William Marx : "L'homosexualité n'est pas prévue par la société"

William Marx : "Il y a un sentiment d'urgence à rattraper ce temps perdu"
William Marx : "Il y a un sentiment d'urgence à rattraper ce temps perdu" - © Tous droits réservés

Qu’est-ce que les homosexuels ont à nous apprendre sur le monde ?
L’auteur et professeur William Marx partage avec nous ses réflexions.

Il publie Un savoir gai aux éditions de Minuit. 

Dans certains pays, William Marx serait condamné, emprisonné, voire tué, pour avoir osé avec ce livre parler de pratiques jugées abominables. "Les discours homophobes sont extrêmement odieux et pleins de violence. Heureusement, dans notre système politique, nous sommes protégés par la démocratie, et donc je n'ai sans doute rien à craindre physiquement de l'écriture d'un tel livre. Mais néanmoins, je ne peux pas exclure que dans certains milieux, professionnels, à l'université, écrire un tel livre suscite une certaine gêne et que j'en aie d'une manière ou d'une autre à payer le prix. Il y a des choses qui gênent et qu'il ne faut pas dire."

 

Un sentiment d'étrangement

"Toute la culture, en particulier la culture populaire, celle qui s'adresse à la majorité et est donc marquée par l'orientation sexuelle majoritaire, me délivre un message qui est en fait un message de domination et d'oppression, qui ne correspond pas à mon désir profond et qui empêche même mon propre désir de se manifester. Ce sentiment d'étrangement, c'est ce sentiment d'être étranger dans une société qui délivre à tous ses membres des messages qui ne correspondent pas à leurs pulsions, à leurs désirs profonds et à leur liberté. Et c'est de cela qu'il faut se libérer."

Dans le quotidien de la société, l'existence homosexuelle n'est pas prévue, constate William Marx. Dans la famille d'abord, où le gay se voit imposer par sa propre famille un modèle qui ne correspond pas à ce qu'il ressent en lui. Dans la société, une place est donnée aux homosexuels, elle est prévue légalement, mais dans le quotidien, "on vous assigne toujours une place d'hétérosexuel, on pense toujours que vous êtes hétérosexuel, et c'est tout à fait normal puisque les hétérosexuels sont majoritaires. Et donc dans toute situation vous devez chaque fois vous demander : est-ce que je peux dire que je suis homosexuel ? est-ce que ça vaut le coup ? quels vont en être éventuellement les risques ?.... Donc l'homosexualité n'est pas prévue par la société."

La Gay Pride donne aux homosexuels un sentiment de liberté extraordinaire, celui  de pouvoir vivre au grand jour leur désir. Ils ont, pour un moment, le droit d'être là et d'être eux. "C'est une manière de compensation des autres jours de l'année où ils doivent rester dans une sorte de placard plus ou moins opaque. Pour une journée, la société nous est acquise, c'est un sentiment de liberté, d'humanité, un sentiment de faire société avec les autres qui nous est parfois douloureusement refusé le reste de l'année."

 

Un apport libérateur à la société

On dit souvent que les homosexuels sont inutiles, qu'ils sont stériles car ils ne font pas d'enfants. Mais le fait est que quand on fait la liste des grandes personnalités de la culture, depuis Platon, jusqu'à Shakespeare, Keynes, ou encore Jésus, on voit que des homophiles, des homosexuels ont joué un rôle libérateur dans la société, nous dit William Marx. "Probablement à cause de ce sentiment d'étrangement et de cette barrière qu'ils ont à franchir pour vivre dans la société, ils apportent cette fraîcheur, cette liberté, cette joie de vivre qu'on a dans le mot 'gai', utiles à la société. Il y a à ce niveau-là un apport extrêmement positif des gays, des lesbiennes, en tant qu'individus autonomes, forts, solides, qui peuvent apporter à cette société cette liberté qui est la leur."

 

Une urgence à profiter du bonheur

Pendant des siècles, la société occidentale a oppressé les comportements homosexuels. Depuis quelques décennies, la situation s'améliore, mais il y a un sentiment d'urgence à rattraper ce temps perdu. "Je le vis personnellement, ce sentiment d'urgence, ayant grandi dans une sorte d'inconscience de ce désir. Les gays ont ce sentiment qu'il y a une liberté qui leur est donnée par la société à un moment ou à un autre et dont il faut profiter, en consommant plus vite, ne sachant pas de quoi demain sera fait. Les hétérosexuels n'ont pas cette question à se poser, la société leur appartient depuis toujours. C'est aussi le propre de cette liberté de ces gays, de ces lesbiennes, qui est bénéfique pour la société : le sentiment du bonheur, qu'il faut vivre maintenant au jour le jour, sans se soucier du qu'en dira-t-on, de la domination sociale."

Ecoutez William Marx 

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