Dans quel Monde on vit

Ivan Jablonka : "Il y a mille et une façons d’être un homme"

"Je ne suis pas un mâle ! " Voilà ce que lance Ivan Jablonka, alors en fin de secondaire, à un de ces condisciples pour se défendre. Impression de ne pas être un " vrai garçon ", d’être en décalage par rapport aux ados de son âge. Le futur écrivain aime le foot autant que les " trucs de filles " et se pose beaucoup de questions.

Assez banal me direz-vous. Sauf qu’à l’époque dans les années 80, tout le monde trouvait ça ridicule. Les études de genre n’avaient pas encore vu le jour et la masculinité était plus stéréotypée.

L’historien, auteur d’"Un garçon comme vous et moi " (Seuil) revient sur son parcours au micro de Pascal Claude et sur l’"éducation garçon " qu’il a reçue fin du XXe siècle.

J’ai essayé de comprendre la construction du garçon en moi mais surtout en nous. Ce qui est important, c’est le collectif, ce sont les institutions, les groupes, les mobilisations qui permettent aux individus nés avec un pénis de devenir des garçons puis des hommes. Il y a une culture masculine qui s’apprend, qui se fabrique, qui se déploie. C’est ce qui m’a intéressé dans ce livre, comprendre la production du masculin en moi, en nous. Bref, comment on fabrique les garçons.

Et cet enseignement du masculin, les garçons l’absorbent avec plus ou moins d’intensité " comme l’eau au cœur de la roche se charge de certaines particules qui vont lui conférer sa salinité ou son effervescence particulière ".

Candy plutôt que Goldorak

En tout cas, le jeune Jablonka qui aime passionnément le foot et préfère " Candy " à " Goldorak " se sent incommodé par cette "garçonnité " qu’on lui enseigne : " Je me sentais mal à l’aise dans le masculin et ça se traduisait par un refus de certaines obligations viriles, un refus de certaines assignations de genre. J’étais garçon d’une autre manière : doux, fragile avec ses doutes, hautement vulnérable, un peu intello avec ses lunettes, son autodérision de genre, son désir de complicité avec les filles, son goût de la poésie "

Cette hypersensibilité, cette part de féminin qui lui fait dire qu’il était un " garçon-fille " le fait apparaître aux yeux des filles à l’adolescence comme saugrenu, décalé et le rend inapte à la drague hétérosexuelle virile. Le malaise s’installe " Je n’étais pas un vrai garçon "

C’est quoi être un mec ?

Ça renvoie à des stéréotypes évidemment. Être un vrai homme, ça veut dire être capable de trancher, s’affirmer, être viril, ne pas pleurer, assumer ses failles et ses doutes. Ça renvoie à des stéréotypes de genre mais ce ne sont pas les miens.

Je me sens fragile et hypersensible, ça ne veut pas dire que je suis féminin parce que là encore, ça renverrait à des stéréotypes de genre ridicules. Ça veut simplement dire que je suis dans une masculinité un peu ambiguë, un peu hybride qui ne correspond pas aux canons qu’on attend du mâle "

Au travers de cette autobiographie de genre qu’est "Un garçon comme vous et moi" (Seuil), l’historien et écrivain Ivan Jablonka explore "la profonde pluralité et donc la richesse, du masculin".

Il y a mille et une façons d’être un homme.

Ivan Jablonka était l’invité de "Dans quel monde on vit" sur la Première le samedi 6 février en compagnie de Justine Augier pour son livre "Par une espèce de miracle" (Actes Sud)

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