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A lire: "Dans la téléréalité, on aime regarder la bêtise des gens"

Aurélien Bellanger, écrivain français, chroniqueur radio et philosophe de formation nous présente son dernier roman "Téléréalité" (Gallimard). L’histoire "romancée" de celui qui va faire passer la télé des années 90 de Pascal Sevran à la piscine du loft story. Au milieu de cette révolution, il y avait un homme. Stéphane Courbit.

 

Pourquoi s’intéresser à Stéphane Courbit ?

Aurélien Belanger a découvert cette histoire un peu par hasard. Il va s’intéresser à cet homme extrêmement puissant dont la fortune est estimée à 800 millions d’euros. Un mec qui vient de la Drôme, qui fantasme sur les plans comptables et qui va devenir le roi de cette télévision poubelle.

Je m’y suis intéressé quand j’ai vu un article dans le monde qui disait que Stéphane Courbit rachetait Endemol.

Pour rappel, Endemol, c’est le grand producteur qui a lancé toutes les grandes émissions de téléréalité.

Je me suis rendu compte que ce petit gars rachetait sa maison mère. Je trouvais cela audacieux et j’ai voulu enquêter.

Vraie ou fausse histoire ?

Dans le roman, il s’appelle Sébastien Bitereau. Il va arriver dans le monde de la télé un peu par hasard. Il va rencontrer le présentateur de la roue de la fortune qui va l’emmener à Paris.

La vraie histoire est un peu différente. Stéphane Courbit a suivi des études d’économie et a été recruté comme stagiaire chez Christophe Dechavanne.

Ce qui est vrai, en revanche, c’est la vision différente qu’il va avoir de la télévision. Quand il débarque dans ce milieu, nous sommes début des années 90. A l’époque, la télévision est un métier de saltimbanque. La télé est le média des ratés. On y va quand on ne sait pas trop quoi faire.

Nous sommes également dans une époque où les animateurs sont largement plus connus et plus célèbres que les acteurs.

Il va voir la télé comme un bilan comptable. Dans chaque colonne, il y a des profits à faire.

Nous sommes à un moment de la télévision où le capital et l’argent règnent en maître. Des animateurs comme Jean-Luc Delarue, Nagui ou encore Arthur vont amasser des fortunes colossales.

 

L’arrivée de la téléréalité en France sera le fruit d’une rencontre. Stéphane Courbit voit la télévision comme une entreprise. Et il constate qu’il n’existe pas de multinationales des médias.

Il va rencontrer John De Mol, un producteur TV hollandais. Il a créé la société Endemol et a déjà introduit Big Brother aux Pays-Bas. Mais sa vision est plus large. Il a mis au point des programmes "géniaux" et un système de syndication qui lui permet de vendre les mêmes programmes et les mêmes concepts d’émissions partout dans le Monde.

Pour l’anecdote, on dit qu’il a inventé Big Brother et le loft en voyant une étude menée en Arizona : Biosphère 2. Une expérience menée par un certain Steve Bannon, éminence grise de Donald Trump.

L’arrivée de la téléréalité en France se fera en 2001. On est plus frileux. Mais John de Mol s’associe à Stéphane Courbit qui, à cette époque, produit "Les enfants de la télé". On le trouve rassurant et on lui fait confiance. La porte est alors grande ouverte

Le Loft et la téléréalité ont-ils changé notre société ?

La téléréalité n’a pas commencé par le Loft. Rappelez-vous, il y avait quelques prémisses.

Les premières téléréalités, c’est "Perdu de Vue" avec Jacques Pradel, "Témoin numéro 1" ou encore "La Nuit des Héros". On met en scène de vraies gens qui ont fait ou vécu des choses extraordinaires.

Avec le loft et les autres émissions, on va mettre en avant le fait que les médias portent en eux une image de décadence ou de fin du monde.

Pour l’auteur, là où la réalité va innover c’est qu’elle va donner en spectacle le fait que la décadence n’est pas simplement une phase. C’est est un état. Un spectacle que l’on peut vendre.

Contrairement à ce que disent certains spécialistes, les gens ne regardent pas ces émissions parce qu’ils sont bêtes. On regarde la téléréalité parce qu’on aime regarder la bêtise de gens.

C’est loin d’être une nouveauté. C’était déjà le cas dans la commedia dell’arte ou chez Molière.

Ce qui a changé, par contre, c’est le fait que les acteurs de téléréalité sont conscients qu’ils ont une image d’imbécile.

Mais ils sont assez intelligents pour utiliser leur image d’imbécile pour gagner à la fin.

Pour Aurélien Bellanger, tout le monde se moque de la famille Kardashian. Mais ils deviennent tous milliardaires. Ce sont des gens, qui, sous nos yeux, sont en train de réaliser le plus gros braquage du siècle.

En quelque sorte, Loana, Jean-Edouard ou Steevie ont été précurseurs des réseaux sociaux qui exposent tout et tout le temps.

 

C’est le théâtre du faux

Pour l’auteur, il convient d’être clair. La téléréalité, c’est une imposture. On masque la réalité. On sait que c’est faux, que c’est monté.

Mais nous ne pouvons pas éviter de nous délecter de ce spectacle du faux.

 

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