Zoé Gatti de Gamond : l'émancipation des femmes est liée à leur instruction

Des années durant, inlassablement, Zoé Gatti de Gamond a porté le combat pour améliorer la condition féminine, sur le plan de l’éducation. Retour sur son parcours avec Valérie Piette, vice-doyenne de la faculté de philosophie et sciences sociales à l’ULB.

Zoé Gatti de Gamond voulait non seulement réformer le système, mais aussi les esprits et notamment celui des femmes car, disait-elle : 

Ce sont les femmes qui sont leurs propres ennemies, qui façonnent les chaînes dont elles se chargent, qui entretiennent les préjugés dont elles se tyrannisent.


Une femme engagée

Zoé de Gamond naît en 1806 dans un milieu libéral, aisé, bruxellois, relativement engagé politiquement pour l’amélioration de la condition humaine. Sa mère tient salon à Bruxelles et fait connaître à ses filles une culture diverse.

Révolutionnaires, elles se rallient au saint-simonisme, cette nouvelle doctrine qui met en avant la question de la femme, au-delà de la pauvreté et du changement de société. Elles s’en dégageront en raison des idées trop libérales de Saint-Simon sur les moeurs de l’époque, comme l’amour libre.

Elles iront vers un autre pré-socialisme utopique, le fouriérisme. Charles Fourier met l’accent sur la coopération, avec l’idée du phalanstère, cette vie en communauté.

Elles tiendront salon deux fois par semaine, autour de 1830, dans une période révolutionnaire, aussi bien en Belgique, qu’en France, en Italie, ou en Pologne. La nouvelle classe ouvrière vit dans la pauvreté. Le Code civil considère que la femme est une éternelle mineure.


Elle écrit et elle pense

Zoé de Gamond évolue parmi les intellectuels progressistes, elle publie des articles dans une revue encyclopédique belge, elle est critique d’art, critique littéraire, elle a une passion pour la culture italienne. Elle participe au comité pour les réfugiés politiques, érigé en 1830, à la suite des révolutions.

Elle prend ensuite la tête d’un comité de dames bruxelloises, le pendant féminin de ce comité de solidarité pour les réfugiés. On y retrouve toutes les progressistes bruxelloises de l’époque, ainsi que des Anglaises, déjà un peu plus émancipées.

Zoé de Gamond est quelqu’un qui écrit et qui pense. Ses idées et ses initiatives se répandent à Anvers, Gand, Liège. Elle devient le symbole d’une lutte importante, mi-politique, mi-sociale.

Elle fait deux rencontres importantes : le polonais Jan Czinski, un disciple de Fourier également. Puis le peintre italien en exil Jean-Baptiste Gatti, qu’elle épousera. Il a lutté contre le pape en Italie, il fuit le pouvoir autrichien.


Les prémices du féminisme

En 1834, elle publie un ouvrage qui fera date : 'De la condition sociale des femmes au 19e siècle et de leur éducation publique et privée'. Ce féminisme belge se différencie des autres par le fait qu’il associe l’émancipation des femmes à leur instruction.

Zoé Gatti de Gamond ne croit pas tout à fait à l’égalité totale des femmes. Pour elle, la femme doit être avant tout une mère et une épouse. Mais elle croit que les femmes doivent être éduquées pour devenir peu à peu l’égale de l’époux.

Pour elle, c’est dans l’artisanat que la femme pourrait s’accomplir le mieux, dans l’idée qu’en travaillant à domicile, elle pourrait être reine de son foyer mais aussi de son art.

 

Des initiatives novatrices

Zoé Gatti de Gamond va proposer un système éducatif pour les filles, pour les femmes ouvrières et les femmes de la petite bourgeoisie, et va souhaiter mettre ses idées en pratique. Elle fonde des écoles, avec l’aide de ses amies progressistes et de son mari, qui donnera des cours de dessin.

Elle souhaite que les femmes ouvrières puissent se former pour entrer dans le commerce, l’artisanat. Elle associe le technique et la culture générale, une idée novatrice qui sera un échec, puis finira par aboutir en 1865 à Bruxelles.

Elle propose que les moins nanties des femmes favorisées deviennent enseignantes. Elle vise à rallier le privé et le public. Pour elle, la communauté et la famille sont les socles de la société.

Les libéraux voient se développer ce type d’initiative d’un bon oeil, dans l’idée qu’une femme doit être éduquée, parce qu’un homme libéral doit avoir une épouse digne de lui.

Elle donne elle-même des cours de composition, de littérature française, d’italien. Les cours sont gratuits, donnés par des femmes.

Ses écoles ne sont pas subsidiées, elle cherche partout des financements mais devra jeter l’éponge.


L’utopie du phalanstère

Zoé Gatti de Gamond part à Paris, où elle a l’impression d’être davantage prise au sérieux et où elle pense pouvoir se réaliser.

En 1840, elle se lance dans la réalisation d’un phalanstère, une sorte de cité idéale basée sur le travail communautaire, à Citeaux en Bourgogne. Cette aventure fabuleuse se termine en désastre financier et marque le début d’une dégringolade sociale et intellectuelle.

De retour en Belgique, elle est nommée en 1845 inspectrice des écoles gardiennes et primaires de filles et des établissements destinés à former les institutrices de l’Etat belge.

Elle publie encore 'L’organisation du travail par l’Education nationale'. Mais elle ne croit plus beaucoup au politique ni en Fourier. Pour elle, seule l’éducation pourrait changer la société, ainsi que la solidarité féminine entre bourgeoises et ouvrières.

Elle meurt en 1854. Parmi ses trois filles, Isabelle reprendra le flambeau, elle est d’ailleurs souvent confondue avec sa mère.

Valérie Piette est l’invitée d’Un Jour dans l’Histoire

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