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Vanessa Springora: "L'emprise de Gabriel Matzneff était énorme"

Vanessa Spingora
Vanessa Spingora - © JF Paga

C’est la publication de son livre qui a déclenché l’affaire Matzneff. L’éditrice et écrivaine Vanessa Springora était l’invitée exceptionnelle de Pascal Claude, il y a quelques jours. Extraits choisis.

Le résumé

Dans ‘‘Le Consentement’’ (Grasset), elle décrit l’emprise subie et les actes d’un écrivain pédocriminel : Gabriel Matzneff.

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. A treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme. Entre 13 et 15 ans, elle sera sous l’emprise de Gabriel Matzneff. Une relation qui l’a profondément marquée. Ce n’est que très récemment qu’elle a eu le déclic de coucher son histoire et son ressenti sur papier.

 

Je suis étonnée de voir la quantité de personnes qui ont été touchées par ce genre de faits.

 

L’emprise, on la subit très longtemps

 

Même si aujourd’hui, elle n’est plus sous l’emprise de GM, elle a subi très longtemps son influence.

" J’ai eu du mal à me défaire de cette relation. Devoir la revivre à chaque fois dans ses ouvrages, c’était extrêmement douloureux. A la fin de mon ado, j’ai douté de ma propre existence. J’ai même arrêté de m’alimenter "

 


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Elle s’est longtemps considérée comme une complice plutôt que victime : " J’étais amoureuse de G. Pour me rendre compte que j’étais une victime, j’ai dû passer par un travail psychanalytique. "

 

Un jeu de dupes

Vanessa Springora l’affirme. Lors de sa relation avec Gabriel Matzneff, elle est clairement éprise du personnage. Mais elle va se rendre compte que du point de vue de l’écrivain, c’est une mécanique.

" Les conquêtes de G lui écrivaient des lettres d’amour. J’ai pu les lire. On avait l’impression qu’elles étaient toutes écrites par la même personne. Elles écrivaient toutes de la même manière. Il nous conditionnait. "

Ces lettres revêtent deux aspects, selon Vanessa Springora. Elles avaient un aspect littéraire. Il pouvait les publier dans ses romans. Elles lui permettaient également, d’un point de vue légal, de prouver le consentement.

 

Il était convaincu des histoires. Sinon, il aurait été se faire soigner.

Paradoxalement, ce sont les livres de GM qui lui ont ouvert les yeux. "J’ai compris qu’il était réellement. Il collectionnait les adolescents et adolescentes. C’étaient des histoires vouées à mourir. Il changeait de proies dès que les ados grandissaient.

" Je me suis aperçu assez vite qu’il ne supportait pas que je m’arrondisse. Je me suis forcée à ne plus manger pour garder ce corps androgyne "

 

L’époque et le milieu culturel

 

" Dans le monde culturel, les écarts avec la morale sont accueillis avec tolérance. G est un auteur connu. Dans un autre milieu, les choses ne se seraient pas passées de la même manière ". Cette phrase du livre de Vanessa Spingora fait peur et pourtant elle est le reflet d’une époque.

 


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Des sociologues l’ont démontré. Nous sommes dans les années 70. Il y avait une certaine confusion entre libération sexuelle et pédophilie. A l’époque, certains ont essayé de " ranger " la pédophilie au même niveau que l’homosexualité.

 

En conclusion : Vanessa Springora, c’est quoi l’amour ?

 

L’auteur veut revenir à une vie normale où l’amour "C’est se soucier du bonheur et du bien-être de l’autre". Belle leçon d’optimisme.

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