"Une musique dans un film ne s'y dissout pas, mais elle en est modifiée tout en le modifiant"

Fred Astaire, le roi des claquettes
Fred Astaire, le roi des claquettes - © Wikimedia Commons

De Claude Debussy au Kasai Allstars du Congo, en passant par Ennio Morricone, Arvo Pärt et Hans Zimmer, de Bernard Herrmann à Michel Legrand, du chanteur de jazz à Birdman, de Jean-Luc Godard à Jia Zhangke, et de Nino Rota à Federico Fellini… une plongée au cœur de la musique au cinéma, en compagnie de Michel Chion.

Michel Chion est compositeur de musique concrète, enseignant de cinéma et critique cinématographique. Il publie chez Fayard une nouvelle édition revue et augmentée de son livre La musique au cinéma. 

Le livre est partagé en 3 grands thèmes : une histoire de la musique au cinéma, une partie plus théorique et un choix chronologique de 60 films qui ont joué un rôle représentatif dans l'association de l'image et du son.

Michel Chion ne parle pas ici de musique de film mais bien de musique au cinéma. "Toute musique dans un film devient fatalement autre chose dans le film. Selon la culture ou les références de chacun, soit il y entend séparément la musique ou, pour lui, elle fait plutôt partie intégrante du film. Il est difficile de départager la musique qui est écrite spécialement pour le film ou la musique plus ou moins empruntée."

Dès que le cinéma est né, on a cherché à y accoler de la musique. À ses débuts, au moment du cinéma muet, sa fonction a consisté à couvrir les bruits de la salle qui pouvaient diminuer l'attention, à ponctuer les scènes et à servir de présence symbolique et émotionnelle.


1895-1935

C'est l'époque de la création du cinéma, puis du passage progressif du cinéma muet au cinéma parlant et de ces inventions que sont le kinétoscope, le kinétophone, le phonographe, le vitaphone. Des pianistes de salle, des orchestres de salle, on passe peu à peu au son joint à la pellicule.

Michel Chion voit les années 30 comme l'apothéose du rythme, avec la musique populaire de l'époque et la musique qu'on entend dans les films. L'humanité danse ensemble sur des rythmes qui unifient. Les comédies musicales, les films historiques, les mélodrames mettent en scène les rythmes de la ville, de l'usine, du travail, du chemin de fer, vu non comme des éléments négatifs, mais comme des éléments dynamisants. Comme les claquettes dans le film 42e rue, en 1933, par exemple.


1935-1975

Après 1935, le rythme laisse peu à peu place au récitatif puis à la mélodie. Les claquettes se font plus discrètes. Le cinéma sonore commence à se structurer autour des dialogues et la musique les soutient sur le mode du récitatif, avec des leitmotiv. Le rythme pulsé réapparaîtra plus tard, avec les films disco, dans les années 70.

Au sortir de la guerre, on réalise des films où il y a peu de musique à entendre. Puis, le cinéma doit rajeunir. C'est l'éclosion de la génération des teenagers, l'arrivée de la télévision, et de thèmes comme les interdits, la drogue, le sexe, incarnés par James Dean dans La fureur de vivre ou À l'est d'Eden. Dans les années 50, on assiste à  l'arrivée de deux musiques qui vont devenir majoritaires : le jazz et le rock. 
Un tramway nommé désir met en scène un jazz symphonique. Dans le cinéma français, la BO jazz de Miles Davis pour Ascenseur pour l'échafaud est un grand classique.
Le rock est consacré dans le film Graine de violence de Richard Brooks, en 1955, sur les mauvais garçons en décrochage scolaire. Il s'ouvre magnifiquement sur Rock around the clock. Et c'est un tournant dans l'utilisation de la musique au cinéma.

Les années 60 voient le retour des mélodies, c'est l'époque des westerns. Sergio Leone s'associe avec le compositeur Ennio Morricone pour des films comme Le Bon, la Brute et le Truand. Cette musique est mise en évidence dans de longues séquences sans dialogues. Morricone revendique d'ailleurs l'influence des films de Kurosawa. Le public des salles accepte très bien que pendant dix minutes, les personnages ne parlent pas, que les actions soient lentes et répétitives, avec une musique très présente.

A la même époque, Claude Lelouch réalise Un homme et une femme. Les chansons, qui étaient présentes au début du cinéma sonore, réapparaissent. Elles sont popularisées sous forme de 45 tours, diffusés dans les cafés grâce au juke box. 

Fin des années 60, le rock n' roll est à son apogée, comme dans Macadam Cow Boy, ou encore dans Easy Rider, avec Born to be wild. Ces films apparaissent comme avoir été emblématiques d'une période, même si d'autres films auraient tout aussi bien pu l'être aussi, remarque Michel Chion.


1975-1995

Michel Chion distingue dans cette période Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola, où l'on trouve aussi bien la Walkyrie que la pop music psychédélique des Doors, sans oublier la musique composée par le propre père de Coppola.

Puis arrivent Steven Spielberg (Les Dents de la Mer) et George Lucas (Star Wars) qui vont se partager la musique du compositeur John Williams. Il crée des thèmes pour des films épiques, pour un grand cinéma d'émotion collective.


1996-2018

La tendance actuelle est à l'utilisation d'une mosaïque de musiques existantes, la musique classique y compris. Michel Chion évoque en particulier le film Félicité d'Alain Gomis, qui a recours à la fois à la musique d'Arvo Pärt montrée dans son exécution et à des musiques populaires.
Il souligne aussi la qualité de la musique d'Interstellar ou de Gravity.

Retrouvez toutes les explications de Michel Chion dans Entrez sans frapper

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