Entre mystères & secrets : la fascinante histoire des OVNIS

OVNIS : existent-ils depuis le début de l’humanité ?

Pour beaucoup, l’histoire moderne des ovnis commencerait le 24 juin 1947 avec l’observation de Kenneth Arnold. Cet homme d’affaires américain aurait observé 9 objets étranges qui se déplaçaient à 2600 km à l’heure au-dessus du mont Rainier dans l’État de Washington.

Pourtant, selon certains spécialistes des ovnis, notamment l’ancien journaliste Jean-Claude Bourret, on trouve des traces d’apparitions d’engins volants non identifiés et même de visites extraterrestres depuis les débuts de l’histoire de l’humanité. On pourrait les qualifier d" ovnis du passé ".

" Dire que l’histoire des ovnis commence par le témoignage de ce pilote, c’est n’importe quoi. Il n’y a pas d’histoire moderne des soucoupes volantes. Non, il y a l’histoire de la vie extraterrestre, des vies extraterrestres qui nous rendent visite depuis des millénaires. On voit des objets volants non identifiés (qu’on n’appelait pas du tout comme ça d’ailleurs) depuis toujours ! En effet, toutes les civilisations en parlent et c’est à chaque fois la même chose : quelque chose de lumineux et d’habité descend du ciel pour prendre contact avec nos ancêtres ".

5 images
Voici les hiéroglyphes d’Abydos, situés dans le temple funéraire de Séti 1er. Les partisans de la théorie des anciens astronautes y voient des représentations d’hélicoptère, d’aéronefs et de chars d’assaut… Des objets totalement impossibles à fabriquer en © AmandaLewis – Getty

L’émergence des théories concernant les ovnis du passé commence dans les années 60. Avec des auteurs comme Robert Charroux ou Jacques Bergier. A cette époque, leurs ouvrages rencontrent un énorme succès, notamment " Le matin des magiciens " de Bergier et Pauwels, qui va introduire la notion de " réalisme fantastique ". Fort de son succès, Bergier lancera la mythique revue " Planète " dans laquelle les visites d’engins extraterrestres dans le passé trouvent une large place. Il amusant de noter que Jacques Bergier ne croyait pas aux " ovnis modernes ", pour lui des visiteurs venus d’ailleurs avaient visité la terre il y a très longtemps, à de nombreuses reprises puis n’étaient plus jamais revenus… Consécration ultime pour Bergier : son apparition dans l’album de Tintin " Vol 714 pour Sydney " en 1968. Le scientifique Mik Ezdanitoff, initié au secret des extraterrestres, c’est lui. Hergé s’inspire pour son histoire de la théorie des " anciens astronautes " chère à Bergier. Une théorie qui pour les historiens comme Eddy Louchez, ne tient absolument pas la route.

" Au fond c’est le 1er courant des ovnis du passé, c’est ce qu’on a appelé ‘l’astro-archéologie’. On peut résumer cette théorie comme ceci : les extraterrestres seraient venus sur terre dans les temps les plus reculés et dans l’antiquité. Soit pour y créer l’homme, ou en tout cas pour y diriger ses destinées. Et des traces de ces anciens astronautes et de leur influence sur le développement de nos civilisations seraient toujours visibles dans les ruines, les artéfacts, la mythologie et les écrits antiques. Et finalement, les peuples primitifs auraient fini par vénérer ces extraterrestres comme des divinités. C’est une théorie qui a été très à la mode, mais qui a été directement très critiquée par les milieux académiques et scientifiques. "

5 images
© Fredmantel – Getty
© Fredmantel – Getty

Le champion de cette théorie est un suisse : Erik Von Däniken. Ses livres, dont les célèbre " Les chariots des dieux " se sont vendus à des millions d’exemplaires. Il est autodidacte et Il est convaincu qu’on peut trouver dans le monde entier la preuve que des êtres venus de l’espace ont atterri sur terre et ont communiqué avec les hommes, et ce, à toutes les périodes de notre histoire.

Selon lui, tous les grands sites archéologiques prouvent des visites de visiteurs de l’espace.

Les Pyramides d’Egypte ? Construites par des extraterrestres.

Les statues de l’île de Pâques ? Erigées et sculptées par les extraterrestres.

La cité de Palenque au Mexique ? Extraterrestre.

Que peut-on voir sur les peintures dans les montagnes du Tassili au milieu du Sahara ? Des extraterrestres.

Les dessins dans le désert de Nazca ? Des pistes d’atterrissage pour les extraterrestres.

On n’en finirait pas de citer tous les exemples cités par Von Däniken. Selon Patrick Ferryn, ufologue belge passionné également de préhistoire, ce ne sont que des élucubrations qui ne résistent pas une seconde à la critique historique.

" On sort les éléments de leur contexte, et c’est là que ça ne marche plus du tout. Par exemple Nazca : ces anciens tracés péruviens figuratifs ou géométriques sont les partisans de l’astro-archéologie des pistes d’atterrissage pour vaisseaux extraterrestres. Mais ceux qui défendent cette théorie ne se sont pas demandé quel était le peuple qui avait réalisé ça, quelles étaient ses motivations, quels étaient les rapports entre ces tracés, ces dessins et la poterie qui est abondante là-bas et sur laquelle on retrouve les mêmes motifs. Quel est le lien ? Ils ne se posent même pas la question, ou alors ils la glissent sous le tapis pour ne prendre que ce qui les arrange. Pour vendre des histoires sensationnelles. Des exemples comme cela, il y en a des volumes entiers. C’est la même chose pour les fresques préhistoriques, qui montrent des motifs difficiles à interpréter car c’est non figuratif. Hé bien, les défenseurs des anciens astronautes, en regardant ces fresques, dès qu’ils voient deux courbes qui se rejoignent, pour eux c’est une soucoupe volante dessinée par nos ancêtres. Et si à côté il y a une créature qui a l’air d’avoir une grosse tête, ça ne peut être qu’un cosmonaute. Et voilà, ça ne va pas plus loin que ça. Ce qui est frappant, c’est que ce qu’ils mettent en évidence est toujours sorti du contexte. On ne tient pas compte de l’environnement, de l’époque, des circonstances. Mais si on applique la critique historique, tout ça s’écroule immédiatement. "

5 images
© Mark Stevenson/Stocktrek Images

Enfin il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer le succès des anciens astronautes arrive en pleine période de conquête spatiale, soit à un moment où les astronautes ont la cotte. Et que dire du mépris qui se dégage de ces théories ? Nos ancêtres auraient à chaque fois été trop primitifs pour réaliser des merveilles comme les pyramides ou des cités antiques, ils n’y sont arrivés que grâce à une aide extérieure… Tout cela n’a strictement aucun sens ni aucun fondement sérieux ou scientifique.

Il faut peut-être chercher dans un passé plus proche de nous, au Moyen Âge par exemple, à des époques où les textes, les documents anciens font état de phénomènes étonnants. Mais ici aussi, pour Eddy Louchez, notre historien, spécialiste des ovnis du passé, il est impossible de trouver une preuve sérieuse de l’existence des ovnis…

La plupart des phénomènes décrits dans ces documents historiques sont des phénomènes naturels, connus aujourd’hui mais inconnus à l’époque. Un exemple : les météores et les météorites. Avant le début du 19e siècle, ça reste mystérieux. Les scientifiques de l’époque entre guillemets ne savent pas ce que c’est. Certains disent que ce n’est pas possible que des pierres tombent du ciel. Mais en fait, vous retrouvez dans des documents médiévaux, des descriptions qui sont clairement des météores ou des météorites. Ce que les témoins de l’époque ne savaient pas, d’où leur incompréhension face à ces observations. Autre exemple, plus rare sous nos latitudes mais pas inexistant pour autant, on en a quelques beaux exemples au 18e siècle, ce sont les aurores boréales… Elles sont totalement inconnues pendant une bonne partie de l’histoire et elles sont très spectaculaires. Ce qui fait décrire aux témoins et aux documents qui sont rédigés de véritables " batailles dans le ciel ". Evidemment, ça enflamme l’imagination de certains ufologues contemporains, pourtant il s’agit simplement de phénomènes météorologiques… "

Face aux OVNIS du passé, la critique historique est impitoyable : elle donne une explication pour tout.

Les pièges sont nombreux quand on pratique l’étude des ovnis du passé et qu’on est amateur : mauvaise interprétation, contexte différent, mauvaise connaissance de l’histoire et des phénomènes naturels… la liste est longue. Et il ne faut pas non plus oublier les canulars et les supercheries. En effet au 20e siècle, des plaisantins ont à de nombreuses reprises fabriqué des textes anciens de toutes pièces pour faire croire à des apparitions d’ovnis dans le passé, pour tromper certains ufologues trop crédules… Et c’est comme cela qu’on retrouve encore aujourd’hui des histoires de soucoupes qui survolent une abbaye du Moyen-Âge ou des engins flamboyants qui attaquent les armées de pharaon. C’est sensationnel, ça excite l’imagination mais c’est totalement faux.

 

Cependant, plus on se rapproche de l’époque moderne et surtout plus on se rapproche de 1947 et de l’observation de Kenneth Arnold, et plus ovnis du passé adoptent un comportement qui ressemble aux ovnis modernes. Par exemple, on va commencer à la fin du 19e siècle à décrire des vagues d’observations exactement comme aujourd’hui : on assiste à un grand nombre de témoignages ciblés dans une région ou un pays et ce pendant un laps de temps bien précis.

En 1896 aux Etats-Unis notamment, toute la pesse ne parle que des fameux " airships ", sortes de dirigeables qui volent de nuit en réalisant des performances impossibles pour l’époque. Mais ces ovnis ressemblent somme toute à des dirigeables. Perfectionnés certes, mais des dirigeables quand même. En 1947, on verra des soucoupes, plus tard les ovnis changeront encore de forme, par exemple, les Belges verront des ovnis triangulaires lors de la vague de 1989… C’est comme si ces insaisissables objets volants non identifiés s’adaptaient à chaque époque où ils apparaissent. Mais on peut aussi voir les choses autrement : c’est peut-être notre conception des ovnis qui évolue en fonction de nos connaissances tout simplement…

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK