Willy Pasini : "Ce qui n'est pas naturel n'est pas nécessairement mauvais"

J'ai un enfant quand je veux
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Willy Pasini, psychiatre et sexologue, fait le portrait de femmes qui, pour concilier impératifs biologiques et contraintes sociales, ont pris le contrôle de leur fertilité grâce à des outils juridiques ou médicaux et ont eu un enfant au moment de leur choix.

Il publie J’ai un enfant quand je veux aux Editions Odile Jacob.

Longtemps, le contrôle des naissances s’est fait par des méthodes aléatoires. Longtemps aussi, ce contrôle a été exercé par les hommes. Grâce aux nouvelles techniques de procréation médicalement assistée et à l’évolution des législations, les femmes entendent décider elles-mêmes, souvent en allant contre la nature, du moment où elles deviendront mères.

Willy Pasini évoque une 3e révolution féminine. La 1e était la révolution contraceptive, la 2e la révolution sexuelle, et voici maintenant la révolution de la fertilité : la femme veut un enfant quand elle veut, quand le moment est opportun pour elle, au-delà du temps biologique parfois. Au point que les hommes se sentent parfois dépossédés de ce choix de la maternité.

Faut-il se réjouir de cette évolution ?
Et comment, surtout, mieux réconcilier le temps biologique et le temps social des femmes ?
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Toutes ces nouvelles techniques doivent être encadrées par des règles médicales, juridiques et éthiques importantes.

Parmi les techniques de PMA, certaines ne sont pas nécessairement autorisées dans tous les pays, comme par exemple l'utérus en location proposé gratuitement en Belgique mais qui reste interdit en France et en Italie. 

On assiste à une explosion de la congélation des ovocytes : Apple et Google ont d'ailleurs proposé gratuitement la congélation des ovocytes à leurs employées, à condition de ne pas faire d'enfant avant un certain âge, ce qui leur donnerait la possibilité de réussir au travail comme les hommes tout en arrangeant bien leur employeur.

 

Le premier enfant après 30 ans

L'âge moyen de la procréation tourne aujourd'hui autour de 30 ans, c'est à dire après les études, quand la carrière est bien lancée. Pour des raisons biologiques, il se situait auparavant dans la tranche 20-28 ans.
Mais on constate aussi de nombreuses grossesses chez de très jeunes filles. Pour Willy Pasini, une grossesse adolescente n'est pas toujours une catastrophe qu'il faut résoudre par une interruption de grossesse. Les jeunes filles sont plus mûres actuellement et sont capables de s'occuper d'un enfant. Une grossesse de 16 à 18 ans peut être accueillie si les grands-parents sont là pour aider. Et elle ne va pas forcément fragiliser la carrière d'une femme, qui peut être plus tardive, tout comme les études d'ailleurs.
 

Peut-on parler d'un vrai choix ?

Il y a une tendance à la dé-biologisation de la femme, par cette dissociation temps social et temps biologique, souvent dans un but professionnel. Les femmes déplacent par exemple leurs règles à leur convenance... Les utérus d'emprunt, auxquels on a recours aux Etats-Unis dans des buts de carrière, sont sujets à questionnement, d'un point de vue éthique. Willy Pasini s'inquiète de ce phénomène, "même si ce qui n'est pas naturel n'est pas nécessairement mauvais. C'est à chaque femme à décider pour elle-même." 

Du chemin a été parcouru, mais tout n’est pas encore parfait. Ce qui manque encore trop souvent, ce sont des mesures qui permettent de concilier le temps du travail et le temps de la famille. Les techniques médicales ont avancé plus vite que la législation. Il manque des crèches dans les entreprises, sur les lieux de travail. Les femmes doivent être très actives et même acrobates, entre la crèche, le bureau, et la maison.
 

On peut aussi choisir de ne pas avoir d'enfant aujourd'hui, mais le vivre, c'est autre chose

Ecoutez ici les explications de Willy Pasini.

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