"Voilà un tabou, on n'a jamais parlé de ça, les mères jalouses de leur enfant" - Amélie Nothomb, 'Frappe toi le Coeur'

Amelie Nothomb
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Amelie Nothomb - © Olivier Dion

" Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. " (Alfred de Musset)

C'est selon un vers de Musset que l'auteure Amélie Nothomb a nommé son nouveau roman, 'Frappe-toi le coeur' (Albin Michel). 

"C'est un titre idéal pour une histoire extrêmement cruelle. C'est extraordinaire justement que ce soit Musset qui soit l'auteur de cette phrase parce que ça le rend encore plus coupable. (...) C'était un amoureux d'une rare cruauté qui a poussé George Sand aux dernières extrémités."

La jalousie au coeur de ce nouveau roman

Le roman commence un peu comme un conte : il était une fois une jeune femme de 19 ans, belle, qui tombe enceinte trop vite et perd de sa superbe au profit de sa fille.

"Il y a un brusque atterrissage dans la réalité avec l'arrivée de la petite fille. Et on comprend tout de suite que c'est la petite fille qui va payer les pots cassés de la grosse déception de la mère, qui rend le bébé responsable de ce qu'elle considère comme l'échec de sa vie. Et qui non seulement ne va pas aimer son enfant mais va devenir gravement jalouse d'elle. Voilà un tabou, on n'a jamais parlé de ça, les mères jalouses de leur enfant. Et pourtant c'est fréquent."

"La jalousie est une possibilité que nous avons tous et qui commence quand nous sommes tout petit enfant et que nous nous posons la question "qui est-ce que maman préfère, de papa ou moi ?". La bonne réponse que la mère doit donner est "préférer ça n'existe pas, il n'existe que des amours différents". Si le petit enfant comprend bien cette leçon-là, il ne peut pas devenir jaloux.(...) Je pense que toutes nos conduites amoureuses sont conditionnées par les relations que nous aurons eues, touts petits, avec nos parents."

Amélie Nothomb a découvert qu'il y a des gens pour qui le comble du bonheur consiste à être jalousé. Elle a découvert la possibilité de la jouissance dans la jalousie, qu'elle appelle la jalousie passive, mais qui peut devenir active, ce qui arrive à Marie, la mère toxique du roman. 

"Le petit enfant, Diane, comprend très bien le problème de sa mère, la jalousie, et au lieu de lui en vouloir, elle essaie de la soigner. C'est très fréquent. C'est pour protéger sa mère, pour sauver sa mère."

 

L'enfance, fil rouge chez Amélie Nothomb

On sent dans ce livre une vraie fascination pour la relation mère-fille. "Ma mère, c'était mon Dieu quand j'étais petite, c'était mon trip, c'était mon obsession. Je peux essayer d'imaginer la blessure que c'est de ne pas être aimé par sa mère. Il y a une véritable amputation chez un tout petit enfant qui n'est pas aimé de sa mère."

"J'ai cette particularité que je me rappelle particulièrement bien ma toute petite enfance. Jusqu'à deux ans, je me souviens de tout et avec beaucoup de précision. Donc je trouve intéressant de faire des reportages sur la toute petite enfance puisque je me souviens bien de mes pensées de l'époque et qu'elles sont prodigieusement intéressantes."

Les personnages d'Amélie Nothomb existent immédiatement. "Je dois beaucoup aux contes. Le conte permet une très grande économie de moyens pour présenter les personnages. 

"Le phénomène de la beauté est une de mes obsessions. Il y a des gens qui ont cette grâce absolue. C'est très fascinant à regarder."

 

L'écriture indispensable

Concernant l'anorexie, "c'est le seul message d'espoir que j'ai à apporter aux gens, c'est que je suis un exemple vivant d'anorexique guérie. On n'en sort pas sans séquelles, mais on en sort. Ma porte de sortie a été l'écriture, mais ce n'est pas de la magie, ça n'a pas lieu du jour au lendemain, il faut écrire pendant des années et des années. (...) Chacun souffre et chacun fait ce qu'il peut avec sa souffrance. Voilà ce que j'ai fait avec ma souffrance."

"J'écris tout le temps. L'écriture est une discipline qui m'est indispensable. J'écris un minimum de trois romans par an. J'écris d'abord pour moi et c'est après coup que je me pose la question de savoir si oui ou non je publierai."

L'intégralité de l'entretien, à écouter ici...

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