Entrez sans frapper

Comment vivait-on vraiment au temps d’Astérix ?

On connaît assez bien l'Histoire - avec un grand H - de Rome, et pas mal celle que la Gaule - qui fut conquise et racontée par Jules César. Mais on connaît moins bien toutes celles avec un petit h qui font la vie au quotidien : les us, les coutumes, les traditions, les pratiques, et toutes les façons de faire, d'apprendre, de travailler, de se nourrir, de construire, de prier, de combattre, de se distraire et d'aimer. Bernard-Pierre Molin nous éclaire !

Dans Astérix : Les us et coutumes expliqués, aux Éditions EPA, Bernard-Pierre Molin répond aux questions que nous nous posons tous. Le Pater familias romain était-il un mâle nécessaire ? Quand exposait-il ses enfants ? Les Gaulois faisaient-ils la foire ? Les légionnaires appréciaient-ils la pose posca ? Les jours romains étaient-ils plus beaux que les nuits gauloises ? Combien de temps durait une heure à Rome ? Les vrais Gaulois auraient-ils réservé un chien de ma chienne à Idéfix ?

L'occasion de constater que nos ancêtres gallo-romains nous ont transmis beaucoup de choses !

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Une jeunesse gauloise

Bernard-Pierre Molin est un grand connaisseur de l'univers créé par Goscinny et Uderzo. Après en avoir décrypté les citations latines, les vérités historiques, les peuples antiques, il poursuit avec les us et coutumes. Un livre très éclairant et plein d'humour, illustré par les cases des BD.

Comme beaucoup d'enfants de sa génération, c'est avec Astérix qu'il a passé une grande partie de sa jeunesse ! C'est avec Goscinny et Uderzo qu'il a formé son humour et son sens du récit, même si, à l'époque, il n'en comprenait pas tout.

"C'est aussi la grande force de ces bandes dessinées, c'est qu'on peut les lire à plein de niveaux différents et qu'elles peuvent ainsi séduire un très large public, d'où d'ailleurs leur succès."

Bernard-Pierre Molin aime faire passer un peu de savoir, de culture et d'histoire, et Astérix est un excellent support pour parler de l'Antiquité, de la langue latine, des peuples et des coutumes qui faisaient le quotidien des Romains et des Gaulois autour de 50 avant J.-C. Ses livres peuvent d'ailleurs à leur tour être un excellent support dans l'enseignement du latin ou de l'histoire !
 

Des faits historiques avérés

La série des Astérix est née à la fin des années 50, a explosé dans les années 60, et a traversé les âges jusqu'à aujourd'hui. Il y a un fond historique objectif dans la narration : la défaite de Vercingétorix à Alesia, la conquête romaine avec Jules César...

Goscinny s'était bien sûr documenté, mais n'étant pas historien, ni latiniste, il reconnaissait lui-même avoir puisé des citations latines dans le Larousse, pour les utiliser comme des rebonds rigolos dans ses BD.

"Après, c'était quand même avant tout un fantaisiste, souligne Bernard-Pierre Molin. Le départ de l'histoire, c'est qu'il cherchait avec son copain Uderzo un univers qui n'avait pas trop été traité, pour créer un nouvel héros de bande dessinée. Ils se sont dit que sur les Gaulois, il n'y avait pas grand chose. Et il n'y a toujours pas grand chose d'ailleurs. Ils sont partis sur cet univers et puis tout est allé très vite. En 1959, les premières planches sont publiées dans Pilote, dont Goscinny est rédacteur en chef. Puis après, ça s'enchaîne avec un succès colossal."
 


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Le peuple des vaincus

Jusque dans les années 70, la source unique d'information est le texte de César, le texte du vainqueur qui a conquis la Gaule en 6 ans, entre -58 et -52, et installé la paix romaine. Les Gaulois souffrent en effet d'un triple handicap :

  • Ils n'écrivaient pas, ils n'ont donc laissé aucun témoignage de leurs us et coutumes. On les connaît uniquement par les auteurs gréco-latins qui les ont rencontrés, dont César.
  • Ils construisaient en bois, il n'y a donc pas de vestiges. On parvient seulement à reconstituer des bâtiments en bois décomposés, via une technique relativement récente, qui date des années 70.
  • Ce sont des vaincus et malheur aux vaincus... On ne se souvient pas forcément des grands perdants de l'Histoire.

"On a beaucoup vécu sur un mythe des Gaulois moustachus, voulu pour des raisons politiques notamment par Napoléon III. Et on les a redécouverts grâce à un progrès scientifique des années 70 : l'archéologie aérienne. En survolant des territoires, on peut distinguer, au moment de la sécheresse ou de la floraison des céréales, d'anciennes implantations à fouiller."
 

Tous Gaulois ?

Astérix : Les us et coutumes expliqués est un livre qui brasse tous les sujets, tant du côté romain que du côté gaulois. Il parle des vêtements, de leur alimentation, de leur quotidien, de la place des enfants et des femmes...

On apprend tout d'abord que le terme 'gaulois' ne veut rien dire. Les Gaulois portaient en fait tous des noms différents : les Arvernes, les Trévires, les Vénètes, les Carnutes... Astérix aurait appartenu a priori au peuple des Coriosolites. 

Gaulois était probablement le nom d'un de ces peuples, mais l'origine n'est pas claire. Ce sont les Romains qui les ont globalement nommés Gaulois, Galli, avec un jeu de mots sur le mot coq.

Eux ne se sentaient pas Gaulois, ils gardaient la spécificité de leur peuple, explique Bernard-Pierre Molin. Mais ils étaient quand même tous des Celtes, cette population venue du Tyrol vers le 9e, 8e siècle avant notre ère. Ils partageaient un socle commun au niveau de leurs us et coutumes.
 

La vie gauloise

La société gauloise était divisée en 3 classes :

  • les nobles, les guerriers, qui gouvernaient et assuraient la sécurité.
  • le contre-pouvoir des druides, des bardes et des devins, en charge de la justice, de la science, de l'art, de la religion
  • le peuple qui était producteur, qui travaillait dans les champs ; les esclaves...

Les bardes avaient un rôle très important et personne à l'époque n'aurait songé à les bâillonner ! Une statuette d'un barde avec une lyre a été découverte dans les Côtes d'Armor, qui a certainement inspiré le personnage d'Assurancetourix.

On connaît très mal la religion gauloise. Il y avait des dieux partout, pour tout !  Toutatis était l'un des centaines de dieux gaulois, protecteurs du peuple. Les Romains ont par la suite créé des parallèles avec leur propre panthéon. 

Les Gaulois étaient agriculteurs, éleveurs, ils étaient aussi artisans, comme le forgeron Cétautomatix. Il incarne l'un des métiers les plus importants de l'époque.

"L'âge d'or des Gaulois, c'est l'âge du fer. A partir du 5e siècle, une nouvelle forme de métallurgie apparaît. Les Gaulois seront d'excellents métallurgistes, de formidables orfèvres. Il y avait un savoir-faire gaulois, bien supérieur techniquement à celui des Romains, qu'on découvre à travers les fouilles depuis une quarantaine d'années."
 

Deux mythes s’effondrent

En Gaule, portait-on vraiment sur les épaules le chef de la tribu debout sur un bouclier ?

"Non. C'est une pratique qui vient des Francs, un peuple germanique qui vient s'installer en France au 4e, 5e siècle, après la chute de l'Empire romain. C'est eux qui avaient cette coutume de mettre leur chef sur les pavois. D'ailleurs, les boucliers gaulois, très efficaces pour se protéger des flèches et des lances, n'avaient absolument pas une structure qui permettait de supporter un gros chef comme Abraracourcix."


Les Gaulois mangeait-ils autant de sangliers ? 

"Non, ils ne mangeaient pas de sangliers et ils ne taillaient pas de menhirs. Les menhirs, c'était fini. La période des mégalithes, en Europe de l'Ouest, était finie depuis 3000 ans. Et les Gaulois élevaient des cochons et mangeaient leurs cochons. Aller chasser un sanglier, d'une part c'était compliqué ; les nobles le faisaient pour s'entraîner au combat. Mais après, il fallait rembourser le dieu propriétaire du sanglier comme de tout ce qui était dans la nature, en lui sacrifiant un animal. Donc ça n'avait pas grand intérêt."
 

Ecoutez ici Entrez sans frapper avec Bernard-Pierre Molin

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