Vos likes sur Facebook permettent d'établir votre orientation politique

Vos likes sur Facebook permettent d'établir votre orientation politique
Vos likes sur Facebook permettent d'établir votre orientation politique - © Tous droits réservés

Un journaliste de Slate a fait une expérience à partir de son profil Facebook. Il a demandé à une chercheuse de l'Université d'Anvers d'analyser son comportement sur le réseau social. Le défi de la chercheuse était de parvenir à déterminer l’orientation politique du journaliste en se basant uniquement sur ses likes.

Le résultat de l’étude est plutôt probant. Stiene Praet, c’est le nom de la chercheuse, a catégorisé le journaliste de Slate plutôt à gauche, ce qui correspond à sa sensibilité politique.

 

Comment la chercheuse a-t-elle procédé ?

Stiene Praet a publié une thèse en 2018 sur le profilage politique sur Facebook. A cette occasion, elle a analysé les profils Facebook de 6.700 utilisateurs qui ont accepté de participer à son étude. Elle est parvenue à identifier des corrélations entre les likes de ses " cobayes " et leurs préférences politiques. Elle a ensuite simplement appliqué le même modèle au profil Facebook du journaliste… et elle a tapé dans le mille.

Le plus évident, ce sont les likes que l’on fait sur des pages connotées politiquement. Si un utilisateur aime régulièrement des publications de Bart de Wever, la probabilité est forte qu’il se situe plutôt à droite.

Par contre, ce qui est très étonnant, ce sont les autres corrélations établies par l’étude. Les likes que l’on fait sur des pages de groupes de musique, d’acteurs, de sportifs, de bars, de restaurants… vont aussi donner des renseignements qui permettent d’établir une orientation politique.

Exemple : Les James Bond et la série Fast & Furious sont des films souvent appréciés par des personnes qui se disent plutôt de droite. Les films de Tarantino comme Pulp Fiction sont plus souvent likés par des personnes qui se classent à gauche. Harry Potter et Star Wars sont plutôt centristes, apparemment. Même chose dans la musique : Radiohead est plus populaire à gauche, David Guetta est plus populaire à droite.

 

Méthode fiable à 100% ?

C’est une méthode qui ne fonctionne pas à tous les coups. Dans son étude, la chercheuse a tenté de découvrir, toujours en analysant leurs likes, si les participants se classaient à droite, à gauche ou au centre.

Sur les 6.700 profils, elle a découvert leur orientation politique dans 60 % des cas. Ca ne paraît pas terrible mais c’est déjà beaucoup mieux que le simple hasard (une chance sur 3). L’étude a également cherché à déterminer pour quel parti les utilisateurs de Facebook comptaient voter. Elle a réussi à trouver le parti en question pour un peu plus d’une personne sur trois. De nouveau, ça paraît faible, mais c’est nettement mieux que le pur hasard. Sept partis étaient identifiés dans l’échantillon. Une chance sur sept, ça fait 14 %. Donc le modèle n’est pas infaillible, mais il tient la route.

C’est pour ça qu’il est important que ces données ne tombent pas entre les mains de n’importe qui.

 

On a encore tous en mémoire le scandale Cambridge Analytica. Cette société a accédé à 70 millions de profils Facebook aux Etats-Unis. Elle les a ensuite bombardés de fakenews visant à favoriser l’élection de Donald Trump.

Une organisation ou un parti qui mettrait la main sur ces données pourrait cibler par exemple les électeurs hésitants, leur envoyer un certain type de publications, et ensuite vérifier si le message porte, et s’ils basculent dans le bon camp.

 

Et en Belgique ?

Le principe d'une manipulation, chez nous, n'est pas de la science-fiction.

La Commission européenne a annoncé qu’elle craignait des interférences dans les prochaines élections, sur le modèle Cambridge Analytica. Elle a même créé un guide de bonnes pratiques à destination des plateformes comme Facebook ou Twitter pour éviter les fuites de données et les tentatives de manipulations. On verra si ces plateformes respectent ces recommandations.

En Belgique, la sûreté de l’Etat a réuni les représentants des partis pour les alerter sur le risque d’ingérence et sur les campagnes de désinformations qui pourraient apparaître d’ici aux élections de mai prochain.

 

 

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