Dans quel Monde on vit

Pascale Clark : " Cher Demba Ba, c'est souvent comme ça, un jour, il faut quelqu'un pour se lever. "

Dans " En toutes lettres ! ", l’écrivaine et journaliste Pascale Clark écrit à ce footballeur devenu héros de la lutte contre le racisme, cette semaine, lors du match PSG-Basaksehir en Ligue de Champions. 

 

Cher Demba Ba,

 

Jusqu’alors, j’avoue, je ne vous connaissais pas. 20 ans pourtant déjà que vous attaquez le ballon, à Rouen comme à Westham, Newcastle, Chelsea, ou en Turquie, pardon, j’étais passée à côté de votre vista.

Il a fallu ce geste mardi soir au Parc des Princes, ce geste et cette injonction , quand vous avez lancé, monsieur Ba, depuis le bord du terrain, " Venez, on se barre ", chapeau bas.

Et là, je demande à revoir, je demande la VAR pour savoir comment, un soir de décembre 2020 imprégné de virus corona, 22 joueurs ont quitté le terrain comme un seul homme, nous laissant tous baba, à commencer par l’UEFA.

14 ème minute d’un match  qui n’emballe pas. Le PSG face aux Turcs de l’une des équipes d’Istanbul, le BACHAK JEHIR.

Vous, Demba Ba, attaquant Franco-Sénégalais de 35 ans, à ce moment-là, vous êtes sur le banc des remplaçants. Avouez, avouez que vous admirez vos adversaires d’un soir, Neymar et aussi l’autre Ba, Kylian MBappé.

Faute sifflée contre un joueur turc. A ce moment-là, Demba Ba, vous voyez votre entraineur adjoint Achille Webo se lever et protester, je suis sûre que ça vous fait marrer, il est comme ça, Webo, un peu le sang chaud.

 

Et là, vous n’en revenez pas, de ce que vous entendez, Demba Ba. Non pas que vous soyez un bleu en matière de racisme, c’est bon, vous avez donné, là où vous avez évolué, vous avez subi les saillies déguelasses, en Angleterre, en Chine aussi, mais pas en Italie, jamais vous n’avez voulu y jouer, trop de cris de singes impunis, trop de bananes échouées sur le terrain, trop de frères noirs humiliés regagnant le vestiaire dans une solitude glacée.

Ça fait un bon moment qu’il est là, votre combat, Demba Ba, dans les interviews ou dans vos posts sur Twitter : ça suffit, ça va comme ça, les amendes acquittées par des clubs blindés, ou les messages de l’UEFA mous jusqu’au charabia : le racisme, c’est mal. Vous, vous le répétez, sur tous les tons : un beau jour, ce sont les joueurs qui devront empêcher l’acceptation de tourner en rond. Pas un joueur par ci par là, non, tutti, comme on dit en Italie.

Alors, quand vous entendez ça, Demba Ba, très distinctement, dans ce stade vidé par le corona, quand vous entendez ce mot Negru, prononcé par le 4è arbitre roumain pour désigner Webo, vous vous levez, vous allez coller votre mètre 89 sous son nez pour une apostrophe de prince : " vous ne dites jamais ce mec blanc, vous dites Ce mec, alors pourquoi quand vous désignez un mec noir, vous dites ce mec noir ? "

La suite s’inscrit dans l’histoire : Venez, on se barre. A ce moment-là Demba, vous avez vu le 11 turc quitter le terrain, vous avez vu le 11 parisien lui emboiter le pas, emmené par un Neymar et un Mbappé révoltés. Rien n’a pu les y ramener, certainement pas une UEFA dépassée, envisageant un temps de continuer en envoyant le 4ème arbitre roumain dans le camion de la VAR.

Le lendemain soir, en ouverture de ce match qu’il fallait bien finir, le cercle parfait dans le rond central des genoux à terre et des poings levés. Finalement, ce n’était pas si compliqué. C’est souvent comme ça, un jour, il faut quelqu’un pour se lever. Ce fut vous, Demba Ba. Un grand Ba pour l’humanité.

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