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[Cinéma] Stephan Streker et Frédéric Cornet : la solidarité face à l'incertitude

[Cinéma] Stephan Streker et Frédéric Cornet : la solidarité face à l'incertitude
[Cinéma] Stephan Streker et Frédéric Cornet : la solidarité face à l'incertitude - © Tous droits réservés

Parmi les disciplines impactées par la crise sanitaire, le Cinéma est peut-être l’une des plus directement touchées. Tournages à l’arrêt, projets interrompus et salles fermées, c’est toute la production mondiale et nationale qui s’est figée du jour au lendemain. De nouvelles mesures devraient être annoncées à ce sujet le 8 juin. Aujourd’hui c’est au tour du journaliste et réalisateur Stephan Streker et de Frédéric Cornet, directeur du cinéma Les Galeries à Bruxelles d’évoquer leurs espoirs.

Le cinéaste qui a signé en 2013 " Le monde nous appartient " et " Noces " en 2017 vient d’achever le tournage de son nouveau long métrage " L’Ennemi " avec Jérémie Renier et Emmanuelle Bercot. Toutefois, le confinement a empêché l’aboutissement des autres étapes qui viennent rythmer la réalisation d’un film. " Nous étions sensés commencer dès le 16 mars les quatre semaines de mixage. Pour des raisons évidentes cela n’a pas pu se faire. Il n’est pas possible de mixer un film à distance comme le permet le télétravail. Il faut être présent en studio et ceux-ci ont fermé à leur tour. Si tout va bien nous allons reprendre cette étape à partir de juin ". Cela entraîne bien sûr des conséquences sur la sortie du film, initialement prévue en France pour octobre. Le distributeur français a déjà prévenu que la sortie sera repoussée à 2021 sans plus de précision. Stephan Streker se veut rassurant et positif : " Je suis plutôt privilégié par rapport à d’autres collègues. Le retard dans le processus de postproduction est un problème bien moins important que les équipes interrompues en plein tournage "

La situation met en difficulté les producteurs indépendants

Le corollaire de la paralysie générale qui affecte tout le 7ème art sonne comme une évidence : tout le monde n’est pas logé à la même enseigne ! Les gros studios et les multinationales qui ont la main mise sur l’industrie audiovisuelle ont des accords avec les assurances et peuvent se relever progressivement. Ce n’est pas le cas pour les indépendants qui constituent une part essentielle de la production belge. L’effet boule de neige va provoquer des surcoûts et, avec l’angoisse que cela suscite, d’éventuels problèmes de financement. " Nous sommes plongés dans l’incertitude " déclare Stephan Streker.

D’un point de vue artistique, je pense que nous pouvons toujours nous en sortir. Il y a toujours moyen d’être créatif mais financièrement, c’est la corde raide.

Maintenir le lien, une priorité pour les exploitants de salles

Même son de cloche du côté de ceux qui font vivre les films sur grand écran. Pour Frédéric Cornet, directeur du Cinéma Galeries, la situation a rendu obligatoire le développement d’alternatives : " La première chose que nous avons faite après la fermeture des salles c’est de publier une newsletter où nous proposions des films qui étaient disponibles en vidéo à la demande pour soutenir les distributeurs locaux mais aussi les festivals qui mettent leur contenu en ligne. C’est une manière de rester en contact avec le public. C’est important surtout pour un cinéma comme le nôtre qui n’est pas un cinéma dit commercial et qui affiche une programmation très art et essai ".

Séance à domicile ou sur grand écran ?

Avec l’obligation de rester chez soi, les spectateurs ont découvert ou adopté de nouveaux usages comme la possibilité de découvrir les films depuis le canapé. Le streaming est-il sur le point de devenir le nouvel ennemi du rétroprojecteur ? " Je ne pense pas " nuance Frédéric Cornet. " Malgré le succès de la VOD, les chiffres ne sont pas près de dépasser la fréquentation des salles. Beaucoup de personnes ont hâte de revenir au cinéma ! Nous avons lancé une campagne de crowdfunding. Il est possible de pré-acheter des tickets et ça marche très fort. Dans la zone bruxelloise, Le Palace, le Vendôme et le Kinograph ont aussi mis sur pied ce type de démarche. C’est notre message : nous avons besoin de vous maintenant mais nous allons nous retrouver prochainement ! Il y a aussi d’autres indicateurs positifs. 2019 a été une année charnière avec des records en termes de fréquentation alors que toutes les plateformes de VOD étaient déjà présentes ! L’expérience cinéma reste très importante !  A nous de protéger au mieux cette expérience avec les mesures sanitaires qui vont être annoncées ".

La réouverture des cinémas pose question

Il va falloir un temps d’adaptation pour mettre en place les mesures de distanciation physique car les salles ne sont pas uniformes. Si pour certaines, l’anticipation des règles de sécurité peut être envisagée avec sérénité, il n’en va pas de même pour toutes. " Des cinémas comme l’Aventure à Bruxelles ont des salles plus petites. Par conséquent ils risquent d’être fort impacté. Le point positif de cette situation c’est que les exploitants de salles de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont très solidaires. Nous parlons d’une seule voix et nous nous unissions pour mettre l’accent sur les salles qui pourraient être menacées. Réfléchissons correctement à la manière de rouvrir les cinémas et soutenons les plus précarisés ".

Les professionnels du monde culturel s’impatientent

La solidarité est également présente du côté des cinéastes. " C’est un exploit hors du commun que de réaliser un film, un investissement de trois à quatre ans dans une vie " souligne Stephan Streker.  " En revanche ce qui m’a fait vraiment mal c’est de voir à quel point, le fait d’être un cinéaste et par extension un artiste est mal compris du politique. Je trouve très bizarre que les personnes qui ont des responsabilités politiques n’aient pas un point de vue plus juste sur ce qu’est un artiste et sur l’économie de toute la culture. Comme si la culture ne pouvait être envisagée que d’un point de vue du consommateur et pas de celui qui la fabrique ". Un sentiment qui est partagé par 450 professionnels, artistes créateurs, interprètes, techniciens, en attente d'une réponse politique. Un manque de perspective mit en avant par le collectif No Culture-No Future. L’urgence est là. Gageons que l’appel soit enfin entendu !