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Pascale Clark : " Cher Douglas Emhoff, j'ai bien conscience de parler de vous en évoquant beaucoup votre femme, Kamala, ce sont des choses qui arrivent aux femmes depuis la nuit des temps "

Dans " En toutes lettres ! ", la journaliste et écrivaine Pascale Clark s’adresse au mari de Kamala Harris devenu cette semaine premier  "Second Gentleman" alors que son épouse est devenue première femme élue vice-présidente des Etats-Unis.

 

Cher Douglas Emhoff,

 

Je me dépêche d’entrée de citer votre nom en entier car il va vite devenir, si ce n’est déjà fait, un nom en voie de disparition.

Même Douglas tout court, même Doug, puisque les Américains ont tendance aux diminutifs, n’est-ce pas, Joseph Biden, même Doug sera bientôt de trop, car depuis mercredi, vous êtes devenu, le premier de l’histoire des Etats Unis.

Le premier quoi ? Eh bien, le premier deuxième, le premier du genre.

Et là, j’ai bien conscience qu’on ne comprend rien, cher vous, cher pionnier, permettez-moi de prendre un temps pour expliquer ça de l’autre côté de l’Atlantique.

Quand un nouveau président américain est élu, on découvre aussi sa femme, la première dame, first lady, Mélania Trump il y a quelques jours encore, qui sera restée une inconnue figée de bout en bout mais ce n’est pas le propos, remplacée depuis par la prof Jill Biden.

Et c’est pareil pour le vice-président, dont la femme est surnommée 2ème dame, second lady.

Sauf que, depuis mercredi, historique, Kamala Harris est devenue la première femme VI PE, la première vice-présidente des Etats Unis. (Elle est aussi la première personne non blanche, père jamaïcain, mère indienne à ce poste, mais ne compliquons pas).

Si Kamala avait été mariée à une femme, on aurait parlé de 2ème dame, mais non, on parle bien de vous, me revoilà Doug. Jamais un homme, de mémoire américaine, n’avait été dans votre position : mari de la vice-présidente, vous êtes le premier du genre, le premier 2ème homme, en VO : first second gentleman.

Cher Douglas Craig Emhoff, (tiens, je vous ai rajouté un second prénom), vous êtes né à Brooklyn il y a 56 ans, vous êtes né une semaine seulement avant Kamala, mais ça évidemment, vous ne le saviez pas, famille juive quittant New York pour s’installer en Californie. Etudes de droit, profession avocat, premier mariage, 2 enfants, premier divorce, je ne vous en souhaite pas de second. En 2013, une amie vous propose un blind date (un rendez-vous amoureux organisé) avec une inconnue jamais mariée et sans enfant, elle a votre âge, bientôt 50 ans, comme le temps passe. Le courant aussi : coup de foudre pour Kamala qui vous le rend bien, assez vite des fiançailles, quelques mois plus tard, vous épousez cette femme alors procureure générale de Californie, c’est déjà une première.

Famille recomposée, vos 2 enfants, Douglas, n’appellent pas votre femme Belle-mère, ils ont trouvé un autre nom pour désigner Kamala : ils l’appellent MOMALA.

Vous, Doug, le mari de Momala, vous êtes devenu le premier supporter de Kamala durant la campagne électorale. Une fois Joe Biden élu, n’en déplaise au mari de Mélania Trump, vous avez quitté votre robe, celle d’avocat, et vous allez donner des cours de droit à la George Town University de Washington, entre 2 cérémonies officielles ou œuvres de charité.

Cher premier second homme, j’ai bien conscience d’avoir parlé de vous en évoquant beaucoup votre femme, Kamala, ce sont des choses qui arrivent aux femmes depuis la nuit des temps.

Une dernière chose Doug : si d’aventures d’ici à 2024, il arrivait quelque chose à Joe Biden ou si Kamala Harris devenait dans les urnes la première femme présidente des Etats Unis, vous seriez alors le premier premier homme. Quelque chose me dit que vous resteriez un gentleman.

 

Pascale Clark

 

 

 

 

 

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