Dans quel Monde on vit

Jean-Paul Dessy : "Cher Ludwig van Beethoven, en ces temps de réclusion forcée tu as bien des choses à nous dire" 

Jean-Paul Dessy : "Cher Ludwig van Beethoven, en ces temps de réclusion forcée tu as bien des choses à nous dire" 
Jean-Paul Dessy : "Cher Ludwig van Beethoven, en ces temps de réclusion forcée tu as bien des choses à nous dire"  - © justhavealook - Getty Images

Jean-Paul Dessy se prête à l’exercice d' "En toutes lettres !",  le nouveau rendez-vous de "Dans quel Monde on vit" sur La Première. Jean-Paul Dessy est violoncelliste, directeur artistique de l’ensemble Musiques Nouvelles.

 

Cher Ludwig van Beethoven,

Quelle joie de vous écrire, de vous savoir à l’écoute, là où vous séjournez, loin des bruits du monde.

Vous auriez 250 ans en cette année 2020 où, n’était cette parenthèse virale qui force les musiciens au silence, le monde entier célèbre votre illustre naissance.

C’est pour vous souhaiter  un très heureux anniversaire que je vous écris. Pour remercier la Providence de vous avoir fait naître et d’avoir fait de vous le messager des dieux, l’intercesseur entre les mondes visibles et invisibles, le porteur d’une lumière éblouissante véhiculée par votre sublime musique.

Je vous vouvoie mais depuis ma plus tendre enfance je vous tutoie car, cher Ludwig, tu fais partie de ma famille la plus intime. Tu es mon frère d’armes et de larmes, mon protecteur d’âme, mon héros secret. Mon tout premier disque, c’était ta musique , le poster trônant au dessus de mon lit d’ado, c’était ton visage, j’ai passé 2 mois à reproduire en grand sur les murs de mon premier logement d’adulte la partition de ton dernier quatuor… Ta musique était tout pour moi.

Très Cher Ludwig, où donc es-tu allé, au plus profond de toi, pour  ramener de ce périple intérieur, tant de beauté, tant de bonté, tant de joie ? Quelle force, quelle foi,  t’ont soutenu pour ne pas renoncer, pour malgré la plus grande adversité, parvenir à nous offrir ces  trésors infinis, ces puissants remèdes  ? 

En ces temps de réclusion forcée tu as bien des choses à nous dire car toi, en matière de confinement, tu t’y entends mieux que personne, toi qui vécus plus de la moitié de ta vie dans ce grand confinement qu’est la surdité.

Sourd tu t’es fait surentendant, clairaudiant, auditionnaire. L’épreuve absolue qui est pour un musicien de ne plus entendre, tu l’as sublimée en offrant par ta musique à l’humanité la preuve irréfutable qu’il est possible de sursoir au désespoir.

Ta musique est un recours, un secours, elle gonfle nos ailes et nos voiles afin que nous appareillions vers ces rivages où tu eus le courage d’aller, là où nous sommes tous appelés à aller, là où se donne à entendre par ta musique et à vivre par ce qu’elle ouvre en nous, la fraternité qui n’est pas qu’un mot érodé aux frontons des mairies  mais  le fin mot de l’existence. 

Liebe Ludwig, cher Louis, beste Lodewijk, tu es notre presque compatriote, ton grand-père malinois ayant fui les " Champs de betteraves ", beethoven en flamand, pour s’installer à Bonn où tu naquis.  Tu es surtout citoyen du monde et d’au-delà du monde, ta musique parle à chacun, l’Ode  à la joie qui clôture  ta 9eme symphonie a été choisi comme hymne européen et ta 5eme symphonie vogue dans l’espace intersidéral à bord de la sonde Voyager afin d’être un jour écoutée par des civilisations extraterrestres.

Ta musique,  parlons-en, y en a-t-il de plus ferventes , de plus émouvantes, de plus sincères qu’elle qui réunit, en un  jaillissement  sonore, la joie la plus exultante, la paix la plus immédiate, la puissance et la grâce , et qui nous révèle les saveurs infinies de la vie en nous. 

Comme le disait si bien  ton admirateur Charles Baudelaire, la musique, ta musique " nous prend comme une mer ". 

Comme le chantait si bien ton défenseur  Léo Ferré, la musique, ta musique, " cette mer jamais étale d'où  remonte  la mémoire des étoiles "…

Très Cher Ludwig, je fais le vœu qu’un jour nous jouions ensemble, dans la parfaite harmonie des sphères, la grande symphonie  silencieuse, toujours inachevée et pourtant déjà là, dont tu nous as offert les plus beaux préludes. 

Reçois, très cher Ludwig, toute ma gratitude. Ton obligé,  

Jean-Paul Dessy

 

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