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Safia Kessas : " Chère Hoshi, je me fiche de savoir si vous êtes belle ou pas "

Cette semaine, Safia Kessas écrit à Hoshi, la jeune chanteuse avait été critiquée par Fabien Lecœuvre chroniqueur, attaché de presse et auteur d’ouvrages sur la chanson, il avait suggéré, pour vendre plus d’albums, qu’elle donne ses chansons à des "filles sublimes", ne la jugeant pas assez belle.

Chère Hoshi

Récemment, pendant plusieurs jours, votre physique a été au cœur d’une polémique. Vous avez êtes scrutée parce qu’un chroniqueur en roue libre sur une grande radio française, s’est permis de juger votre apparence en des termes peu amènes. Je ne les mentionnerai pas ici, à quoi bon ? A quoi cela sert-il de rappeler encore et encore cette violence. Les mots blessants de ce chroniqueur ont provoqué un tollé sur les réseaux sociaux.  Non content de vous juger, il vous a aussi suggéré, s’octroyant ainsi le droit de vous dire ce que vous aviez à faire de votre vie, de donner vos chansons à des filles sublimes comme Vanessa Paradis, Vartan ou Sheila mais attention à vingt ans.

Je me fiche que vous soyez belle chère Hoshi. Sincèrement, cela m’est égal.

Des messages ont afflué de partout, plein d’amour, pour vous soutenir. Certains en tentant de vous rassurer comme si vous en aviez besoin et de vous dire à quel point vous étiez mignonne quand même.

Je me fiche de savoir si vous êtes mignonne quand même chère Hoshi.

Vous avez dit vous-même que vous ne vous réjouissiez pas de la foudre des réseaux sociaux qui s’abat sur ce chroniqueur, aujourd’hui suspendu, mais qu’ au-delà de ses propos à lui, c’est quelque chose qui se passe tout le temps dans cette société et dans ce milieu. Et c’est grave de laisser dire des choses comme ça. Ça peut décourager certains jeunes qui n’ont pas confiance en eux.“

Oui chère Hoshi, que fait la société du corps des femmes ?

Elle continue à le tyranniser. Tous les jours le discours immonde de ce chroniqueur est distillé au compte-goutte dans les baxters que sont nos écrans, nos magazines féminins, nos affiches publicitaires, reliés à nos inconscients collectifs pour alimenter le marché de la sexualisation du corps des femmes, car avant tout, elles doivent faire vendre. Tous les jours des femmes sont jugées, critiquées, évaluées à l’écran dans des émissions qui font vendre ou acheter, c’est selon, des vêtements, des accessoires, du maquillage, de la chirurgie esthétique, de la chirurgie bariatrique même avec tout ce que cela comporte comme danger. Trop grosse, trop vieille, trop petite, trop maquillée, pas assez, une image présente tous les jours, comme si toutes nos vies en dépendaient. Sois belle ou disparait. Pensons à toutes ces femmes marginalisées exclues dégagées en silence, dans le non-dit, car ne correspondant pas aux modèles construits d’une beauté suggérant sans doute la douceur, la serviabilité, bref l’effacement.

Je me fiche de savoir si vous êtes belle, chère Hoshi

Ce chroniqueur à travers vous, exige de toutes les femmes qu’elles se fondent dans un éternel féminin blanc jeune sexy apprêté, strict et inatteignable.

Ainsi, le chroniqueur au-delà de ses propos exige que vous disparaissiez, Hoshi, que vous confiez votre musique et vos compositions à d’autres, plus bankable selon lui, que vous soyez dans l’ombre d’autres femmes qui correspondent mieux à son idéal de beauté, car votre parcours, votre personnalité, votre moteur dans l’écriture et la musique ne devraient donc être alors connus de personne ?

Aujourd’hui, en 2021, chère Hoshi, je me fiche de savoir si vous êtes belle ou pas. Je me fiche de ce que pense la société et ce chroniqueur à travers elle. Savoir ce qui est du gout ou non de ce monsieur ne devrait plus avoir aucune importance. Vous représentez un courant de liberté qui n’a eu besoin de personne pour se faire connaître. Yseult, Pomme, Aya Nakamura nous présentent une meilleure version de nous-mêmes. Une société plus juste où tout le monde aurait sa place.

Je me fiche de savoir que vous êtes belle Hoshi,

Je voudrais savoir qui vous êtes Mathilde Gerner,

J’ai appris que les textes de Brel vous avait inspirée très tôt

Que votre musique électro pop addictive imprègne des textes emplis de doutes, de fêlures et de force, des textes qui inspirent toute une génération, une jeunesse qui revendiquent ses propres codes.

Votre art suscite l’émotion, il s’accompagne d’un kaleidoscope aux couleurs acidulées qui tantôt fait sourire, pleurer, s’émerveiller, ou fondre de plaisir. Alors si c’est cela beauté oui, hoshi vous êtes sublime.

J’ai hâte de vous rencontrer dans votre musique et dans vos clips. Vous êtes Hoshi, vous êtes une étoile et vous n’êtes comparable à aucune autre femme.

Bien chaleureusement,

Safia Kessas

 

 

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