Bientôt à Table !

Le Nutri-score : faut-il s'y fier les yeux fermés ?

Imaginé par le chercheur Serge Herceberg et introduit en Belgique en août 2018, cet outil est désormais considéré comme une réelle avancée pour le chaland en perte de repères. En 5 lettres et couleurs, le voilà, en un coup d’œil, au fait des indications nutritionnelles d’un produit. La fin (enfin ?) d’un enfumage d’étiquettes illisibles pour le commun des consommateurs ? Ce samedi, nous tentions d’en comprendre les rouages et ses limites avec Carlo De Pascale.

Avez-vous déjà pris la peine de lire le Nutriscore d’un paquet de frites surgelées ? " C’est A ! Et l’huile d’olive ? Un bon D, car oui faut-il le rappeler : l’huile d’olive c’est gras, très gras…" cynique Carlo ?

Certaines voix s’élèvent en studio : comment classer un produit nutritionnel et bombe d’Oméga en D alors que de la frite surgelée se voit affublée d’un A ? Tentons d’en comprendre les rouages…

Décryptage de l’outil Nutriscore

Le Nutriscore ce sont 5 lettres et couleurs qui informent le consommateur sur la qualité nutritionnelle d’un produit. "La qualité est calculée suivant un savant calcul scientifique qui donne des points négatifs et positifs selon la présence de bons nutriments ou ingrédients à savoir, fibres, protéines, légumineuses, fruits et légumes, noix et des points négatifs pour le diable, calories, sucre, sel, graisses saturées."

La méthode est scientifique, et tient plus que la route "Sauf que le Nutriscore, ajoute Carlo, appliqué à un seul aliment, ou pire à un seul ingrédient, ça ne tient en rien compte de ton bol alimentaire du jour, ou de la semaine, ou de toute la vie."

C’est obligatoire ?

Non c’est volontariste, les marques ne sont absolument pas obligées de l’apposer sur leurs produits. Voilà d’ailleurs qui en rassure certaines qui verraient leurs merveilles industrielles reléguées à la lettre E en rouge ! "Notons quand même qu’il y a de plus en plus de pression sur toute la chaîne, et donc même s’il n’y en a pas encore sur le Nutella, qui pour le coup se prendrait un E, il y a une union sacrée du ministère de la santé, des distributeurs et d’autres groupes d’influence pour dire " le nutri-score c’est bien " !"

De leur côté, des acteurs de la grande distribution évoquent un outil facilitateur : " Comparer deux produits ou composer un panier équilibré n’a jamais été aussi simple ! " Pas si simple pourtant : " Prenons l’exemple des pâtes à tartiner bio de Jean Hervé, des produits bons, sains, plein de bonnes graisses végétales… Jamais mieux que Nutriscore C ! Pourquoi ? Parce que c’est gras. Mais faut pas manger que ça alors ? Bravo, tu as gagné un diplôme en nutriscorie, faut varier son alimentation et respecter la pyramide alimentaire, nutri-score ou pas nutri-score."

Un fossoyeur d’AOP et de terroirs ?

Remonté Carlo De Pascale n’y a pas été par le dos de la cuillère " Des fossoyeurs de terroir, oui !" Un jambon de Parme AOP, nutri-score D, un fromage de Herve AOP, classé D, un reblochon au lait cru de Savoie qui se prend un D de mauvais élève. "J’entends déjà les exégètes du nutri-score me dire : "Carlo, tu es gros et en plus tu confonds bonne bouffe et nutrition". Ben non, justement, bonne alimentation savamment dosée, riche en bons nutriments à base de produits bruts de qualité en respectant la pyramide alimentaire, ça débouche sur une bonne nutrition." Mais pour cela, il faudrait des outils autrement plus compliqués : "Avec cet appareil de mesure, c’est facile : pas de gras pas de sucre, hop A, beaucoup de gras, et ou beaucoup de sucre, hop, E. J’oubliais, l’exemple des frites du début ? C’est simple, les frites elles ont le nutri-score A AVANT d’aller dans ta friteuse. Après ? C’est Tchernobyl, mais c’est plus le problème du nutri-score."

Une note positive ?

Le nutri-score est une méthode scientifique et objective de calcul par rapport à un produit donné. "Il est au départ plutôt une bonne idée, notamment pour les produits très transformés, genre les collations, les céréales petit-déjeuner, les pâtes à tartiner." Considérons-le à ce niveau comme un faiseur de vertu !

Qu’en retirer ?

"Ami(e) s consommateurs.trices, continuez à vous informer, ne vous laissez pas conditionner, intégrez cette nouvelle info dans la masse d’infos disponibles et continuez à lire les étiquettes." Le nutri-score est UNE grille, pas la seule. Et surtout, n’hésitons pas à plaider pour plein de nouveaux scores : le locavoresocre, l’artisanscore, et le orgasmescore

Dont acte !

Pour réécouter l’intégralité de cette émission, rendez-vous sur auvio.be ⇒ https://www.rtbf.be/auvio/emissions/detail_bientot-a-table?id=302

 

 

 

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