Dans quel Monde on vit

Isabelle Wéry : " Cher Printemps 2020, promets-nous de nous attendre au bout du tunnel"

Isabelle Wéry : " Cher Printemps 2020, promets-nous de nous attendre au bout du tunnel"
Isabelle Wéry : " Cher Printemps 2020, promets-nous de nous attendre au bout du tunnel" - © Laetitia Bica

L’autrice Isabelle Wéry  se prête à l’exercice d' "En toutes lettres !",  le nouveau rendez-vous de "Dans quel Monde on vit" sur La Première. Son dernier roman: "Poney flottant "

Isabelle Wéry : “Cher Printemps 2020, promets-nous de nous attendre au bout du tunnel”

 

Cher Printemps 2020,

21 mars 2020. Printemps, ça y est, c'est officiel, tu es là.

Et qu'est-ce que c'est tentant de t'écrire.

A vrai dire, jusqu'à aujourd'hui, je n'avais jamais eu l'idée de t'écrire comme ça, entre quatre yeux. Cette ère de crise particulière et de confinement nous mène à inventer des nouvelles formes de communication et de survie. 

Les siècles passent et défilent avec leurs cortèges de joies, de déplaisirs, de guerres, d'adorations, de rejets, de virus, de chaos, de sang et de sève qui monte. Nous, petits humains, petites humaines, ballottés d'un haut à un bas, nous tentons tant bien que mal de nous frayer une route qui vaille la peine d'être vécue et de survivre décemment dans ce grand truc trépidant et chaotique qu'est la vie sur terre. Et que l'on soit croyant ou pas, s'il y a bien une chose que nous espérons, c'est le retour du printemps. Toutes, tous, on veut sentir la promesse de ta chaleur nous remplir les veines, on veut humer ton air feuilleté de parfums neufs, on veut ta fulgurance dans nos culottes, on veut les battements de ton coeur nous remplir de pulpe. 

Cette année, Printemps 2020, je vois trop bien la grande parenthèse sanglante dans laquelle l'humanité tout entière est absorbée... Je vois trouble. C'est que, Printemps, t'es extra recalé à la visite médicale. On a peur pour ton devenir, pour ta gueule de travers et notre bilan santé qui part en sucette dystopique.

Je vois trouble et kyrielles d'images criantes me traversent: je pense aux milliers d'hommes et de femmes médecins qui luttent pour maintenir la vie en vie, aux malades qui résistent, je pense aux personnes qui, d'un jour à l'autre, perdent leur travail etc... Et je pense aussi aux Italiennes et Italiens confinés chantant en choeur depuis leurs balcons... 

C'est un moment de crise inédit.

Un passage pas tendre. Une réalité à embrasser sans se voiler la face et en gardant la tête froide.

J'observe ces états d'Asie, comme Singapour, le Japon, Honk-Kong, régions ayant déjà connu d'autres épidémies les décennies précédentes, et qui ont réussi à contenir très rapidement ce Covid-19, grâce à des mesures gouvernementales drastiques mais aussi, grâce à leurs populations empreintes de sens civique, d'auto-discipline et privilégiant le collectif avant l'individu.

Ici aussi, certaines et certains d'entre nous, oui, nous agissons. Nous accomplissons d'obstinés grands et petits actes salvateurs. Nous expérimentons la prévention. L'inventivité. L'entraide. Oui, l'élan solidaire est plus que palpable. Et parfois, pas.

Printemps 2020, depuis ma fenêtre donnant sur la grande ville, d'où je t'écris (oui, j'ai le privilège d'avoir un toit), j'assiste de loin, aux mille crépitements de ta vie en fleurs. Et je mesure de plein fouet la chance d'être encore en vie.

Allez, Printemps, on veut ta sève pour nous kicker l'immunité. Donne-nous force et raison, ravigote nos capacités d'adaptation, booste notre aptitude à empoigner le réel avec intelligence. Et promets-nous de nous attendre au bout du tunnel, Printemps. Oui, attends-nous pour gambader follettement dans tes rais de soleil et pour reconstruire, peut-être, quelque chose qui ressemble à un monde vivable, autant pour l'humanité que toutes les formes de vie sur terre. 

21 mars 2020, pas simple d'être "être humain". Mais on tient, printemps, promis, on s'entraide et on tient. 

Isabelle Wéry

Pour sa sixième saison, “Dans quel Monde on vit” propose un nouveau rendez-vous baptisé "En toutes lettres !". Chaque samedi, un chroniqueur partage une lettre adressée à une personnalité qui occupe le devant de l’actualité, à un inconnu qu’il a repéré ou à une personne qui le fait rêver…
 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK