Entrez sans frapper

A LIRE : ‘I can’t breathe !’ ou l’écho d’un certain héritage américain.

Les supplications de Georges Floyd résonnent dans l’Histoire de l’Amérique. Les huit minutes passées plaqué au sol sous le genou de Derek Chauvin, policier de Minneapolis, lui ont été fatales. Ces cris se font l’écho d’autres agonies tragiques, dérives d’un racisme ancré depuis la création des Etats-Unis.  

I can’t breathe

Dans son dernier roman ‘Milwaukee blues’, Louis-Philippe Dalembert réplique cet appel à l’aide comme une onde de choc. D’emblée, le finaliste du Prix Goncourt 2021 installe la destinée de son personnage central en le baptisant Emmett.

En 1955 dans le Mississippi, Emmett Till, adolescent noir de 14 ans fut torturé à mort par deux hommes blancs qui furent acquittés de cet assassinat. Cet événement a été l’un des déclencheurs du mouvement pour les droits civiques des afro-américains, c’est dire si ce prénom est emblématique.

Georges Floyd dans le Minnesota, Emmett Till dans le Mississipi, les deux destins réels se confondent dans la fiction en Emmett, à Milwaukee, état du Wisconsin où vient de se dérouler le drame fictif.

L’originalité du récit proposé par Dalembert est que nous ne connaitrons jamais le point de vue de Emmett sur sa propre vie. La mort violente d’Emmett est le prétexte pour rencontrer une palette de personnages de son entourage qui esquissent les contours de sa vie et de sa personnalité au gré des chapitres.

Une institutrice, un ami d’enfance dealer, un coach sportif à l’université ou pour l’ouverture du roman, les remords de la dernière personne à l’avoir côtoyé : le pompiste pakistanais qui a appelé la police pour un soupçon de validité d’un billet de banque. Cette narration chorale permet à l’auteur de nous plonger dans les strates de la société américaine contemporaine.

Tout en nuances, il parle tout autant d’une contrée de la chance où un jeune issu d’un quartier défavorisé peut obtenir une bourse pour jouer au football dans une université que de la violence insoutenable infligée à la communauté noire.

Ca la foutait en rogne, la Maman d’Emmett. Seule une solidarité indéfectible, prônait-elle, nous aidera à créer une nouvelle génération, loin de nos blessures.

Loin des stigmates qui accompagnent depuis toujours, depuis que nous avons mis les pieds sur cette maudite terre d’Amérique… "

 


‘Milwaukee Blues’, Louis-Philippe Dalembert, p56, ed. Sabine Wespieser

 

Dalembert truffe son ouvrage de références artistiques qui témoignent de la difficulté d'être Noir aux Etats-Unis. Du ‘Milwaukee blues’ de Charlie Poole & North Carolina Ramblers aux chansons engagées Bob Dylan et Marley, ce ne sont pas moins de vingt-quatre références musicales qui font la bande son du livre, dont le terrible  ‘Alabama Blues’ de J.B. Lenoir.

 

‘Black Lives Matter’, une source d’inspiration intemporelle

Il n’y a pas qu’en musique que le ‘Black Lives Matter’ est une source d’inspiration intemporelle. On dit que la publication en 1852 de ‘La case de l’oncle Tom’ de Harriet Beecher Stowe aurait été un des déclencheurs de la guerre de sécession quelques années plus tard.

Dans le magistral ‘Beloved’ de Toni Morrisson (1988), la condition d’esclave pousse une femme à l’extrême : un infanticide.  En 1974, dans ‘Si Beale street pouvait parler’ James Baldwin écrit l’histoire vraie des "Scottsboro Boys" jugés coupables à tort du viol d’une jeune femme.

Récit véridique également, l’affaire des ‘Cinq de Central Park ’adaptée en mini-série ‘Dans leur regard’ de Ava DuVernay, produite par Robert De Niro et Oprah Winfrey. 

Autant d’exemples parmi d’autres qui mettent en lumière les discriminations raciales qui entravent la société américaine. On peut espérer que chacune de ces œuvres artistiques puisse contribuer au rapprochement des cultures car comme l’évoque le grand écrivain afro-américain James Baldwin :

L'histoire des Noirs en Amérique, c'est l'histoire de l'Amérique. Et ce n'est pas une belle histoire. 

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