Entrez sans frapper

Charlie Hebdo : 5 ans après, on s'excuse encore d'être en vie

Charlie Hebdo: 5 ans après, on s’excuse encore d'être en vie
Charlie Hebdo: 5 ans après, on s’excuse encore d'être en vie - © Tous droits réservés

Une minute quarante-neuf secondes. C’est le temps qu’a duré l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Le caricaturiste français RISS (Laurent Sourisseau), directeur de Charlie Hebdo, publie son récit, sa vision. À travers le solitaire trajet de l’impossible retour à l’impossible normale, Riss tente de se réapproprier son propre destin.

" Il est impossible d’écrire quoi que ce soit " : ce sont les premiers mots de ce livre, magistralement démentis, avec une probité et un courage intellectuel rares. " Comment être à la hauteur de ce qui nous est arrivé ? " : c’est l’insoluble obsession qui accompagne jour après jour son auteur. Pour RISS, il a été difficile de trouver les mots. C’est indescriptible, à peine compréhensible.

 

J’ai voulu raconter ce qui s’est passé pour que ça reste définitivement, que ça ne disparaisse pas. Mais c’est un récit partiel. Je n’ai vu que ce qui était à ma portée. Je raconte ce que j’ai perçu.

Parce qu’en effet, tout ira très vite : " Juste avant l’attentat, on entend un bruit. Le policier en faction trouve que ce n’est pas normal. Un homme en noir rentre. Là, on a tous compris. "

 

On s’excuse d’être en vie

 

Très vite, les ambulances vont arriver. RISS va devoir enjamber les cadavres de ses amis. Il s’excuse auprès d’eux. Il s’excuse d’encore exister. A l’hôpital, On lui signale qu’il sera indemnisé en tant que victime. Pour Riss, c’est la colère.

"Le mot victime a une tendance à simplifier le problème et à vous ranger dans une case. Le mot victime pourrait vous mettre sur le même plan que vos agresseurs. On peut juger qu’ils ont été victimes de la société ou d’une certaine manière de penser. Je préfère le mot d’innocent. Il y a des innocents et des coupables. Il n’y a pas d’ambiguïté possible."

 

On ne s’est pas interrogé sur les raisons profondes

A RISS, on a souvent demandé de qui s’est passé. Mais la presse et les chaînes d’info se sont très peu posé la question du pourquoi c’est arrivé. L’émotion a tout submergé. Le 11 janvier, il y a aura cette marche à Paris et dans d’autres grandes villes avec ce slogan : "Je suis Charlie "

C’est une phrase de solidarité, donc ça touche. C’est réconfortant de savoir que l’on est soutenu.

Mais très vite sont venus les reproches et les attaques.

 

En se retirant, la sauvagerie a fait place à la vulgarité.

Après l’émotion, certains observateurs et certains journaux vont estimer " qu’ils l’ont bien cherché ". Un journaliste de Téléréma rapportera que RISS aurait dit et écrit que les musulmans sont des nazis. Jamais il n’a écrit une telle phrase

A ce moment-là, je me doutais que l’on n’avait pas que des amis. J’étais loin d’imaginer de telles réactions

C’est plus facile d’accuser le journal qu’à une certaine idéologie. Accuser l’idéologie, c’était risquer de devenir une cible. C’est la peur qui a fait que l’on attaquait Charlie Hebdo. C’est une sorte de confort intellectuel. Se mettre à critiquer l’intégrisme religieux, c’est beaucoup plus inconfortable.

 

Et puis… La colère

Ensuite est arrivée la récupération. Des gens qui s’autoproclamaient victimes alors qu’ils étaient à des centaines de kilomètres du journal. D’autres qui voulaient devenir membres du conseil d’administration lorsqu’ils ont vu les millions d’euros de donc affluer.

Ceux-là sont partis, c’est ce qui les a sauvé. J’aurai pu les tuer et finir ma vie derrière les barreaux.

 

En savoir plus

Lire un extrait

Une minute quarante-neuf secondes

RISS

Éditions Actes Sud

 

 

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK