Vers un nouveau droit de la guerre

Dès 1899, la Convention de La Haye avait édicté des recommandations pour protéger les civils pris dans des conflits en invoquant les "lois de l'humanité et les exigences de la conscience publique". A la fin de la Grande Guerre, la donne change complètement. Explications avec Ornella Rovetta et Pieter Lagrou, professeurs d’histoire contemporaine à l’ULB.

Dès les premiers jours de la guerre en 1914, de nombreuses exactions ont été commises par les allemands, notamment en Belgique et dans le nord de la France. Après l’armistice de 1918 se pose une question fondamentale : que faire de ces criminels de guerre ?

Deux interprétations du droit pendant la guerre

Pendant la guerre, il restait une divergence importante entre les grandes puissances et les plus petites. Les premières estimaient que des civils armés ne devaient pas être considérés comme des combattants officiels et de ce fait, pouvait être maltraités. C’est-à-dire être exécutés immédiatement. Les petits pays pensaient au contraire qu’il s’agissait d’un problème de légitime défense et que si des civils prenaient spontanément les armes à l’approche d’une force ennemie, il fallait alors les considérer comme des combattants à part entière et donc leur accorder les bénéfices de la convention de la Haye.

Ces divergences d’appréciation entre grands et petits pays vont être brutalement illustrées par les exactions allemandes de 1914. Celles-ci ne concernent cependant pas que les massacres de civils belges et français commis en aout 1914 mais aussi le torpillage de paquebots civils et neutres dans le cadre de la politique allemande de guerre sous-marine à outrance. Pourtant, du point de vue des allemands, les belges étaient eux-mêmes coupables d’exactions puisque des civils avaient tiré sur des soldats allemands. Concernant les actes de répression brutale contre des résistants, ils seront eux-aussi jugés inhumains.

C’est donc un énorme problème éthique que pose ce qu’on a appelé les atrocités allemandes de la première guerre mondiale.

En 1918, les vainqueurs n’ont qu’une idée en tête, poursuivre les coupables et les punir avec toute la rigueur de la justice. Ce sujet soulève des questions morales fondamentales, au début du XXe siècle, pour la civilisation européenne qui estime se trouver au sommet de la hiérarchie des cultures et des races, la question de savoir comment se comporter en civilisé et non pas en barbare même pendant la guerre, constitue une débat omniprésent à cette époque. Dès que l’armistice entre en vigueur, la recherche du juste châtiment, pour ceux qui ont violé les lois de l’humanité et les exigences de la conscience publique, apparait.

La difficulté de juger après la guerre

En 1919, les alliés n’occupent qu’une très faible proportion du territoire allemand. Ils ne peuvent donc pas imposer leurs droits aux vaincus comme ils le feront en 1945. Plusieurs coupables de crimes de guerre se sont d’ailleurs prudemment retirées à Berlin. Loin des tribunaux belges, français et britanniques. Ces derniers vont quand même tenter de mener à bien les poursuites. Les cours et tribunaux ordinaires s’en charge mais ils manquent d’expérience en la matière. Des erreurs sont commises et la justice allemande tente de faire obstruction.

La volonté de mettre en œuvre un processus de justice va se décliner en plusieurs épisodes qui vont s’échelonner sur près de six années. Par exemple, dans le traité de Versailles, une série de clauses sont mises en œuvre concernant le jugement des crimes après la guerre. La création d’un tribunal international est actée. Celui-ci ne verra cependant jamais le jour…

Visionnez la vidéo ci-dessous pour connaitre la suite :

 

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