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Comment concrétiser notre besoin de raconter des histoires

'Construire un récit', un livre d'Yves Lavandier qui nous donne les bases pour raconter une histoire
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'Construire un récit', un livre d'Yves Lavandier qui nous donne les bases pour raconter une histoire - © Pixabay

Avec son livre Construire un récit (Les Impressions Nouvelles), Yves Lavandier propose une méthode par étapes, claire et complète, pour apprendre à écrire des histoires.

 

Raconter des histoires, un besoin universel et intemporel

Cinéaste, essayiste, pédagogue, Yves Lavandier a étudié le cinéma à l’Université Columbia de New York. Il a réalisé ensuite plusieurs courts métrages, collaboré à des scénarii au cinéma et en télévision.

En 1994, il publie La Dramaturgie (Les Impressions Nouvelles), le livre référence sur comment écrire une bonne histoire, un livre qui est devenu une sorte de bible pour de multiples scénaristes, romanciers, auteurs de BD ou de théâtre.

Pourquoi ce succès ? Sans doute parce que l’ouvrage répondait à un besoin fondamental, celui de raconter une histoire, et de bien la raconter. Ce besoin existe depuis l’Antiquité ; on trouve des traces d’une version de Cendrillon en Chine ancienne. Et on a besoin autant d’histoires fictives que d’histoires vraies. Les mécanismes sont les mêmes depuis trente siècles, ils sont universels et temporels. On raconte les mêmes histoires depuis toujours, avec les mêmes principes.

La Poétique d’Aristote contient par exemple des propos qui sont d’une actualité brûlante. Pour lui, l’enchaînement des faits (à savoir la structure) est bien plus important que le dialogue. Il critique le 'spectaculaire' et affirme que l’art du poète n’a rien à voir avec l’accessoiriste, avec celui qui amène ses 'effets spéciaux'.

 

Les grands principes de la construction d’un récit

La méthode d’Yves Lavandier découle à la fois de la compréhension des mécanismes narratifs et de son expérience d’auteur, pédagogue et script doctor. Il recommande par exemple de déterminer les éléments suivants :

Le sens : il faut commencer par se poser la question de savoir ce qu’on a envie de raconter et de transmettre.

Les fondations : quand vous racontez une histoire, vous faites des millions de choix, vous prenez des millions de décisions : la temporalité, la couleur de la voiture,… Les fondations, c’est la somme des choix majeurs, fondamentaux, fondateurs, de votre récit. Une fois que vous savez ce que voulez raconter, vous décidez donc de vos fondations solides, même si cela va certainement évoluer. "On comprend ce qu’on écrit en écrivant et on écrit mieux en comprenant ce qu’on écrit. C’est un va-et-vient."

Les méthodes données par Yves Lavandier sont agrémentées de nombreux exemples, issus du théâtre, de la télévision, de la bande dessinée, mais surtout du cinéma : La Liste de Schindler, Le Jour de la Marmotte, Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, Astérix et les Normands, ou encore Toy Story (Pixar).

Toy Story est un grand scénario par l’application quasi parfaite de ces règles de dramaturgie. La structure est classique, il y a un élément déclencheur, un protagoniste qui a un objectif précis, mais aussi une trajectoire interne très jolie vécue par Buzz, qui passe de la vanité à l’humilité. "Il y a dans ce film un maillage organique remarquable de toute la structure des scènes, de l’enchaînement des faits. Il y a un vrai plaisir de spectateur, qui participe au succès du film". Pour Yves Lavandier, Pixar est d’ailleurs un peu le roi du scénario.


Une crise du scénario en France ?

On observe depuis de nombreuses années que très peu de films français reposent sur de grands scénarii. Comment expliquer cela ? Pour Yves Lavandier, la tradition française méprise l’art du récit. Les scénaristes sont mal payés et mal traités, ce qui participe à cette pauvreté narrative.

Il constate toutefois une amélioration, depuis la fin des années 1990, grâce à l’avènement des séries télé, avec l’arrivée en prime time d’Urgences, Friends et Ally McBeal, qui ont donné une énorme claque à l’audiovisuel. Ont suivi Breaking Bad, Sur écoute, les Simpson…

"On a compris à ce moment-là qu’il fallait mettre le scénario mais surtout le scénariste au centre du dispositif. Les créateurs principaux, ce sont les scénaristes".

Écoutez l’intégralité de l’entretien dans Entrez sans frapper

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