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[A REECOUTER] "Le sang des Syriens n'a aucune valeur"

Omar Youssef Souleimane.
Omar Youssef Souleimane. - © Claude Gassian/Flammarion

Le 15 mars 2011, en plein Printemps arabe, se déroule la première manifestation pacifique dans les rues de Damas, en Syrie. Le poète et écrivain Omar Youssef Souleimane est présent pour manifester contre le pouvoir. Dans son livre intitulé "Le dernier Syrien", il retrace le parcours de quatre jeunes embarqués dans la révolution.

 

"Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait"

Le 15 mars 2011, Omar Youssef Souleimane n’oubliera jamais cette date. À Damas, quelques centaines de personnes se rassemblent dans ce qui deviendra la première manifestation de la révolution syrienne. "Ce jour-là, c’était la folie totale, on criait le mot "liberté" dans les rues de la capitale, je me sentais exister en tant que syrien pour la première fois. "

Quelques mois plus tard, en octobre 2011, on retrouve les personnages de Joséphine, Youssef, Mohammad et Khalil dans "Le dernier Syrien". Des jeunes pleins d’espoir et de rêves et bien déterminés à déloger le régime totalitaire de Bachar al-Assad. "Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait" explique l’auteur en citant Mark Twain. Mais neuf ans et 380.000 morts plus tard, la Syrie n’est plus que l’ombre d’elle-même. "C’est un pays vendu à la Russie, à l’Iran et à la Turquie. La Syrie n’est plus qu’un pays à l’intérieur des Syriens, pas dans la réalité ni la géographie."

Ce qu’il reste de son pays, l’auteur le conserve dans ses souvenirs. "Je me souviens très bien de chaque détail de Damas. Les fleurs de jasmin sur les balcons, les vieilles maisons et leur architecture, les enfants qui jouaient dans les rues… ". À travers le personnage de Mohammad, il dénonce aussi l’abandon de la communauté internationale qui "ne fait rien, nos victimes et nos morts ne sont que de simples nombres dans les infos."

 

La révolution de l’amour

"Le dernier Syrien" est traversé par le désir. Pour ces jeunes, la révolution n’est pas seulement politique, elle est également une révolution contre les tabous présents dans la société syrienne. " Pendant une guerre, il y a aussi la beauté de la vie quotidienne qui est représentée par l’amour ", explique l’auteur. L’homosexualité est elle aussi au cœur du récit. Youssef et Mohammad se sont rencontrés en ligne, ils vivent dans un secret relatif. L’homosexualité est punie d’au moins 3 mois de prison en Syrie. " Il n’y a pas de romans qui parlent de ce sujet en Syrie, c’était important de le faire ", explique Omar Youssef Souleimane.

Parfois, perdre des êtres chers nous rend plus fort, je me suis habitué au spectacle de la mort…

Omar Youssef Souleimane a personnellement vécu plusieurs histoires d’amour pendant la révolution. " On veut vivre chaque moment, chaque heure, car on ne sait pas si l’on sera encore vivant demain. " En témoignent les scènes épouvantables de torture et de mort qui jonchent le récit. " Parfois, perdre des êtres chers nous rend plus fort, je me suis habitué au spectacle de la mort ", peut-on lire dans le livre. Prononcée par Youssef, cette phrase résonne étrangement avec le vécu de l’auteur. " J’ai perdu la plupart des gens avec qui j’étais en Syrie, mon meilleur ami a été tué quelques mois après mon départ ". Avant de partir, Omar Youssef Souleimane enterrera ses livres pour les protéger, dans l’espoir qu’un jour, quelqu’un les trouve.