Entrez sans frapper

[À LIRE] Daniel Pennac : "J'exploite éhontément mes rêves"

Mauvais élève devenu professeur de littérature, puis écrivain... Daniel Pennac est avant tout un grand rêveur.
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Mauvais élève devenu professeur de littérature, puis écrivain... Daniel Pennac est avant tout un grand rêveur. - © Joel Saget (AFP)

Daniel Pennac était l’invité d’Entrez sans Frapper pour "La loi du rêveur" (Gallimard), un roman poétique sur la frontière poreuse entre le rêve et le réel.

La lumière, c'est de l'eau

Daniel Pennac s'en souvient, il est devenu écrivain à 10 ans, lors d'une conversation nocturne avec son meilleur ami : "La lumière, c'est de l'eau", raconte-t-il alors à Louis, incrédule. C'est ainsi que commence "La loi du rêveur". Dans ce roman aux airs d'autobiographie, l'auteur de la saga Malaussène nous promène dans un univers onirique dont il est le seul maître. Les rêves, "c'est un bon tiers de ma vie", explique l'écrivain.

Le rêve, c'est tenter d'écouter ce que le gars de la nuit a à dire à celui du jour.

Comment réagir face à nos rêves ? Faut-il les ignorer, les analyser avec son psy ou en prendre note ? Daniel Pennac a choisi la dernière option il y a bien longtemps : "Je considère mes rêves comme une banque de données narrative, je les exploite éhontément. Dès que vous notez vos rêves, ils changent de nature et rejoignent la fiction". C'est d'ailleurs suite à un rêve sur une inondation de lumière que ce roman est né, petit à petit. "Le rêveur tire sur le fil, comme avec une pelote de laine. J'en avais d'abord fait une nouvelle mais le travail était bâclé. Alors j'ai tiré sur ce fil pour parcourir ma vie entière...".

 

En hommage à Fellini

Les clins d'œil à Federico Fellini sont nombreux dans le roman : un dessin coloré dans sa chambre d'enfance, une ampoule qui explose pendant le visionnage du film "Amarcord", une citation du cinéaste en ouverture de chaque chapitre... Pas étonnant quand on sait que pendant plus de trente ans, Fellini a retranscrit et dessiné ses songes dans des carnets. Le résultat, intitulé "Le livre de mes rêves", a été réédité cette année à l'occasion du centenaire du cinéaste. Pennac ne le cache pas : ses inspirations oniriques sont clairement liées à son idole.

"Fellini disait qu'il mentait beaucoup, mais que c'était pour améliorer le réel". Pennac a également pris cette habitude dans ses écrits. Un exemple parmi d'autres : son meilleur ami fictif Louis, basé sur l'ensemble des amis de l'auteur. "Beaucoup d'entre eux sont intrinsèquement romanesques, amusants à regarder vivre... J'ai beaucoup regardé les gens vivre autour de moi, c'est absolument passionnant et je ne m'en lasse pas". Il y a également un peu de son grand frère Bernard dans le personnage de l'ami parfait : "Je me trouvais idiot quand j'étais petit et je faisais des tas de bêtises qui étaient les conséquences de cette nullité. Et tout le monde avait la trouille que je devienne un bandit ou un clochard, sauf lui".

Vieillir, c'est constater que plus personne ne connaît Federico Fellini.

 

Les âges de la vie

Le temps qui passe et que l'on ne peut pas retenir : c'est également un fil rouge dans "La loi du rêveur". "Quand les enfants jouent et qu'on les appelle à table, ils ne viennent pas, parce qu'ils vivent en état d'éternité. Les adolescents, au contraire, ont la sensation que ça ne va jamais finir : ils vivent en état de perpétuité. Et nous, les adultes, on sait que le temps passe vite et qu'on ne remontera jamais cette grande planche savonneuse". Voilà les grands âges de la vie selon Daniel Pennac, 75 printemps. Il a été un cancre célèbre, avant de devenir professeur de littérature et puis écrivain. Aujourd'hui, entre deux rêveries, l'auteur fait l'éloge de la vieillesse à sa façon : après tout, "c'est quand-même le seul moyen de ne pas mourir jeune".

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