Dans quel Monde on vit

Alain Damasio : " Il faut revenir au territoire et abandonner le réseau "

A l’heure où le programme de déconfinement se précise petit à petit, la question du " monde d’après " revient de plus belle. Comment retrouver une vie normale, comment revivre ? Faut-il revenir à la normalité, à "avant" ? Ne faudrait-il pas, à l’inverse, changer de vie, réorienter nos existences ?

Auteur de science-fiction engagé, Alain Damasio a publié récemment un conte adressé aux jeunes, "Scarlett et Novak", dans lequel il nous met en garde contre l’addiction aux technologies, plus particulièrement aux smartphones.

Il faut revenir au territoire et abandonner le réseau. "

Après " Les Furtifs ", roman dystopique et farouchement anticapitaliste où il nous plongeait dans un futur proche où le numérique dirige nos existences, il poursuit ainsi un travail entamé depuis quelques années, qui n’est pas sans rappeler George Orwell et la littérature d’anticipation.

Il n’a de cesse de nous interpeller au sujet des dangers mortifères d’une société sous surveillance, à laquelle il oppose le pouvoir de l’imaginaire et de l’expérience vécue, indispensables, selon lui, pour envisager une autre vie, véritablement vivante.

 

" Je crois à l’expérience, pas au discours. "

 

Dans un entretien avec Pascal Claude, il remettait en cause ce monde contemporain obnubilé par l’accélération, plaidant pour une autre compréhension de la vitesse : " La vraie vitesse est qualitative, pas quantitative "

Merveilleux analyste des temps présents, il nous invite à repenser les fondamentaux : " Comment bâtir sa vie dans son techno-cocon, sans le charme qu’implique la présence ? "

Cette présence, qui nous a tant manqué durant cette période où, constamment à distance, constamment connectés, nous étions paradoxalement si déconnectés… Damasio bat ainsi en brèche toutes les formes d’abstraction : " je crois à l’expérience, pas au discours. "

Il en appelle à la résistance concrète, à ceux qui, comme ses "furtifs", se donnent pour tâche d’échapper au contrôle généralisé en créant notamment des ZAG (zones autogouvernées).

Ce qui fait évidemment écho aux fameuses ZAD (Zones à défendre), plus particulièrement celle de Notre Dame des Landes, dont il avait été un ardent défenseur : " J’ai besoin de me confronter au local, à la terre, au concret. "

 

" J’espère qu’à la sortie de ce confinement, il y aura une explosion de vie très forte. 

 

Selon lui, l’enjeu fondamental de notre temps est celui du territoire : " Il faut revenir au territoire et abandonner le réseau. Sans expérimentations concrètes, on n’arrivera pas à passer à autre chose. "

Alain Damasio nous invite donc à redevenir vivant, à nous reconnecter à la nature, à changer nos modes de perception par le biais de la création d’une multitude d’îlots, d’archipels. Seule manière, selon lui, d’inverser la tendance actuelle et la course folle du techno capitalisme.

Si les jours et les semaines à venir seront certainement difficiles, ils seront aussi, espérons-le, profondément vivants : " J’espère qu’à la sortie de ce confinement, il y aura une explosion de vie très forte " A la condition de sortir d’urgence de nos " techno-cocons " dans lesquels nous sommes enfermés, d’expérimenter de nouvelles manières d’être au monde, de reprendre le contrôle sur nos vies. En un mot : revivre.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK