Yves Coppens : origines de l'homme, origines d'un homme

Le paléo-anthropologue Yves Coppens et Lucy
Le paléo-anthropologue Yves Coppens et Lucy - © LIONEL BONAVENTURE - AFP

Dans un entretien-fleuve, le paléo-anthropologue Yves Coppens revient avec passion, à 83 ans, sur sa vie.

Tout commence par l’archéologie pendant ses années bretonnes où il  fouille les champs voisins puis les dolmens. A 20 ans, il découvre une sépulture gauloise inviolée avec le dolmen de l’île de Carn. Il sera scientifique, biologiste puis paléontologue.

Au cœur des sciences de la vie et de la terre, il nous parle de sa découverte, avec deux amis, de Lucy en Ethiopie en 1974 : elle a 20 ans, mesure un mètre dix, et leur découverte sera patiente et lente. Lucy a plus de trois millions d’années et est toujours un sujet d’investigation scientifique, en plus d’être un mythe.

Une émission en deux parties, par Pascale Tison

Première partie

Yves Coppens a passé dix ans en campement en Afrique. "On me dit que je suis un aventurier, ce n'est pas vrai. Mais quand vous êtes en brousse, quand vous êtes loin de tout, il vous arrive toujours quelque chose. Il ne faut pas être prêt à quoi que ce soit, mais il faut être prêt à s'adapter à tout ce qui peut arriver. Et quelquefois, cela nécessite une décision rapide. L'instinct de survie guide forcément."

Pourquoi Lucy est-elle devenue un mythe ?

Lucy a environ 3 200 000 ans. Par chance, plusieurs de ses os ont été trouvés, en tout 52 morceaux d'un même individu. Le personnage a ainsi pu être reconstitué. 

"A partir du modelé des os, on a dessiné la silhouette, on a imaginé à quoi pouvait ressembler Lucy. Personnalité extraordinaire, parce que la petite Lucy américaine n'était pas du tout ce qu'était la petite Lucy anglaise, ou suisse. La petite Lucy française était encore un peu différente. Chacun projette forcément un peu sa culture.

Ceci dit, Lucy est devenu un petit personnage, plus vivant que ne l'étaient des ossements isolés. Des bouts d'os, ça ne parle pas au public. Tandis que de la chair par-dessus, de la peau par-dessus, et si on ajoute un regard et un sourire, ça devient tout à fait quelqu'un d'autre : une petite bonne femme de 1,10m, de peut-être 25 kilos, d'une vingtaine d'années, exotique, portant cette responsabilité qu'on lui a accordée d'être la mère de l'humanité. Tout cela a fait qu'elle est devenue très vite un symbole et un petit peu l'emblème de l'origine de l'homme. En plus, on lui avait donné un prénom qui dans une certaine partie du monde signifie quelque chose."

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Deuxième partie

"J'étais fasciné par l'Antiquité, par ce qui est caché, par ce qui est enfoui, et par tout le mystère, l'imaginaire qui l'accompagne. (...) J'ai souvent été assez solitaire, me satisfaisant totalement de cette plénitude de ma passion, dit Yves CoppensC'est une passion profonde qu'il est difficile d'expliquer. D'où vient une passion ? D'où vient une vocation ?"

Pour Yves Coppens, le défi de la recherche est toujours de mieux comprendre le monde, de le décrire et de comprendre comment il fonctionne. Dans la mesure où on comprend comment il fonctionne, on peut appliquer, au bénéfice de l'homme, certaines de ces fonctions découvertes. "Comme ces applications sont étonnantes, à la fois surprenantes et merveilleuses, elles font peur, parce qu'on est mieux dans le confort du quotidien et la nostalgie du passé que dans l'inquiétude de l'avenir."

Origines de l'homme, origines d'un homme est publié aux Editions Odile Jacob.
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