi une crise écologique, et de notre mode de vie qu’il faut changer.

"Cette crise est terrible par les conséquences qu’elle produit. Il sera difficile de s’en relever, d’un point de vue économique. Des millions de gens sont touchés dans leur propre logique, avec une société qui s’est construite d’une certaine façon et qui maintenant est en décrépitude, qu’on le veuille ou non. On ne va pas rétablir ce qui a préexisté."


La démence de l’espèce humaine

Pour Pierre Rabhi, on peut vivre cette crise comme une grande initiation, comme quelque chose qui remet en question le système établi jusque-là et que nous croyions puissant. La crise nous montre bien que nous ne sommes pas si puissants que cela et que le temps est venu d’avoir d’autres références d’existence.

Nous avons une planète absolument splendide, qui nous offre absolument tout. Elle est généreuse et pleine de bienveillance, rappelle Pierre Rabhi, qui est aussi un jardinier. "Elle est magnifique et ce quelque chose de magnifique n’est pas perçu. Et c’est là qu’il y a une dérive, presque une démence de l’espèce humaine qui est en train de la détruire sur l’ensemble de la sphère terrestre."

J’aimerais tant me tromper, c’est le titre de l’un de ses ouvrages publié chez l’Aube. "J’aimerais tant me tromper quand je diagnostique l’état de la planète, des sociétés, de notre civilisation contemporaine, de l’humanité des hommes". Pour lui, cette pandémie ou autre chose… tout cela était prévisible.

"Il y a aussi la pandémie de la famine, que l’on pourrait corriger si nous avions de la générosité. Tout est possible pour que des êtres humains, des enfants, ne naissent pas pour agoniser et mourir, mais pour vraiment jouir de la vie.

Il y a toute une partie qui est liée à l’inintelligence humaine, à une démence dont le mobile fondamental est l’argent. Cette accumulation, ces silences avec lesquels joue un 1/5 de l’humanité, provoquant des mal-être, des séismes et de la mort partout. Nous avons à évoluer et cette évolution est malheureusement démentie par la façon dont nous utilisons notre vie."


Comment faire sa part ?

Faire sa part, c’est important dans la philosophie de Pierre Rabhi. Pour faire sa part après le coronavirus, il faudra que l’humanité mobilise son énergie pour construire un monde viable, qui ait de la beauté et de la générosité. Plutôt que de continuer à regarder la courbe du PNB, la concurrence internationale, et à accumuler.

"Il faut d’urgence s’éveiller, prendre conscience de notre inconscience. Nous sommes dans des dérives qui sont peut-être encore réversibles mais qui risquent, en persistant, de devenir irréversibles."


Comment faire pour ne pas recommencer comme avant ?

Les hommes politiques sont révélateurs du niveau de conscience de ceux qui les ont élus. Dans les démocraties, sur quels critères nous prononçons-nous ? Nous nous trouvons victimes nous-mêmes de ce que nous avons produit.

Le postulat était de nous libérer, or nous n’arrêtons pas de nous incarcérer.

Pierre Rabhi est très endolori par les gens qui se retrouvent dans quelques mètres carrés avec des enfants et qui vivent ce confinement comme quelque chose d’extrêmement restrictif. Cela produit des violences conjugales et autres dérives.

"C’est une anomalie terrible à laquelle nous ne nous attendions pas. Elle devrait être suffisamment significative et instructive pour nous aider à méditer sur le comment."

Est-ce que nous revenons simplement comme avant ? Mais avec une économie exsangue, c’est mission impossible.

Cette crise n’est-elle pas initiatique, au sens profond du terme, et ne nous ramène-t-elle pas à nous-mêmes, en nous rappelant que nous avons une vie précieuse, qui n’est pas à dédier à un système carcéral ?

"De la maternelle à l’université, on est enfermés, au bahut, puis on travaille dans des boîtes, on va s’amuser en boîte, on y va dans sa caisse, puis il y a la boîte où on stocke les vieux en attendant la boîte finale. "

Pour Pierre Rabhi, nous sommes nés pour nous épanouir, pour admirer la vie, et ce n’est pas pour nous contenter de 11 mois de coma et d’un mois de réanimation. Nous ne vivons pas, nous existons, alors que la nature nous offre des merveilles absolues.