Dans quel Monde on vit

Safia Kessas : " Chère Sandrine Rousseau, c’est à se demander, si en 2021, la seule chose qui vous permet de l’ouvrir en politique c’est d’avoir les attributs masculins. "

C’est l’eurodéputé Yannick Jadot qui sera le candidat des écologistes à la présidentielle en France. Il a battu d’une courte tête Sandrine Rousseau. Lors des primaires écologistes, la femme politique féministe a fait face à de nombreuses critiques. La semaine dernière, un chroniqueur l’a comparée à une " sorte de Greta Thunberg ménopausée ". Des propos qui ont poussé la journaliste et réalisatrice Safia Kessas à écrire à Sandrine Rousseau. 

 

Chère Sandrine Rousseau,    

Ça y est, il parait que vous faites partie du club, chère Sandrine et toutes les autres aussi. C’est un club où on finit toutes, je vous rassure : le club de la seconde mi-temps, cette prairie verdoyante, humide telle la rosée du matin et fleurie, j’ai nommé la ménopause ; supposée être à ce qu’il parait " une infamie " naturelle biologique à laquelle nous ne pouvons pas échapper.   

Ah vrai dire chère Sandrine, on ne se connaît pas du tout et me voilà en train de parler de vos hormones alors que nous n’avons pas la preuve formelle que vous êtes déjà passée de l’autre côté du miroir, le miroir inversé de la fécondité.   

Je rappelle pour celles et ceux qui ne le savent pas, que vous étiez candidate à la primaire écologiste en France.  C’est votre adversaire, Yannick Jadot qui a remporté de justesse le scrutin. 

Vous attendiez-vous à ce qu’on convoque votre situation hormonale dans les débats qui ont eu cours ces derniers jours en France, vous attendiez vous à ce qu’on vous parle de vos ovaires quand vous avez décidé de vous lancer dans la course à la présidentielle, chère Sandrine Rousseau ?  

Clarifions les choses, je ne voudrais pas qu’on croit que je vous soumets à un examen gynécologique. Mais il y a quelques jours, un éditorialiste vous a fustigé pour votre positionnement " radical " sur l'écologie, jugeant votre programme  de " folie verte ", vous décrivant ainsi : "  c’est une sorte de Greta Thunberg ménopausée ".   

La toile s’est emballée, il s’est excusé au motif qu’il aurait blessé, car cette parole était inélégante.   

Grâce à la politique, vous avez découvert que le mot ménopausée était devenu une insulte, un état déshonorant. Vous avez compris par-là que le fait que l’on suppose que vous soyez " hors du terrain de la fécondation ", vous excluait du champ de la sexualité, de la désirabilité.    

Ménopause, game over, vous êtes déjà morte en fait, morte car non-désirée, puisque vous-même vous ne seriez plus rien, qu’un encéphalogramme plat au niveau du bas ventre.  

Le désir, c’est bien là tout le problème avec cette histoire de ménopause.   

L’imaginaire collectif et culturel crée parfois des ponts renforcés entre des rives qui ne devraient pas être reliées, celle du désir à celle de la capacité reproductive. Le corps en ayant fini avec la reproduction, il n’aurait plus d’utilité sociale et il devrait donc disparaître. Votre corps devrait disparaitre et emporter votre parole, après avoir torché, réparé, soigné, consolé, reprisé. Fini à la poubelle comme les pots de beurre rances, périmés.

" La femme ménopausée, au comportement et à la parole parfois plus libres qu'auparavant, est devenue un fléau dont il fallait se débarrasser ", écrit Mona Chollet, racontant "le sentiment d'obsolescence programmée " et " la hantise de la péremption qui marque toute l'existence des femmes " mais pas celle des hommes. Les hommes grisonnent paisiblement dans un halo de sagesse, les femmes faneraient dans un halo de décrépitude.  

Hein, Sandrine, qu’est ce qu’on se marre. Rions de la ménopause.   

Si votre tanga, votre slip ou votre string avec tout le respect que je vous dois, n’est pas tachée de sang tous les mois, vous êtes hors-jeu.  

C’est à se demander, si en 2021, la seule chose qui vous permet de l’ouvrir en politique c’est d’avoir les attributs masculins, passeport qui vous permet de passer les frontières de la légitimité et de l’âge.   

Chère Sandrine, je vous souhaite de continuer à vivre pour vous-mêmes, comme Toni Morisson, Vanessa Springora, Viola Davis, Susan Sarandon, des badass qui nous ont fait ou font encore rêver dans cette deuxième mi temps verdoyante humide et fleurie. Sans être gobée, diluée dans le désir de cet autre. Des femmes qui n'en restent pas moins femme.   

D’ailleurs, chère Sandrine, c’est quoi être une femme?   

 

Bien chaleureusement  

Safia Kessas  

 

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